"Le consommateur belge est prêt à payer plus que le client néerlandais"

Dessin paru dans l'émission du 19/02.
19 févr. 2012 à 14:02 - mise à jour 19 févr. 2012 à 14:57Temps de lecture4 min
Par RTBF
"Par rapport aux autres pays européens, l’augmentation (des prix) est plus importante en Belgique", confirme Jean-Philippe Ducart. "À un certain moment, on doit dire aux consommateurs que malheureusement il faut aller faire ses courses à l’étranger, en tout cas pour un certain nombre de produits." Le porte-parole de Test-Achats constate encore que chez nous, les prix augmentent plus rapidement que chez nos voisins. Il s’interroge également sur le fait qu’en Belgique, lorsque les prix de l’énergie diminuent, les prix dans les supermarchés ne baissent pas.

Le CRIOC s’est récemment livré à certaines comparaisons. Ainsi, un pain de 800 grammes acheté en France coûte 1,38€ tandis que le Belge doit dépenser 1,65€. Autre exemple : l’électroménager est en moyenne 30% moins cher dans les magasins de l’Hexagone.

"Des marges pas plus élevées qu'ailleurs"

Mais les professionnels se défendent et affirment ne pas se sucrer sur le dos des consommateurs. "Les marges dans le secteur du commerce en Belgique ne sont pas plus élevées qu’ailleurs. La Banque nationale a dit en novembre qu’on a les marges les plus faibles de toute la zone euro", affirme Dominique Michel, administrateur-délégué de Comeos, l’association porte-parole du commerce et des services en Belgique.

Si le secteur n’est pas en tort, ce n’est pas non plus la faute des travailleurs, assure la vice-présidente du SETCA. "Ces dernières années, il y a eu des efforts en termes de flexibilité, en termes de polyvalence. Le secteur commerce a bénéficié d’énormément de subsides salariaux", note Myriam Delmée. Sur les 10% de différence de prix entre la Belgique et ses voisins, 2% seraient imputables au coût du travail, précise-t-elle.

Le représentant de l’Union des Classe Moyennes estime pour sa part que "les prix ne sont que le reflet des charges en amont de la constitution des prix". S’il ne critique pas les chiffres avancés dans les études du SPF Economie, Christophe Wambersie estime que les conclusions de ces rapports sont erronées. Pour lui, il ne faut augmenter ni la concurrence ni le nombre de grandes surfaces.

"Le Belge accepte de payer plus cher"

En attendant des décisions venant des autorités, le consommateur conserve une marge de manœuvre, rappelle Philippe Defeyt. "Rien ne l’oblige à acheter de l’eau en bouteille plutôt que de l’eau du robinet qui coûte 150 fois moins cher", glisse le président du CPAS de Namur. "Mais il y a des différences inexplicables, injustifiables et je pense que dans le contexte de crise actuel, il est clair que la question de l’énergie est centrale, pèse de manière déterminante sur la précarité d’un certain nombre de ménages et rien ne justifie que sur 27 pays européens, l’électricité soit moins chère dans 24 pays", martèle Philippe Defeyt.

Les producteurs pratiquent, sur un certain nombre de produits, des prix plus élevés en Belgique que dans plusieurs pays voisins, dénonce Jean-Philippe Ducart. Pour expliquer cela, Dominique Michel rappelle que le marché belge est plus petit que les autres et a donc une marge de manœuvre moindre. Il note aussi que le marché, notamment à cause des divisions linguistiques, est plus complexe. Enfin, le consommateur belge accepterait, selon lui, de payer plus que son homologue néerlandais pour un produit bien déterminé.

"C’est un problème européen que l’Union européenne doit régler", réagit Johan Vande Lannotte. "Il y a eu beaucoup d’efforts pour la libéralisation, pour que les producteurs puissent vendre. Maintenant, il faut un effort aussi grand pour que les consommateurs puissent toucher le profit. Pourquoi les grands producteurs le font ? Pour maximaliser leurs bénéfices, c’est tout. C’est normal qu’ils veulent le faire, mais ce n’est pas normal qu’on les laisse faire."

La concurrence en Belgique est "l'une des plus fortes"

D’aucuns dénoncent des ententes entre fabricants, distributeurs, grands magasins. "Le consommateur ne peut pas profiter de la concurrence sur un certain nombre de produits", affirme Jean-Philippe Ducart. "Nous avons déposé plainte par le passé sur des ententes ou des prix imposés. Mais c’est aux autorités de la concurrence de faire la clarté là-dessus. Et on attend toujours…"

"C’est clair que dans certains secteurs, il y a des ententes", embraie Philippe Defeyt. "Ce n’est pas le commerçant indépendant qui a la capacité de négocier quoi que ce soit ou de s’entendre avec qui que ce soit", poursuit Christophe Wambersie (UCM). "Il doit simplement se voir imposer un certain nombre de critères."

"Certains ont l’impression que lorsque les prix évoluent en même temps pour certains produits, cela veut dire qu’il y a une entente. Mais non", lance Dominique Michel. "La Banque nationale le dit dans une étude du mois de novembre : la concurrence dans le secteur du commerce en Belgique est l’une des plus fortes d’Europe. Et concurrence, cela veut dire l’opposé d’entente."

Pas bloquer mais mieux contrôler

Le ministre de l’Economie se réjouit néanmoins de voir que les marques des distributeurs proposent une qualité élevée à prix bas. "Si le consommateur choisit bien, il paiera moins qu’aux Pays-Bas", indique Johan Vande Lanotte. "Mais il faut trouver des moyens pour informer le consommateur."

L’idée de bloquer les prix pour lutter contre l’inflation galopante ne séduit pas réellement les invités de Mise au Point. "Ce blocage serait un emplâtre sur une jambe de bois", avance la représentante du SETCA, qui plaide plutôt pour un meilleur contrôle des prix. Une idée que soutiennent également Philippe Defeyt et Johan Vande Lanotte. Aujourd’hui, seul un nombre limité de produits sont contrôlés : eau, maisons de repos, taxis et médicaments.

"Quand l’Observatoire des prix constate qu’il y a une augmentation des prix anormale, qu’on ne peut pas justifier dans un marché qui travaille de manière acceptable, (…) le Conseil de la concurrence pourrait intervenir et imposer des amendes ou imposer d’autres mesures structurelles pour que le prix n’évolue plus et que la concurrence s’installe", lance le ministre de l’Economie. "Les dispositions légales sont sur la table, le gouvernement en discutera et dans un mois, on pourrait le faire. (…) C’est une méthodologie moderne pour que les prix évoluent de manière normale."

PIAB


Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche midi : Johan Vande lanotte, ministre de l'Economie et des Consommateurs (SP.a) ; Philippe Defeyt, économiste et président du CPAS de Namur (Ecolo) ; Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Tests-Achats ; Dominique Michel, administrateur-délégué de COMEOS ; Christophe Wambersie, secrétaire général de l'Union des Classes Moyennes ; Myriam Delmée, vice-présidente du SETCA ; Anaïs Deville, conseillère au CRIOC.

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