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Le paléoanthropologue Yves Coppens : "Lucy est devenue un peu l'emblème de l'origine de l'homme"

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Le paléoanthropologue, professeur émérite au Collège de France Yves Coppens vient de nous quitter à l’âge de 87 ans, le 22 juin. Il nous avait donné un entretien fleuve où il revenait avec passion, à 83 ans, sur sa vie et sur sa découverte, avec deux collègues, de l'Australopithecus afarensis nommé Lucy.

Passionné par la Préhistoire depuis son enfance, tout commence par l’archéologie pendant ses années bretonnes où Yves Coppens fouille les champs voisins, puis les dolmens. A 20 ans, il découvre une sépulture gauloise inviolée avec le dolmen de l’île de Carn. Il sera scientifique, biologiste puis paléontologue.

Entré au Centre National de la Recherche Scientifique en 1956, il va s'intéresser alors à des périodes beaucoup plus anciennes et des pays beaucoup plus lointains. Il monte à partir de 1960, d'importantes expéditions, d'abord seul, au Tchad, puis en collaboration internationale en Éthiopie (vallée de l'Omo et bassin de l'Afar) ainsi que des missions exploratoires en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, en Indonésie. D’abord spécialiste de mammifères à trompe, il découvre un 'joli caillou' au Tchad qui se révèle être un intéressant fragment de crâne d'hominidé, dit de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), considéré comme le plus ancien hominidé.
"Il m'a permis d'entrer d'emblée dans la cour des grands", dira-t-il.

Au cœur des sciences de la vie et de la terre, il nous parle de sa découverte, avec deux amis, de l'Australopithecus afarensis, nommé Lucy, en Ethiopie en 1974 : elle a 20 ans, mesure un mètre dix, et leur découverte sera patiente et lente. Lucy a plus de trois millions d’années et est toujours un sujet d’investigation scientifique, en plus d’être un mythe.

L'autobiographie d'Yves Coppens, 'Origines de l'homme, origines d'un homme', est publié chez Odile Jacob.

Une émission en deux parties, signée Pascale Tison

Première partie

Yves Coppens a passé dix ans en campement en Afrique. "On me dit que je suis un aventurier, ce n'est pas vrai. Mais quand vous êtes en brousse, quand vous êtes loin de tout, il vous arrive toujours quelque chose. Il ne faut pas être prêt à quoi que ce soit, mais il faut être prêt à s'adapter à tout ce qui peut arriver. Et quelquefois, cela nécessite une décision rapide. L'instinct de survie guide forcément."

Pourquoi Lucy est-elle devenue un mythe ?

Lucy a environ 3 200 000 ans. Par chance, plusieurs de ses os ont été trouvés, en tout 52 morceaux d'un même individu. Le personnage a ainsi pu être reconstitué. 

"A partir du modelé des os, on a dessiné la silhouette, on a imaginé à quoi pouvait ressembler Lucy. Personnalité extraordinaire, parce que la petite Lucy américaine n'était pas du tout ce qu'était la petite Lucy anglaise, ou suisse. La petite Lucy française était encore un peu différente. Chacun projette forcément un peu sa culture.

Ceci dit, Lucy est devenu un petit personnage, plus vivant que ne l'étaient des ossements isolés. Des bouts d'os, ça ne parle pas au public. Tandis que de la chair par-dessus, de la peau par-dessus, et si on ajoute un regard et un sourire, ça devient tout à fait quelqu'un d'autre : une petite bonne femme de 1,10m, de peut-être 25 kilos, d'une vingtaine d'années, exotique, portant cette responsabilité qu'on lui a accordée d'être la mère de l'humanité. Tout cela a fait qu'elle est devenue très vite un symbole et un peu l'emblème de l'origine de l'homme. En plus, on lui avait donné un prénom qui dans une certaine partie du monde signifie quelque chose."

Le paléo-anthropologue Yves Coppens et Lucy
Le paléo-anthropologue Yves Coppens et Lucy LIONEL BONAVENTURE - AFP - BelgaImage

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Deuxième partie

"J'étais fasciné par l'Antiquité, par ce qui est caché, par ce qui est enfoui, et par tout le mystère, l'imaginaire qui l'accompagne. (...) J'ai souvent été assez solitaire, me satisfaisant totalement de cette plénitude de ma passion, dit Yves CoppensC'est une passion profonde qu'il est difficile d'expliquer. D'où vient une passion ? D'où vient une vocation ?"

Pour Yves Coppens, le défi de la recherche est toujours de mieux comprendre le monde, de le décrire et de comprendre comment il fonctionne. Dans la mesure où on comprend comment il fonctionne, on peut appliquer, au bénéfice de l'homme, certaines de ces fonctions découvertes. "Comme ces applications sont étonnantes, à la fois surprenantes et merveilleuses, elles font peur, parce qu'on est mieux dans le confort du quotidien et la nostalgie du passé que dans l'inquiétude de l'avenir."

Ecoutez ici la seconde partie de cet entretien

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