La vaccination des jeunes, l’épine dans le pied de la Région bruxelloise: "La vie normale a repris, le Covid ne fait plus partie des priorités"

28 juil. 2021 à 12:39Temps de lecture6 min
Par J.B avec Agences

La Belgique se situe en 4e position pour ce qui est de la vaccination en Europe. Plus de 53% de sa population est totalement vaccinée. Mais ces bons chiffres cachent certaines disparités. La Région bruxelloise fait figure de mauvais élève en comparaison de la Flandre ou de la Wallonie. Et ce qui pêche notamment, c’est la vaccination des tranches d’âges les plus jeunes.

Des chiffres qui inquiètent d’autant plus que les retours de vacances pourraient constituer un vecteur de propagation du coronavirus. Parmi les tests réalisés aux retours de voyages, le taux de positivité est plus élevé chez les jeunes.

La vaccination des jeunes à Bruxelles : que disent les chiffres ?

A Bruxelles, 48,08% de la population globale a reçu une première dose, et un peu plus de 40% est totalement vaccinée. Ce sont des chiffres bien en dessous de la Flandre ou de la Wallonie. La Flandre est en tête de peloton avec 58,2% de sa population entièrement vaccinée, 74,7% ayant reçu au moins une première dose.


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Et ces disparités se vérifient davantage dans les tranches d’âges les plus jeunes. En effet, si les plus jeunes ont été les derniers à être convoqués pour se faire vacciner on ne peut pas dire que l’emballement ait été le même d’un bout à l’autre du pays.

La Région bruxelloise a invité 314.000 jeunes Bruxellois de 18 à 34 ans à se faire vacciner, mais seuls 44% ont reçu à ce jour leur première dose, précisait ce mardi la Cocom. Un chiffre trop faible, jugent les autorités sanitaires, car il pèse sur le taux global de vaccination des adultes dans la capitale.

En Flandre c’est 81% des 18-34 ans qui ont reçu une première dose, 64,8% en Wallonie et 52,8% en communauté germanophone. Un écart important qui place Bruxelles en bout de course.

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Quelque 180.000 Bruxellois de moins de 35 ans n’ont en effet pas encore répondu à l’invitation à se faire vacciner, selon des chiffres fournis par la commission communautaire commune (Cocom) mardi. C’est 6 Bruxellois sur 10, âgés entre 18 et 34 ans.

Et des chiffres étonnants dans la mesure où ces disparités régionales semblent moins importantes lorsque l’on compare aux autres tranches d’âges. Par exemple, pour ce qui est des populations les plus vulnérables, la tranche d’âge des 85 ans et plus, 79% a été totalement vaccinée à Bruxelles contre 91% en Flandre et 81% en Wallonie.

Mais comment expliquer ce manque d’engouement chez les jeunes ?

Pour Inge Neven, la porte-parole de la Cocom, cela peut s’expliquer de diverses manières. D’abord une question de timing. Nous sommes en plein été, et pour les tranches d’âge les plus jeunes, les appels à la vaccination ont commencé peu de temps avant la date des premiers départs en vacances. Résultat, "beaucoup de gens sont partis en voyage et sachant qu’ils n’auraient pas eu leur deuxième dose avant de partir alors leur intérêt pour la vaccination a été moindre".

Par ailleurs, explique Inge Neven, "la vie normale a un peu repris, donc on sent que le Covid ne fait plus partie vraiment de la priorité dans la vie quotidienne".

Le risque des retours de vacances

Parmi les craintes des autorités sanitaires, il y a évidemment les risques de propagation du virus, notamment avec le variant Delta qui pourrait s’accroître avec les retours de vacances. Selon le dernier rapport hebdomadaire de Sciensano, entre le 5 et le 18 juillet, le variant Delta représente plus de 75% des échantillons analysés.


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Par ailleurs, les jeunes non vaccinés qui rentrent de vacances représentent un risque de propagation accru."Les personnes qui reviendront de voyage auront bien souvent un risque d’être infecté plus élevé qu’au moment où ils sont partis", indiquait il y a peu le microbiologiste Emmanuel André.

Déjà, on constate que le taux de positivité, c’est-à-dire le nombre de tests sur 100 qui s’avère positif, est actuellement en augmentation. A l’échelle du pays, il est 2,7%.

Mais zoomons encore un peu : si l’on regarde les tranches d’âge, c’est également parmi les plus jeunes que le taux de positivité est le plus élevé. A l’échelle du pays, le taux de positivité est à 2,9% pour les 20-39 ans contre 1,5% pour les 65 ans et plus.

