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Le Polar Pod, un incroyable navire vertical pour explorer l'océan Austral, gigantesque puits de carbone

La chronique Océans

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24 janv. 2022 à 18:52Temps de lecture3 min
Par Marie-Amélie Lenaerts

C’est au printemps 2022 que doit débuter la construction du Polar Pod, un navire de recherche vertical qui va permettre de dériver dans le courant circumpolaire antarctique pour explorer l’océan Austral encore méconnu. Derrière ce projet audacieux et innovant, on retrouve Jean-Louis Etienne, le médecin-explorateur français aujourd’hui âgé de 75 ans, il est le premier homme à avoir atteint le pôle Nord en solitaire. Déclic s’est entretenu avec l’aventurier des pôles dans sa chronique Océans.

L'océan Austral et son univers impitoyable

L’océan Austral est un anneau océanique qui réunit autour de l’Antarctique les eaux de l’Atlantique, de l’Indien et du Pacifique. Animé par le courant circumpolaire, il fait librement le tour du monde sans jamais rencontrer de continent : ses eaux sont donc très agitées et ventées.

L’océan Austral s’attire tous les superlatifs : le plus loin et le plus rude…et le plus difficile d’accès pour les scientifiques. C'est pour cette raison que les campagnes océanographiques se font essentiellement durant l’été austral, de décembre à février, quand les conditions sont moins rudes. Malgré le développement des satellites et des flotteurs dérivants bardés de capteurs, les scientifiques sont unanimes : il y a un besoin crucial de collecter des données en toutes saisons et à toutes les longitudes dans cet océan qui joue un rôle majeur dans la régulation de notre climat.

© Ocean polaire

Un formidable puits de carbone

Les océans du monde entier captent 1/3 du CO₂ présent dans l’atmosphère, dont une partie de celui que nous émettons en excès. Un des processus de soustraction du dioxyde de carbone de l’atmosphère est sa dissolution à la surface de l’eau. Le carbone inorganique est conduit par les courants de surface vers les eaux froides polaires où, devenant plus denses, elles plongent, transportant le CO₂ dissous dans la circulation océanique profonde. Il y sera stocké pour plusieurs siècles.

Ce phénomène est d’autant plus efficace que la mer est agitée – tourbillons, vagues, embruns piègent l’air à la surface – et que la température de l’eau est basse. Le dioxyde de carbone se dissout plus abondamment dans l’eau froide que dans les eaux tempérées. C’est pourquoi à lui seul, l’immense océan Austral absorbe 50 % de la quantité de gaz carbonique capturée par l’ensemble des océans de la planète. Si on fait le calcul, cela voudrait dire que l’océan Austral capture 1/6 du CO₂ présent dans l’atmosphère.

Un navire vertical… pour gagner en stabilité

L’équation pour Jean-Louis Etienne était la suivante : quel type de vaisseau peut permettre à des scientifiques de séjourner dans de bonnes conditions de sécurité et de confort dans l’océan Austral, durant toute l’année ?
L’idée d’une plateforme dérivante, stabilisée grâce à ses 80 mètres de tirant d’eau (partie immergée) et ses 150 T de lest, est vite apparue comme une réelle opportunité. Un treillis composé de trois gros tubes permet aux vagues de " traverser " le navire et de le rendre moins tributaire du mouvement de la houle.

© Ocean polaire

La capsule qui se trouve à quelques mètres au-dessus de la surface de l’eau pourra accueillir 8 membres d’équipage : 4 scientifiques, 3 marins et 1 cuisinier·ère. Ils seront relayés tous les 2 mois.

Un programme scientifique international

Le début de l’expédition est prévu pour 2024, avec comme objectif 2 tours du monde en orbite autour de l’Antarctique. Entrainée par le courant circumpolaire, la plateforme océanographique " zéro émission " devrait mettre 3 ans pour accomplir sa mission.

Le programme scientifique est coordonné par le CNRS en partenariat avec le CNES et l’Ifremer, il bénéficie de l’en­gagement de chercheurs de 43 institutions et universités de 12 pays. Les axes de recherches principaux concernent les échanges atmosphère-océan, les impacts anthropiques (pollution, microplastiques, métaux lourds,…) et un inventaire de la biodiversité.

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