Economie

Le prix du pain jusqu'à 5€ en Belgique ? "Il ne faudrait pas s'en étonner", assure la Fédération francophone de la Boulangerie

La Fédération francophone de la Boulangerie Pâtisserie s’attend à voir le prix du pain s'envoler.
14 mars 2022 à 16:03Temps de lecture3 min
Par Maud Wilquin et Miguel Allo

Le 13 mars, la Fédération flamande des boulangers, Bakkers Vlanderen, annonçait une augmentation du prix du pain de 0,30 € cette année (+13% par rapport à 2021), portant le prix d’un pain blanc de 800 grammes, produit de référence dans le secteur, à 2,70 €. Un prix incorrect pour Albert Denoncin, le président de la Fédération francophone de la Boulangerie-Pâtisserie-Glacerie, qui s’attend plutôt à voir ce tarif grimper jusqu’à environ 3 € dans un futur proche. Impossible toutefois d’affirmer avec certitude la somme que le consommateur devra débourser pour manger ses tartines. Depuis 2004 en effet, c’est au boulanger de décider quel prix sera appliqué dans sa boulangerie. Le principe de libre-concurrence s’applique. "Tout ce que nous pouvons faire en tant que fédération, c’est inviter les boulangers-pâtissiers à faire attention et à calculer leur prix de revient", affirme Albert Denoncin.

Et pour cause, depuis la reprise des activités en période covid et suite au conflit russo-ukrainien, produire un pain coûte beaucoup plus cher au boulanger. "Les prix de l’énergie ont fortement augmenté ces derniers mois", explique Albert Denoncin. "Le prix de l’électricité a été multiplié par trois, le gaz par quatre et le gasoil par deux. À cela, il faut ajouter la hausse du coût de la farine, conséquence de l’augmentation du prix du blé et de de l’invasion en Ukraine. Nous avons déjà subi deux hausses d’environ 100 € la tonne et nous subirons encore une nouvelle augmentation à la fin du mois."

D’après Belga, le coût des matières premières a augmenté de 25 à 30% en un an. Et le prix de l’emballage a également fortement augmenté ces derniers mois. "On parle d’une hausse de 20% du prix de l’emballage ces six derniers mois", précise le président de la Fédération.

Sans compter sur l’augmentation du prix des carburants, également ressentie par les citoyens, qui se répercute aussi sur les prix affichés aux clients et la hausse des salaires (+25 % pour les salaires à la vente, + 18 % pour les salaires à la production).

Selon le contrat signé par les boulangers avec les meuniers ou fournisseur d’énergie, les augmentations de prix pourraient ne pas se faire sentir partout au même moment. "Certains ont un contrat jusqu’aux alentours d’avril ou de mai et n’ont donc pas encore ressenti la hausse des coûts."

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D’autres augmentations à prévoir

D’après Philippe Ledent, économiste ING, les prix du pain par rapport à l’ensemble des produits alimentaires ont particulièrement augmenté entre 2006 et 2012. Depuis 2012 en revanche, l’augmentation est certes réelle… mais pas exceptionnelle. "Sur les dix dernières années, l’ensemble des produits alimentaires a augmenté de 17,7% et le prix du pain, de 19,8%", affirme-t-il. "Par contre, il est probable que le prix actuel des céréales ne se reflète pas encore sur le prix du pain et, par conséquent, que les prix du pain subissent de plein fouet la hausse du prix du blé et de l’énergie dans les prochains mois. " Jusqu'à atteindre les 5 € ? "Il ne faudrait pas s'en étonner", confie le président de la Fédération au JT de 13h de la RTBF.

" Nous tenons à rester positifs et à relativiser "

"Notre crainte, c’est qu’il n’y ait plus de farine dans les prochains mois", reprend Albert Denoncin. "Une bonne partie du blé vient d’Ukraine, mais rien n’est semé en temps de guerre. La situation sera difficile pour le secteur de la boulangerie dans les prochains mois voire dans les prochaines années. Malgré cela, nous tenons à rester positifs et à relativiser. Les Belges mangent 120 grammes de pain par jour. Donc même si un pain de 800 grammes passe à 3 euros, cela ne représente jamais qu’une dépense de deux à trois centimes supplémentaires par jour. Ce n’est pas ce qui mettra à mal les finances des ménages."

Pour ne pas devoir trop augmenter les montants appliqués aux clients, la Fédération francophone de la Boulangerie-Pâtisserie-Glacerie demande que les entreprises du secteur soient éligibles à bénéficier du tarif social pour l'énergie.

L'alternative du "fait maison"

Certains belges ont décidé de fabriquer leur pain eux-mêmes. Une manière de faire des économies selon Delphine Lamoral, boulangère amateure monpainmaison.be: "La matière première me coûte environ 58 centimes pour un pain blanc de 700 grammes. Il faut également compter l'énergie consommée par le four pendant la cuisson d'environ une heure vingt, c'est-à-dire environ 20 centimes."

Une activité rentable sans être chronophage: "Je fais mon pain le week-end. Le pétrissage ne prend pas beaucoup de temps, entre cinq et dix minutes. Ensuite, ce sont tous des moments où nous allons contrôler la température, la levée de sa pâte, le temps de pose ou sa cuisson mais pas besoin d'être très présent ou actif.

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