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Belgique

Le récit glaçant de la famille belge qui a survécu à un crash d’hélicoptère au Kenya : "J’ai cru que tout le monde était mort"

Kenya : des belges rescapés d un accident d hélicoptère

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09 août 2022 à 11:00 - mise à jour 09 août 2022 à 14:07Temps de lecture2 min
Par Johanne Montay

Un grand traumatisme et le sentiment d’avoir eu une chance inouïe. Voici ce que la famille Guisset, de Mellery, en Brabant wallon, ramènera de ses vacances au Kenya, où elle se trouve toujours actuellement. Jeudi dernier, la famille effectue un survol en hélicoptère dans la vallée du Rift, lorsque l’appareil se crashe soudainement. L’hélicoptère s’écrase sur un lac. Pas de panne de moteur, mais semble-t-il une mauvaise estimation du niveau de l’eau. La famille entière est en vie, dont les trois enfants. Un des garçons, Cyril, a subi une fracture du crâne.

Entouré de sa famille, dans la chambre d’hôpital de Nairobi, Christophe, le père de famille, nous raconte ce cauchemar : "L’hélicoptère s’est crashé dans un lac de faible profondeur en fait, qui a un mètre de profondeur. Il est immense et saisonnier, il est peu profond mais très toxique aussi. C’est ce qu’ils appellent un lac de soude. L’hélicoptère s’est désintégré au moment du choc. Après, on est restés trois heures avant qu’un autre hélicoptère de secours ne puisse arriver et ça a vraiment été en mode survie."

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Comme un film catastrophe

Coraline, l’un des enfants de la famille, raconte : "On était au Kenya depuis une semaine. On y était partis trois semaines pour des vacances en famille. On avait décidé de faire une sortie en hélicoptère pour voir les beaux paysages et quelques animaux. On est arrivés au-dessus d’un magnifique lac avec des milliers de flamants roses. C’était vraiment le paradis et puis en une seconde, ça a viré au cauchemar. On a touché l’eau. Il y a tout qui a commencé à trembler dans tous les sens. On ne voyait pas ce qu’il se passait. Et puis, une vague d’eau. Et puis, quand ça s’est calmé, certains sont restés coincés sous l’eau, dont papa et le pilote. Les autres étaient hors de l’eau."

Christophe poursuit ce récit effrayant : "Comme le toit était parti, on a dû un peu sortir de là où on était. Le pilote, lui, était plus gravement blessé. Il avait un bras et une jambe cassés. Il nous a bien guidés pour essayer, en mode survie, de récupérer les quelques bouteilles d’eau qu’on pouvait avoir, de parvenir à trouver le téléphone satellitaire d’alarme – ça, ça m’a pris, avec ma femme, une demi-heure… Il faut vous rendre compte des conditions : on est là à moitié sous l’eau, je cherche le sac, ça prend du temps, derrière les sièges, tout est coincé, tout est coupant […]. Je finis par le trouver, mais le téléphone satellitaire, ultra-réputé, avait pris l’eau et ne fonctionnait pas ! A ce moment-là, c’est désespérant !"

Sortir à tout prix de cette eau toxique

Danger supplémentaire, la toxicité du lac. Le pilote avertit la famille qu’elle doit absolument sortir de l’eau. C’est Coraline qui tente héroïquement de construire une plateforme flottante avec les coussins de fauteuils que ses parents parviennent à grands efforts à défaire. Elle accroche aussi le bras cassé du pilote à un coussin et tente, avec son poids d’adolescente, de hisser le pilote le plus gravement blessé sur la plateforme de fortune. Le reste de la famille grimpe sur les débris de l’hélicoptère.

Cyril et Aurélien à l’hôpital de Nairobi
Cyril et Aurélien à l’hôpital de Nairobi © Tous droits réservés

"D’un coup, je suis sous l’eau", se remémore la jeune fille. "Je n’ai pas pu prendre ma respiration avant, évidemment. Donc, je sens que je n’ai pas beaucoup d’air. Là est venue la question : "Est-ce que je vais mourir, est-ce qu’on va mourir ?" Et puis je me suis dit "il faut se calmer, absolument arriver à enlever cette ceinture". Moi, j’ai aussi une angoisse en temps général : ça m’angoisse fort, les choses qui coulent, comme les voitures, car je me dis que les gens sont coincés à l’intérieur. Du coup, j’avais aussi cette inquiétude de couler profondément. Et puis j’ai réussi à enlever ma ceinture, à sortir de l’eau et j’ai pu constater, par miracle, que tout le monde était là, en vie, même s’il y avait du sang partout dans l’eau. Je me suis retournée, j’ai vu la tête de mon grand frère avec du sang et de la terre…" Cyril est alors incapable de parler, à cause de sa fracture du crâne.

Les secours, enfin

L’histoire finit heureusement bien, et Christophe retrouve le sourire : "L’hélicoptère avait une balise.  un moment, le patron de la compagnie a compris qu’il y avait un problème à notre hélicoptère et a envoyé un message à un autre appareil", raconte-t-il. "Quand cet hélicoptère-là est arrivé, …" Le père de famille s’interrompt, gagné par l’émotion. "Il s’est clairement dit qu’il ne trouverait pas que des survivants. Les médecins ici nous disent aussi que lors d’un crash d’hélicoptère comme ça, la probabilité de survie est faible."

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Cyril, l’aîné des enfants, n’arrête pas de se refaire le film de l’accident. "Nous, on passe notre journée à nous dire "et si ça s’était passé comme ça", et on peut continuer pendant des heures à se dire qu’on a eu tellement de chance, tellement de petits trucs qui se sont mis les uns à côté des autres ; que c’est fou, en fait qu’on s’en sorte même sans grosse blessure. Vu l’intensité du crash, les blessures que j’ai pour l’instant, je me dis que ce n’est rien !"

Pas de crocodile

Aurélien, le plus jeune, ne pensait qu’aux crocodiles, qu’il avait vus en survolant d’autres lacs. Le pilote a pu rassurer la famille à ce sujet, car le lac était trop toxique.

Aurélien a pensé que toute sa famille était morte. Il n’entendait aucun bruit, au début, rien. Il n’arrivait pas à enlever sa ceinture. "Moi, j’ai cru que tout le monde était mort et que j’étais le seul survivant, car j’étais plus petit. Après, le pilote est venu me détacher. Et moi, j’ai cru que c’était un crocodile qui était venu pour me prendre. Après, je me suis dit que c’était juste l’eau, que j’étais sous quelque chose, et que personne n’était là… "

La maman, Isabelle, se rend compte de cette chance incroyable, qui a mis les éléments de leur côté : "Si l’un de nous avait été inconscient, je ne crois pas qu’on aurait réussi à faire tout ce qu’on a mis en place. Si on a réussi à monter sur la carcasse, c’est aussi parce qu’on parvenait à s’aider."

Christophe Guillet conclut : "C’était terriblement dur, terriblement inquiétant, mais on était tous vivants ensemble." Nul doute que cette famille en sorte avec un amour des siens renforcés, consciente de la fragilité de la vie.

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