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La "pinkflation" ou quand les prix des vêtements pour femmes s'envolent

La "pinkflation" ou quand les prix des vêtements pour femmes s'envolent.
12 août 2022 à 14:00Temps de lecture2 min
Par RTBF avec AFP

En Suisse, l’inflation s’invite jusque dans les rayons des magasins de vêtements pour femmes. Un phénomène décrit sous le nom de "pinkflation".

Depuis plusieurs mois, de nombreux pays d’Europe sont confrontés à une importante inflation. Selon des chiffres de l'institut Eurostat, le taux d'inflation annuel de la zone euro a grimpé de 8,6% en juin 2022, contre 8,1% en mai 2022. Des hausses de prix liées en partie à la guerre en Ukraine mais aussi à la pandémie de Covid-19 et à la crise climatique, surtout en ce qui concerne les produits alimentaires. 

Mais un récent rapport suisse réalisé par le comparateur en ligne de prix indépendant Comparatis et le média zurichois NZZ am Sonntag a identifié une inflation d’un nouveau genre, qui s’applique spécifiquement aux articles de mode dédiés aux femmes. Après la "shrinkflation" et la "heatflation", voici donc la "pinkflation".

Les femmes moins sensibles aux hausses de prix ?

L'étude estime qu’en l’espace d’une vingtaine d’années, le prix des vêtements pour hommes aurait augmenté de 0,3% et ceux pour enfants de 0,34% au cours de la même période. Soit un coût bien inférieur à celui des vêtements pour femmes, qui coûteraient en moyenne 6,51% plus cher en juin 2022 que dans les années 2000.

La raison à cela ? Aucune si ce n’est que les femmes "seraient prêtes" à payer plus que leurs homologues masculins.

"Les clientes semblent réagir de manière moins élastique aux augmentations de prix des articles de mode. Elles font aussi du shopping lorsque les prix des vêtements s'envolent", analysent les auteurs du rapport.

D’après des données de l'institut d'études de marché GfK, le chiffre d'affaires réalisé en Suisse en 2021 avec les vêtements et les chaussures pour femmes s'élevait à 4,3 milliards de francs (soit environ 4,4 milliards d’euros). Pour les articles pour hommes, ce chiffre est divisé par deux. Les tenues pour enfants ont quant à elles généré environ 1 milliard de francs.

La "taxe rose", expression du sexisme ordinaire

Les produits marquetés pour les femmes vendus plus cher que ceux pour hommes ne sont pas un phénomène nouveau. Citons notamment l’exemple emblématique des rasoirs ou des tarifs appliqués dans les salons de coiffure (souvent plus élevés chez les femmes). Le phénomène est tel qu’il porte même un nom, utilisé à l’international : la "pink tax" ou "taxe rose".

Mais le fait que ces produits connaissent une inflation deux fois plus élevée chez les femmes est relativement nouveau, pointe l'étude suisse. Et soulève plusieurs questions quant à l'évolution de ce phénomène un brin sexiste. Michael Grund, professeur de marketing à la Haute école d'économie (HWZ) de Zurich, qui a participé au rapport, considère par exemple qu'il "suffit que les femmes achètent moins" pour ne pas subir cette inflation...

Le non genré pourrait inverser la tendance

Mais du point de vue de Dominique Grisard, professeure chargée de cours au Centre d'études sur le genre de l'université de Bâle, citée par NZZ am Sonntag, les choses ne sont pas si simples. "Les hommes ont longtemps pu se cacher dans leurs costumes. Mais chez eux aussi, les apparences prennent de l'importance. Il devrait donc y avoir un rapprochement à plus ou moins long terme", estime-t-elle.

Sans compter que de plus en plus de lignes de vêtements proposent des collections non genrées, souligne de son côté NZZ am Sonntag Jörg Wiesel, directeur de la filière design de mode à l'université suisse de Fachhochschule Nordwestschweiz (FHNW) cité par NZZ am Sonntag.

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