Cuisine

Le Pangasius toxique : info ou intox ?

Gerald, Adrien et Isabelle Masson
17 sept. 2013 à 15:00Temps de lecture3 min
Par ddur

Peut-être avez-vous déjà reçu un mail dont le texte dénonce l'élevage du poisson Pangasius au Vietnam. L'article explique que " le Pangasius absorbe de grandes quantités de poison et de bactéries, de l'arsenic, (...)des métaux polluants,(...)", du polyéthylène et même des  " hormones féminines dérivées d'urine de femmes enceintes déshydratée ", pour accélérer sa croissance.

A lire ce genre d'info, on n'a plus du tout envie de manger ce poisson... Alors, info ou intox ?

L'an dernier, Test-Achats s'est penché sur la mauvaise réputation du Pangasius, afin de vérifier les fondements de cette polémique. L'organisme de défense des consommateurs signale que le Pangasius est un poisson maigre qui " ne possède pas des qualités nutritionnelles aussi intéressantes que celles d’autres espèces : il contient par ex. plus d’acides gras saturés (néfastes pour la santé), mais moins d’oméga 3 et de protéines. " Mais les recherches de polluants dans la chair de ce poisson ont donné des résultats plutôt rassurants : seuls deux échantillons testés contenaient des traces d’un pesticide, dans des  quantités " faibles et sans danger pour la santé "... L'enquête était aussi rassurante concernant les contaminations miscrobiologique.

On peut quand même s’interroger sur l’empreinte écologique liée au transport du Pangasius, non ?

En principe, le Pangasius est toujours importé surgelé, en bateau. Le poisson frais importé par avion  est une exception. Selon Test-Achats, même en tenant compte de la dépense énergétique liée à la surgélation, le poisson transporté par bateau reste plus écologique que celui transporté par avion. Si vous achetez du poisson surgelé, toutefois, vérifiez la mention du poids net égoutté : celle-ci vous permettra de connaître la quantité réelle de poisson achetée (une fois débarrassée de la glace). Les poissons sont en effet enveloppés d’une couche de glace protectrice qui peut représenter 2 à 23,9 % de son poids, selon les échantillons testés...

Est-ce que finalement, la consommation de ce poisson aurait été diabolisée à tort ?

Tout n'est pas encore rose autour de ce poisson-chat du Mekong... Du point de vue des populations locales qui l'élèvent, par exemple : on sait que le filet de Pangasius se vend chez nous aux alentours de 3 à 4 €/kg. Or seuls 10 % de cette somme vont au pêcheur ! Ça ne fait pas grande chose ! (10 % au grossiste, 20 % à l’industrie de transformation, 20 % à l’exportateur et 40 % au distributeur)... On est encore loin d’une pisciculture socialement responsable. Le WWF tente avec d'autres ONG de faire en sorte que les travailleurs de ce secteur  reçoivent un salaire décent, à des horaires corrects et à des conditions de travail sûres. Il essaye aussi d'améliorer le bilan environnemental de l'élevage du Pangasius...

Au final, en tant que consommateur, vaut-il mieux éviter le Pangasius ?

Pas nécessairement. On peut y recourir occasionnellement. Le boycott n'est pas nécessairement une solution. Par contre, on devrait voir apparaître bientôt chez nous du Pangasius labellisé ASC. Le label ASC (Aquaculture Stewardship Council) est en quelque sorte l’équivalent pour l'aquaculture du label MS, une certification qui s’applique à la pêche durable de poissons sauvages. Il s'appliquera aux poissons élevés dans des conditions respectueuses de l’homme et de la nature. Et on l'attend avec impatience !

 

En attendant, quelques ressources pour tenter de choisir du poisson durable :

-le site Slowfish plein de bons conseils (d'abord acheter local si possible, par exemple, éviter certaines espèces comme le thon rouge, respecter les saisons...).

-Le mini-guide du WWF à glisser dans son portefeuille.

-Le mini-livre " Les poissons. Consommons durable " de Dominique Viel, aux Editions Amyris.

 

Le pangasius, poisson ou poison ?

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