Sciensano

La semaine passée, quelque 9800 tests covid ont été réalisés dans la capitale, la plupart en lien avec des départs en vacances. Le taux de positivité était de 3,2%. Ce sont surtout les jeunes de 20 à 29 ans qui sont les plus infectés. Le taux de positivité est même de 3,5% chez les vacanciers de retour de zones rouges.

Les départs et retours de vacances ont, depuis le début de la crise sanitaire, toujours constitué des craintes quant à la propagation du virus. Les mouvements sont l’un des vecteurs de transmissions, et a fortiori dans des zones où le virus circule de façon importante.


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Preuve en est, la carte couleur des zones de voyages, mises à jour par l’ECDC, l’organe européen de surveillance et de contrôle des maladies, montre une dégradation de la situation dans plusieurs pays. D’ailleurs, jeudi dernier, Bruxelles a été placée en zone rouge.

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Déjà des conséquences ?

Par ailleurs, selon l’analyse des lieux possibles de transmission, réalisées par Sciensano et qui repose sur le suivi de contact, entre le 12 et le 18 juillet dernier, les voyages constituaient déjà l’un des principaux point de transmission, après le foyer.

Possibles lieux de transmission pour les cas contactés du 12/07/21 au 18/07/21
Possibles lieux de transmission pour les cas contactés du 12/07/21 au 18/07/21 Sciensano

Déjà des conséquences ?

Il ne faudrait pas tirer de conclusions hâtives. Toutefois, les chiffres des hospitalisations restent le nerf de la guerre dans cette lutte contre le Covid-19. Ce sont les risques de saturation des structures hospitalières qui poussent les autorités à resserrer les vis.

Et si la situation actuelle n’est pas alarmante, on constate actuellement une augmentation des chiffres des hospitalisations. Le 27 juillet on comptait 309 personnes hospitalisées, un chiffre en augmentation de 16% par rapport à la semaine précédente. Et le nombre de personnes en soins intensifs augmente également, on en dénombre 94 à la même date du 27 juillet. "Au cours des 7 derniers jours, le nombre total de lits d’hôpital occupés a augmenté de 43, dont 7 lits occupés supplémentaires en soins intensifs", précise le rapport quotidien de Sciensano. Le nombre des hospitalisations continue, en effet de progresser, de façon modérée mais continue.

"Je pense que le grand enjeu cela va être de voir quels impacts on aura sur les hospitalisations", soulignait à ce propos Inge Neven à notre micro, ce mercredi. Et d’ajouter, "pour le moment on sent également que les jeunes pensent qu’ils vont être moins malades à cause du coronavirus. Et donc que pour eux il y a moins de risques, que si on tombe malade ce ne sera pas très très grave. Mais on peut évidemment avoir des cas graves. Pour le moment l’impact sur les hospitalisations, ça va encore. Mais on doit évaluer l’impact dans les semaines à venir".

Les initiatives pour booster la vaccination

C’est pourquoi, la Région Bruxelloise multiplie les initiatives pour booster la vaccination, notamment au sein des tranches d’âges les plus jeunes. Le maître mot c’est de "faciliter" tout le processus et également l’accès.

Désormais, les centres de vaccination sont accessibles sans rendez-vous dès l’âge de 16 ans avec plusieurs plages horaires, indiquant également quel vaccin il est possible de recevoir. L’objectif, comme l’explique Inge Neven, est bien de rendre la vaccination la plus facile possible.

Mais la demande de vaccination se ralentissant à Bruxelles, plusieurs centres vont être amenés à fermer d’ici peu. Sur dix centres, quatre devraient rester ouverts : Forest, Pacheco, Woluwe-Saint-Pierre et Molenbeek". L’idée est de garder une "capacité suffisante et proche des gens, ça, c’est la clé pour nous", affirme Inge Neven.


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C’est aussi pourquoi, cinq vacci-bus ont été mis à disposition. Ces vacci-bus circulent à travers la capitale, notamment dans les zones où la population est la moins vaccinée. "On est sûrs qu’il y aura assez de capacité pour vacciner".

L’un d’eux était d’ailleurs à l’Université Libre de Bruxelles ce mardi. Une aubaine pour certains étudiants présents : "à la base je comptais même partir à Paris demain pour me faire vacciner, mais j’ai beaucoup de travail et pour moi ça me fait gagner énormément de temps. Ça m’a pris 30 minutes", raconte Nicolas, un étudiant de l’ULB de 25 ans, pour qui l’initiative, en partenariat avec l’ULB est "géniale" et fonctionne très bien.

D’ailleurs, la Cocom est actuellement en discussion avec les Universités et les Hautes écoles afin de déployer ses vacci-bus directement sur les campus, dès la rentrée de septembre.

Par ailleurs, Inge Neven rappelle que désormais, la vaccination, à Bruxelles, est possible directement chez son médecin généraliste.

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