Cinéma

"La nuit du 12", quand l’enquête fait mâle

"La nuit du 12" fait du machisme le carburant d’un polar brillant.

"Ce sont les hommes qui commettent la plupart des crimes, et ce sont des hommes qui enquêtent dessus" : autour d’une enquête impossible sur un féminicide, "La nuit du 12", en salles le 31 août, fait du machisme le carburant d’un polar brillant.

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Dominik Moll ("Harry, un ami qui vous veut du bien", "Seules les bêtes") a posé sa caméra entre Grenoble et la Vallée de la Maurienne, pour retracer une enquête sur le meurtre d’une jeune femme, Clara, aspergée d’essence et immolée en pleine nuit.

Pas de témoin, pas de traces. Le spectateur est prévenu : jamais Yohann, jeune policier prometteur (Bastien Bouillon), et Marceau, vieux routier de la PJ largué par sa femme (Bouli Lanners), ne parviendront à arrêter le coupable.

Mais pour une fois, l’essentiel est ailleurs. Les enquêteurs vont remonter le fil des relations qu’a pu entretenir Clara avec des hommes de son entourage, pour tenter d’identifier un suspect.

L’investigation tourne à l’enquête de moralité post-mortem. Car Clara était trop jolie, trop imprudente, changeait trop souvent de partenaire : pour les policiers, son meurtre ne doit rien au hasard.

Un rappeur éconduit qui a écrit une chanson pour souhaiter la mort de Clara et ne semble pas mesurer les conséquences de ses paroles, un petit ami qui veut à tout prix être disculpé et n’a pas un mot de condoléances… La galerie de suspects masculins, autocentrés et insensibles, est sans concession.

"À un moment, on a l’impression que ce sont tous les hommes qui ont tué Clara, qu’ils sont tous coupables", a expliqué le réalisateur à l’AFP à Cannes où le film était présenté hors compétition.

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Adapté d’un récit en immersion de l’écrivaine Pauline Guéna à la police judiciaire, le film dépeint également des policiers qui ne parviennent pas à s’extraire d’un environnement machiste "toxique". A commencer par Marceau, qui peine à se remettre en cause, et Yohann, plus moderne, mais incapable d’extérioriser ses sentiments…

Ces policiers évoluent dans "un groupe de mecs, qui peut avoir un côté très sympathique, des blagues débiles pour évacuer la tension", relève Dominik Moll, mais dont les présupposés vont entraver l’enquête.

La clé est détenue par les personnages féminins : une juge d’instruction (Anouk Grinberg) mais surtout la meilleure amie de la victime, interprétée par Pauline Serieys, qui, à elle seule, fera basculer le film. Ainsi que la façon dont ces policiers voient le monde… et les femmes.

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