La police catalane est-elle trop susceptible? Deux humoristes poursuivis en justice pour "injure"

La police catalane est-elle trop susceptible? Deux humoristes poursuivis en justice pour "injure"
17 nov. 2017 à 18:05Temps de lecture2 min
Par RTBF avec Agences

La police espagnole peut être susceptible: elle poursuit en justice des humoristes pour avoir raillé les forces de l'ordre envoyées en Catalogne pour empêcher le référendum d'autodétermination interdit, les accusant d'injures envers des policiers.

Eduard Biosca, humoriste de la radio catalane RAC1, qui campe un personnage caricatural dénommé "el senor Bohigues", a indiqué vendredi à l'AFP avoir reçu une convocation devant le juge pour janvier.

En cause, une émission du 20 octobre dans laquelle son personnage déclarait: "les 10.000 premiers rats sont arrivés de Madrid", à propos des conditions de vie sur le ferry où logeaient les policiers envoyés en Catalogne par le gouvernement espagnol.

Il commentait ainsi des doléances de policiers sur la présence de ces rongeurs sur le bateau.

"J'interprète un personnage qui est un pilier de bar, bavard et idiot, qui se met tout le monde à dos. Cela fait dix ans, et je n'ai jamais parlé en mon nom dans cette émission", a déclaré Eduard Biosca, qui souligne être "humoriste", et non "journaliste".

Une revue satirique visée aussi

La plainte pour "injures", accusation passible d'amende, a été confirmée de source policière. Il s'agit de la deuxième action de ce type engagée récemment par la police nationale, après celle visant la revue satirique "El Jueves".

Dans un article du 5 octobre, El Jueves avait ironisé sur les forces de l'ordre qui "avaient épuisé toutes les réserves de cocaïne en Catalogne".

L'auteur de l'article, Joan Ferrus, a été entendu jeudi par un juge d'instruction à Barcelone, plus d'une semaine après la comparution du directeur de la revue, Guillermo Martinez-Vela.

"C'est un article humoristique. Tous nos lecteurs comprennent bien qu'il s'agit de fiction, nous ne voyons là aucune injure", a déclaré à l'AFP Guillermo Martinez-Vela.

Mais cet humour n'a pas été du goût des policiers. "Les limites de la liberté d'expression ont été dépassées", a estimé un porte-parole du SUP, syndicat majoritaire, qui a mis en avant "le contexte très sensible" dans lequel l'article avait été publié.

Les relations entre la police nationale et de nombreux Catalans se sont envenimées quand les forces de l'ordre ont tenté d'empêcher le référendum interdit du 1er octobre, parfois à coups de matraque et de balles de caoutchouc, des scènes violentes qui ont fait le tour du monde.