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La star de la frite, la Bintje, est en perte de vitesse

29 nov. 2021 à 12:25 - mise à jour 29 nov. 2021 à 20:23Temps de lecture2 min
Par Charlotte Legrand, Guillaume Woeffle

À l’occasion de la semaine de la frite, l’Apaq-W veut redorer le blason de la bintje, et rappeler qu’elle donne aux frites un goût inégalable. Les consommateurs la réclament à cor et à cri. Mais l’industrie ne suit pas le même mouvement, et boude de plus en plus la bintje. Pour quelles raisons ? On a voulu en savoir plus.

Antoine Mauroy
Antoine Mauroy Guillaume Woeffle

A la ferme Mauroy, à Bury, on produit de la Bintje depuis 1974. Et si c’était possible, on ne produirait que ça ! "Aaaah, ce serait magnifique", s’exclame le papa, André. Mais dans l’exploitation familiale, reprise par Antoine (le fils d’André), on plante et on récolte bien d’autres variétés. " Ici, c’est des fontanes", nous montre Antoine Mauroy. "C’est une belle pomme de terre pour l’industrie, elle est bien grosse, c’est facile à travailler. " Avec son calibre plus régulier, sa résistance aux avaries du climat, la fontane est devenu "la" pomme de terre à frites de l’industrie, celle sur laquelle s’établissent la plupart des fameux "contrats", conclus avec les agriculteurs.  

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Que représente encore la bintje, aujourd’hui, en Belgique ? Pas grand-chose : à peine 5% des volumes. Il y a quelques années, une pomme de terre récoltée sur deux était une bintje. Comment expliquer cette baisse vertigineuse ? C’est la faute au changement climatique, résume André Mauroy. "Avec le changement climatique, la bintje souffre énormément de la sécheresse et de la chaleur. Pour nous qui sommes sur des terres plus légères, ça s’accentue encore plus". La bintje souffre des variations de température, et n’est pas très fringante à la sortie. Souvent vitreuse ou cabossée. Les pertes ont atteint des records en 2018 et 2019, deux années marquées par des étés caniculaires. "Il y a 3 ans, je pense on a eu 50% de vitreuse. On ne sait rien faire, c’était catastrophique pour les revenus et on a été obligé de passer aux fontanes".

André, le papa
André, le papa © Tous droits réservés

Si les agriculteurs se détournent de la bintje, qu’en est-il des consommateurs ? "Tout ce que vous voyez là, c’est de la bintje. C’est la première chose qu’ils demandent en arrivant ! Ils ne disent pas 'je veux un sac de patates', ils disent 'je veux un sac de bintje', sourit André. Il nous glisse même que l’épouse d’un autre agriculteur, qui produit des pommes de terre Challenger, vient lui acheter des bintjes en cachette.

Découverte il y a 120 ans, la bintje perd du terrain… mais pas chez les connaisseurs, qui restent irrémédiablement fidèles à son goût, pour faire "des frites, des frites, des frites, des frites… !".

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