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Monde

Le "climategate", un coup des services secrets ?

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04 févr. 2010 à 07:57Temps de lecture3 min
Par RTBF

David King, l'ancien conseiller scientifique en chef de Tony Blair entre 2000 et 2007, pense que l'opération qui a consisté à pirater des milliers de courriels du Centre de recherche sur le climat de l'Université d'East Anglia, peu avant la conférence de Copenhague sur le climat, a été orchestrée par une officine de services secrets pour décridibiliser les travaux du Groupe international d'experts sur le climat (GIEC). C'est ce qu'il explique a The Independent.

Le GIEC sous surveillance

L'affaire avait fait grand bruit: des milliers de courriels échangés entre scientifiques avaient été piratés et divulgués, à la mi-novembre 2009, sur différentes plateformes. Une tuile pour les scientifiques, qui n'avaient jamais imaginé que leurs conversations privées, leurs inimitiés, leurs rivalités ou leurs "petits trucs" seraient un jour utilisés pour mettre en cause leurs travaux et par ricochet ceux de l'ensemble du GIEC. Le scandale s'est depuis largement dégonflé mais continue toutefois à alimenter une constellations de blogs et de publications "climato-sceptiques". Et le GIEC a été placé sous surveillance étroite: désormais, la moindre erreur ou la moindre approximation relevée dans les 2500 pages de son dernier rapport est montée en épingle par ceux qui contestent l'influence des activités humaines sur les changements climatiques.

Et ça marche: en à peine deux mois de temps, les informations relatives aux observations sur le réchauffement ont été reléguées au second plan, tandis que les "scandales" qui affecteraient le fonctionnement du GIEC et la crédibilité de ses travaux sont systématiquement mis en avant par tous les médias. On en trouve l'illustration parfaite avec la publication des données de la NASA selon lesquelles la décennie écoulée a été la plus chaude jamais observée à l'échelle du globe depuis le début des relevés systématiques, complètement occultée par les médias, alors que dans le même temps la révélation d'une erreur sur l'échéance prévue pour la disparition des glaciers himalayens occupait toute l'avant-scène...

Pas de coïncidence, selon David King

Et si c'était justement l'objectif recherché?

David King relève que les courriels piratés ont été manifestement sélectionnés pour la portée des informations qu'ils contenaient; et ce sur une longue période, ce qui laisse penser que l'opération elle-même s'est étendue dans le temps.

"Ça a été une opération extrêmement sophistiquée",explique David King à The Independent. Selon lui, "plusieurs organisations sont capables de réaliser ce genre de travail, comme des agences de renseignement nationales, et il me semble que cette opération a été réalisée par un tel groupe". Pour l'expert britannique, "ce n'est pas une coïncidence si les courriels volés à des membres de l'université d'East Anglia ont été publiés un mois avant Copenhague".

Expliquant qu'il a connu ce genre d'opération puisqu'il a été lui-même au coeur du fonctionnement du gouvernement britannique, dont il a côtoyé les services secrets ainsi que ceux des Etats Unis, David King échafaude quelques théories: ce peut être le fait du gouvernement russe, voire de lobbies américains très puissants, dit-il. Le fait que les courriels volés se soient retrouvés sur un serveur basé à Tomsk (Sibérie) pourrait être une manoeuvre destinée à "mouiller" les Russes. Mais ceux-ci ont démenti toute implication, laissant sous-entendre que la Chine, par exemple, avait bien davantage intérêt à saboter l'idée d'objectifs contraignants de réduction des gaz à effet de serre.

En toute hypothèse, comme il s'agit selon David King d'une opération "coûteuse" et "sophistiquée", il penche pour une organisation disposant de très gros moyens. Selon lui, l'architecture de l'attaque, faisant appels à des moyens dont un hacker "opportuniste" ne dispose pas, plaide pour un "coup" des services secrets, avec l'implication de machines situées dans différents pays, comme la Turquie, la Russie ou l'Arabie Saoudite.

Incertitudes, vraiment?

Avec un certain à-propos, les délégués de l'Arabie Saoudite à Copenhague avaient explicitement fait référence à ce piratage pour exprimer leurs doutes sur la réalité du réchauffement. Venant du second producteur mondial d'or noir, après la Russie, l'attaque n'avait que les apparences de la sincérité. Mais depuis, plusieurs pays expriment explicitement leurs doutes et calibrent leurs engagements en fonction du degré d'incertitude qu'ils prêtent aux données des climatologues. Comme la Chine, premier émetteur de CO2 de la planète...

Thomas Nagant