Un jour dans l'histoire

La symbolique du rouge à lèvres à travers l’histoire

17 mai 2022 à 13:56Temps de lecture2 min
Par RTBF La Première/Régine Dubois

Un objet qui tient dans la main, dans la poche ou qu’on trouve souvent dans les sacs à main : le rouge à lèvres.
Avant la crise du Covid, il se vendait en Europe dix bâtons de rouge à lèvre par seconde. C’est l'un des objets usuels qui n’avait jusque-là jamais subi les conséquences des crises et guerres successives depuis la fin du 19e siècle. C’est aussi un objet qui a véhiculé des symboliques très fortes au fil du temps et qui a accompagné le chemin d’émancipation des femmes.

Si vous êtes triste, ajoutez plus de rouge à lèvres et attaquez (Coco Chanel)

C’est à la fin du 19e siècle que le rouge à lèvres fait timidement son apparition dans l’espace public.
A l’époque, c’est un apparat réservé aux artistes ou aux femmes peu fréquentables
.

Les choses vont changer avec l’arrivée des grands magasins, qui offrent la possibilité aux femmes de sortir plus librement de chez elles pour se retrouver dans des endroits qui leur sont dédiés.

Aux Etats Unis, en 1912, les suffragettes vont arborer le rouge à lèvres suite au coup d’éclat d’Elisabeth Arden, qui deviendra l’une des papesses de la beauté et des cosmétiques quelques années plus tard.

Après la Première Guerre Mondiale, dans les années folles, les mœurs se libèrent et les femmes vont s’autoriser plus de fantaisie en termes de mode. Les ventes de rouge à lèvres explosent. Hollywood s’y met et les actrices en sont les premières ambassadrices.

Le bâton de rouge traverse la crise de 1929 la tête haute et c’est l'un des rares produits qui ne connaitra pas la crise, jusqu’à celle du Covid.

Ecoutez le premier épisode de l'histoire du rouge à lèvres

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Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le rouge à lèvres va prendre des allures de peinture de guerre.

Du côté allemand, les nazis imposent le retour des femmes naturelles et sans fards. Hitler avait une détestation pour les 'femmes peintes', comme il les appelait.

Aux Etats-Unis, le rouge à lèvres est un signe de résistance et de provocation vis-à-vis de l’ennemi. Le rouge à lèvres fera même partie de l’uniforme obligatoire des femmes engagées dans l’armée.

Après la guerre, dans les années 50, il fera partie de la vie de la 'housewife' américaine et les femmes européennes l’adopteront également.

Dans les années 60, le tube coloré sera banni par les féministes qui y voient un symbole de soumission, il fera partie des objets à proscrire pour s’émanciper.

La décennie suivante verra la couleur du rouge s’assombrir jusqu’au noir pour accompagner le mouvement punk et contestataire.

Ecoutez ici le deuxième épisode

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Rebecca Benhamou, est l'auteure de 'Sur la bouche, une histoire insolente du rouge à lèvres' (Ed. Premier Parallèle), qui revient sur l’histoire de cet incontournable fard, de la fin du 19e siècle à nos jours.

À travers les pérégrinations du bâton de rouge, qu’il se pose sur les lèvres des suffragettes, des prostituées, des garçonnes, des soldates ou des stars du cinéma, c’est bien de la place des femmes dans l’espace public qu’il est question ici. De la ruée dans les premiers grands magasins à la fin du xixe siècle à l’ère post-MeToo en passant par le lipstick feminism, le récit de Rebecca Benhamou frappe à toutes les portes, donnant la parole aussi bien à Zola qu’à Madonna, à Fitzgerald qu’à Colette, à Roosevelt qu’à Vivienne Westwood. 

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