Belgique

Le chef de la police fédérale, Fernand Koekelberg, démissionne

Fernand Koekelberg
06 mars 2011 à 16:11 - mise à jour 06 mars 2011 à 16:11Temps de lecture4 min
Par Belga News
Alors que de nombreux dossiers avaient déjà entaché son parcours à la tête de la police fédérale (notamment la nomination de ses collaboratrices), Fernand Koekelberg avait été récemment mis sur la sellette pour un voyage au Qatar ayant coûté un total de 92 000 euros.
Fernand Koekelberg s'était rendu au Qatar pour défendre sa candidature à la vice-présidence du Comité exécutif d'Interpol.

Le Comité P, organe qui contrôle la police, avait décidé samedi d'entamer une nouvelle enquête concernant ce controversé voyage au Qatar.
La ministre de l'Intérieur, Annemie Turtelboom, avait appelé le comité P à ouvrir cette enquête dès vendredi, avant d'inviter l'inspection générale de la police à examiner en profondeur la comptabilité du commissariat général de la police fédérale.

Fernand Koekelberg dénonce une "accumulation insupportable d'injustices"

"J'ai informé, ce jour, les ministres de l'Intérieur et de la Justice de ma décision de mettre fin, dès demain 7 mars 2011, à mon mandat de commissaire général", a-t-il indiqué dans un communiqué.

"Les attaques répétées dont j'ai toutefois fait l'objet au cours de ces quatre années de mandat furent autant d'atteintes à mon honneur et n'ont pas été sans impact sur l'image de la police fédérale. Associées à un drame personnel qui m'a affecté il y a quatre mois, je les ressens aujourd'hui comme une accumulation insupportable d'injustices et de blessures qui entame ma résistance tant physique que psychique et ne me permet pas de continuer à exercer mes fonctions de manière optimale. Je ne souhaite pas non plus que la répétition de cet état de chose nuise plus avant à l'image de la police fédérale, ce que je ne peux accepter", a ajouté Fernand Koekelberg.

La fonction de commissaire général sera exercée provisoirement par le directeur général de la police judiciaire fédérale, le commissaire divisionnaire Paul Van Thielen, qui remplace habituellement Fernand Koekelberg lorsqu'il est absent ou empêché.

Les suites de la demande de démission exprimée par la N-VA

Malgré le fait que le Comité P, organe qui contrôle la police, a estimé dans un premier temps qu'il n'y avait de problème avec ce voyage, la polémique n'a fait que croître lorsque le coût du voyage a été révélé et lorsque le député Ben Weyts (N-VA) a découvert une circulaire signée par Fernand Koekelberg dans laquelle celui-ci demandait aux membres de son personnel la prudence financière pour les voyages à l'étranger en raison des difficultés budgétaires de la police fédérale. Ben Weyts a alors demandé la démission du commissaire général au nom de son parti.

Dans cette dernière polémique, Fernand Koekelberg a reçu le soutien de la CSC et du Syndicat national du personnel de Police et de Sécurité (SNPS). Celui-ci jugeait que l'émoi autour du déplacement de lobbying de Fernand Koekelberg au Qatar est exagéré et dénonçait une machination politique. 

Réactions de Ben Weyts (NV-A)...

Pour le député N-VA Ben Weyts qui avait donc réclamé cette démission au nom de son parti, cette décision est "la seule possible et la seule juste pour préserver les intérêts de la police fédérale". Il a dit respecter cette décision et a reconnu qu'elle était sans doute difficile à prendre.

...et des ministres de l'Intérieur et de la Justice

Le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck (CD&V), a indiqué dimanche soir "avoir pris connaissance" de la décision prise par le commissaire général de la police fédérale, Fernand Koekelberg, de démissionner.

Stefaan De Clerck a, dans un communiqué, salué "l'engagement inconditionnel (de Fernand Koekelberg) et sa contribution significative à la réforme de la police et au fonctionnement de la police intégrée".

Le ministre de la Justice a assuré avoir toute sa compréhension pour le fait que le commissaire général ait, dans des circonstances personnelles et professionnelles difficiles, agi dans l'intérêt de la police.

Selon Stefaan De Clerck, le successeur au moins temporaire de Fernand Koekelberg, le directeur général de la police judiciaire fédérale, le commissaire divisionnaire Paul Van Thielen, disposera de tout son soutien pour sa mission.

La ministre de l'Intérieur, Annemie Turtelboom (Open Vld), a annoncé dimanche dans une courte déclaration qu'elle avait été informée de la démission de Fernand Koekelberg. "Le commissaire général a décidé pour lui-même qu'il ne pouvait plus fonctionner correctement", a-t-elle noté.

Un juriste, artisan de la réforme des polices

Fernand Koekelberg est né le 21 décembre 1954. Il a commencé sa carrière à la gendarmerie en 1972, alors qu'elle était encore une des branches des forces armées. Diplômé en droit de l'ULB, ils'est rapidement tourné vers le monde politique. Il a notamment travaillé au cabinet du ministre de la Justice Melchior Wathelet (cdH) comme officier de liaison.

Mais il s'est surtout fait connaître pour sa participation au sein du cabinet du ministre de l'Intérieur, Antoine Duquesne (MR), pour la mise en oeuvre de la réforme des polices, un des grands chantiers ouverts après l'affaire Dutroux et les dysfonctionnements constatés à cette occasion. Il a alors fait montre de ses compétences pour la mise sur pied de la police intégrée, abattant un travail énorme et d'une rare complexité notamment pour harmoniser les statuts des différents corps de polices, réorganiser entièrement la police et la lancer sur la voie d'un travail plus scientifique.

Il est devenu commissaire général de la police fédérale le 1er mars 2007, succédant à un autre ancien gendarme, Herman Fransen.

Julien Vlassenbroek avec Belga

Sur le même sujet

Police fédérale: priorité à la loyauté, la fierté et la flexibilité.

Belgique

Le Comité P pointe des abus en matière de primes des services de police, le SLFP s'insurge

Belgique