Environnement

La Belgique vue du ciel : "L’étendue des prairies qui sont totalement roussies et jaunes, c’est vraiment impressionnant !"

Les effets de la sécheresse en Wallonie vus du ciel

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Les vagues successives de chaleur ont inexorablement eu de nombreux impacts sur l’environnement et sur différents secteurs. L’or bleu, qui fait vivre les rivières et les terres, est de plus en plus rare et précieux faute de précipitations en Belgique comme dans le monde entier. Pour se rendre compte de l’effet de la sécheresse, il faut prendre un peu de hauteur.

C’est en hélicoptère qu’une équipe de la RTBF et un expert en hydraulique observent les effets de la sécheresse à travers la Wallonie.
C’est en hélicoptère qu’une équipe de la RTBF et un expert en hydraulique observent les effets de la sécheresse à travers la Wallonie. RTBF

Dans les prairies, les vaches n’ont plus rien à brouter tellement tout est cuit

C’est à bord d’un hélicoptère qu’une de nos équipes et un expert en hydraulique ont survolé la Wallonie. L’objectif est de constater l’impact de la sécheresse qui est plus difficile d’observer depuis le plancher des vaches.

Eric Boever, journaliste de la rédaction de la RTBF, nous livre son impression : "Logiquement après des semaines de fortes chaleurs, j’ai vu des paysages assez marqués par la sécheresse mais pas autant que dans le sud de l’Europe. Tout de même vue du ciel, la Wallonie est plutôt jaune et roussie. Dans les prairies, les vaches n’ont plus rien à brouter tellement tout est cuit. Le niveau de certains barrages est un peu plus bas, mais rien d’inquiétant. En revanche, on constate bien que le niveau des cours d’eau, comme l’Ourthe ou la Vesdre, est très bas. A mon grand étonnement, les Fagnes sont plus vertes que jaunes. En conclusion, notre pays reste une terre de contraste."

Avec un niveau d’eau au plus bas, l’Ourthe dévoile des bancs de gravier.
Avec un niveau d’eau au plus bas, l’Ourthe dévoile des bancs de gravier. RTBF

On voit le fond à de très nombreux endroits

Benjamin Dewals, Professeur d’hydraulique à l’université de Liège, faisait aussi partie du voyage d’observation riche en informations. Une première en hélicoptère qui lui a permis de se rendre compte avec un autre point de vue des conséquences de cette longue période de sécheresse sans les contrées wallonnes.

Benjamin Dewals nous relate sa plus forte impression : "Ce qui était particulièrement intéressant, c’était de constater le contraste entre des rivières régulées (fleuves), comme la Meuse équipée de barrages mobiles, et des rivières qui s’écoulent de manière plus naturelle. Dans la Meuse, les barrages mobiles permettent de maintenir artificiellement un niveau d’eau élevé même si le débit est très faible. Cela permet donc de faciliter la navigation. Au contraire dans les rivières qui s’écoulent de manière plus naturelle, on voit le fond à de très nombreux endroits. Il y a des bancs de gravier qui étaient à sec, alors qu’ils sont normalement sous eaux. Ce qui crée des îlots à certains endroits."

Reportage dans notre 19h30:

Si cela fait plusieurs semaines que les pluies se font désirer, la situation de nos rivières est tendue mais ne serait pas critique. La gestion du stockage des eaux est un enjeu majeur pour limiter les effets de la sécheresse. Les grands barrages ont suffisamment été rechargés avant l’été. Ce qui permet une réserve d’eau potable pour les deux prochaines années.

Grâce aux grands barrages, comme celui de la Gileppe, le niveau d’eau des fleuves est quasiment normal.
Grâce aux grands barrages, comme celui de la Gileppe, le niveau d’eau des fleuves est quasiment normal. RTBF

La situation pourrait être plus critique dans un scénario où on aurait eu un hiver anormalement sec

Cependant, la situation est relativement critique pour certains secteurs comme l’agriculture et l’élevage. Benjamin Dewals, Professeur en hydraulique, l’a bien remarqué lors de cette observation en hélicoptère : "L’étendue des prairies qui sont totalement roussies et jaunes, c’est vraiment impressionnant. C’est un indicateur de l’ampleur de la sécheresse actuelle. L’eau qui coule aujourd’hui dans les rivières, c’est de l’eau qui est tombée durant l’hiver et le printemps passés. La situation pourrait être plus critique dans un scénario où on aurait eu un hiver anormalement sec. Clairement, l’hiver précédent a permis de relativement bien recharger les nappes phréatiques. Cela a aidé à limiter l’effet de la sécheresse actuelle. On espère vraiment que l’hiver prochain sera aussi normal en termes de pluviosité pour recharger les nappes phréatiques. Les ouvrages artificiels, comme les grands barrages, auront un rôle important en prévision d’autres périodes de sécheresse. "

Les Fagnes, une exceptionnelle verdure grâce à son sol spongieux.
Les Fagnes, une exceptionnelle verdure grâce à son sol spongieux. RTBF

Le stockage d’eau est plus que jamais essentiel

En survolant les Fagnes, c’est un autre contraste qui saisit l’équipage. Alors que les champs ont les couleurs d’un désert, la végétation est restée bien verte malgré un soleil brûlant. La force des Fagnes, c’est son sol spongieux qui offre une exceptionnelle capacité de stockage d’eau. S’il retient l’eau durant les inondations, ce sol qui est une véritable éponge permet de relâcher progressivement l’eau et donc de traverser les longues périodes de sécheresses.

Au-delà de cette exception, Benjamin Dewals tire la sonnette d’alarme car, avec le changement du climat, les périodes de sécheresses et les inondations seront plus fréquentes et plus intenses dans les prochaines années.

Le Professeur en hydraulique à l’université de Liège souligne l’urgence de s’adapter à cette nouvelle réalité : "Il faut s’attendre à davantage d’événements très secs, de sécheresses plus prolongées et entrecoupées de phénomènes d’inondation. Le stockage d’eau est plus que jamais essentiel. Si possible dans des zones naturelles en limitant l’imperméabilisation des sols par l’urbanisation, en favorisant l’infiltration de l’eau dans le sol pour recharger les nappes phréatiques. Les grands barrages, des écluses avec un système de pompage pour récupérer l’eau lors des trafics fluviaux, sont des moyens qu’il ne faut développer. Une efficace gestion de l’eau permet à la fois d’atténuer les conséquences des crues et des sécheresses. Secteur d’activité par secteur d’activité, il y a des réflexions à avoir pour réduire une certaine vulnérabilité et cette dépendance à l’eau."

Les bouleversements climatiques sont tels qu’il sera de plus en plus fréquent à l’avenir d’observer des alternances de fortes précipitations et de sécheresses. Afin d’éviter les pénuries et l’aridité des sols, les experts s’accordent à dire qu’il est plus qu’urgent de gérer le stockage de l’or bleu. Une prise de conscience, tant aux différents niveaux de pouvoir qu’à titre individuel, est impérative pour s’adapter aux effets du changement du climat.

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