Le retour (hypothétique) de l'échevin communiste

Philippe Walkowiak
19 oct. 2018 à 10:46 - mise à jour 26 oct. 2018 à 08:39Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

Même s’il est très probable qu’il n’y en aura pas, de nouveau, il est donc question de participation " communiste " à un exécutif. Le Parti Socialiste a décidé d’entamer un pas-de-deux dans certaines communes avec le PTB, laissant planer la possibilité de faire entrer les ex(?)-maoïstes dans les collèges communaux.

Pas une première

Le Parti Socialiste a pourtant longtemps évité les alliances à gauche, réminiscence de la scission de 1921 au sein du POB, par Joseph Jacquemotte, qui allait créer le Parti Communiste Belge. Longtemps, le PCB a été perçu comme le principal adversaire des socialistes, bien plus paradoxalement que le Parti Libéral, avec qui le POB allait aussi gouverner.

Juste après-guerre, on allait retrouver socialistes, communistes et… libéraux dans quelques gouvernements. On notera aussi que jusque dans les années 80 (les années Martens-Gol), des bourgmestres communistes ont dû leur poste contre des socialistes grâce au soutien d’élus … PRL ou PSC (Hensies, Estinnes, etc.). Personne ne parlait alors de cordon sanitaire.

Toutefois, fin des années 80, cela en était fini de la représentation communiste classique. Déjà à ce moment, le PTB (successeur en 1979 de TPO-Amada, créé en 1970) tente de percer. Difficilement.

Le PTB n’a jamais renié son origine marxiste-léniniste, tendance maoïste en rupture avec le PCB, même si c’est désormais en sourdine. Un changement de discours amorcé en 2003.

Le véritable objectif : mai 2019

Depuis 2008, le PTB a rendu son discours plus " présentable " en façade. Fini les références marxistes-léninistes ou la dénonciation de la " trahison " de Khrouchtchev de l’héritage de Staline. Place aux sujets de société, médiatiquement porteurs tout en gardant une tactique de forte présence locale, ce qui explique que le parti a préféré labourer seulement 16 communes en Wallonie mais où il est à présent bien ancré. Cet ancrage lui a ouvert la porte de négociations, dans des communes-symboles, pas à Frameries, par exemple, où le PS a perdu sa majorité absolue et pourrait arithmétiquement former une coalition avec le PTB. Là, ni socialistes ni communistes ne l’ont voulu. Les symboles sont ailleurs : Herstal, Charleroi (où le PS a pourtant une courte majorité absolue), Liège (où une majorité PS-PTB est possible, mais pas vraiment souhaitée par le bourgmestre Demeyer) et surtout MolenbeekCatherine Moureaux a lancé un appel vibrant aux ex(?)-maoïstes. Certains tentent d’y voir une volonté de rupture du " cordon sanitaire ", assimilant PTB et Vlaams Belang. Aucun politologue ne valide cette assertion.

L’essentiel est ailleurs : comment PS et PTB vont manœuvrer pour ne pas diriger de communes ensemble tout en rejetant l’échec sur l’autre ?

Le PTB entend concrétiser son succès communal aux législatives et régionales de mai 2019, un succès obtenu au détriment de socialistes qui ne le savent que trop. Tous les deux pensent désormais bien plus au prochain terme électoral qu’à l’une ou l’autre majorité communale.

 

@PhWalkowiak

Archive : Soir Première 16/10/2018

SOIR 1 - Cordon sanitaire et PTB

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