Athlétisme

L'humeur de Vincent Langendries : "la Belgique comme en 1976"

La Belgique au top

En ramenant trois médailles de son périple américain la délégation belge a réalisé un authentique exploit. Jamais notre pays n’avait, au niveau mondial, ramené  autant de " breloques ".

Vous faisiez quoi à l’été 1976 ? Un souvenir ? Des vacances à la mer ? Etiez-vous devant la télé pour suivre les Jeux Olympiques de Montréal ? Sans doute pas. Vu le décalage horaire cela devait être inconfortable. C’était avant que la RTB ne devienne RTBF. Moi, j’avais à peine 8 ans… et mes premiers souvenirs d’athlé ne surgiront que 4 ans plus tard aux Jeux de Moscou, boycottés et tronqués. Et pourtant 1976 restait dans l’histoire de l’athlétisme belge comme la compétition planétaire la plus prolifique en médailles pour notre pays. Trois médailles ! Deux en argent pour le regretté Ivo Van Damme (sur 800 et 1500 m) et une en bronze pour Karel Lismont sur marathon. Cette moisson a donc été égalée ce week-end à Eugene dans ces mondiaux de feu pour la Belgique. De quoi parler vraiment d’événement historique pour notre grand et pas si " petit " pays.

Bashir le récidiviste

Bashir Abdi
Bashir Abdi AFP or licensors

Il aura donc fallu attendre 46 ans pour que l’on atteigne une deuxième fois ce total historique. Oui, bien sûr tout ne fut pas parfait. De notre délégation de 30 athlètes, certains sont passés un peu (ou beaucoup) " à côté ". Mais comment bouder notre plaisir. Avec Frédéric Xhonneux (récidiviste et auteur d’un faux départ " covidé "), on n’a pas boudé du tout. Surtout pas pour se lever à 4h du mat, filer au stade et, sur le coup de 6h15 en ce dimanche 17 juillet,  commenter le marathon de Bashir Abdi. Et exulter 2 bonnes heures plus tard quand notre médaillé de Tokyo franchissait la ligne en 3e position. Mais oui…médaille de bronze et premier moment de bonheur partagé. De quoi lancer nos mondiaux. Ça part fort. Et pour enchainer les dizaines d’heures de direct qui arrivent ça donne un fameux coup de fouet, croyez-moi.

Nafi super star

Nafissatou Thiam
Nafissatou Thiam 2022 Getty Images

1976 : le groupe Abba est en tête des charts avec notamment " Dancing Queen ". Une reine qui danse et qui fait valser nos cœurs. Nafissatou Thiam entre en scène. Pas le temps de souffler. A peine Bashir a-t-il passé sa médaille autour du cou que l’heptathlon débute. Une première journée de l’hepta qui commence à fond pour notre star. Quatre épreuves au top. Une voix qui grimpe dans les tours, Fred qui s’accroche à sa casquette. Le soleil est de plomb et fait fondre notre position commentateur. En plein soleil pendant plusieurs heures (merci à David Bertrand pour la crème solaire qui nous a sauvé la vie), on admire le travail. Et au terme du premier jour, une Nafi solaire qui claque le plus gros total (après le jour 1) de sa carrière en championnat. C’est bien parti. Un dodo plus tard et voilà qu’une Néerlandaise vient un peu tempérer l’enthousiasme. Ah mince, on avait un peu oublié que Anouk Vetter (2e aux Jeux de Tokyo) était aussi en feu depuis un an. Quelle bagarre sur la dernière épreuve du 800 m avec une Thiam (en retard au classement) forcée de passer à l’offensive. Lionne dans l’âme (normal c’est son signe astral), la Namuroise dévore le chrono et les espoirs d’une délégation batave dégoûtée par tant de hargne. " Elle va le faire, elle va le faire… Philippe Albert sort de ce corps… elle le fait ". Debout poings serrés, les commentateurs que nous sommes flambent. Couchée, pouce levé, Nafi brûle la piste de son talent.

United States of Belgium

Les Belgian Tornados
Les Belgian Tornados 2022 Getty Images

Avec deux médailles, les deux identiques d’ailleurs remportées à Tokyo, on est heureux. Mais on veut plus. Toujours plus de sensations, de victoires. C’est l’essence du sport. Bashir et Nafi montrent la voie pendant que je perds la mienne. Je parle de la voix avec un " x ", outil de travail précieux qui montre des signes de faiblesse… ah non… y a encore quelques jours à tenir. Là où le sportif soigne son corps, le commentateur soigne ses cordes sensibles. Histoire de tout donner quand les " Tornados " en auront besoin. Jour de finale. " Jours de tonnerre " aurait dit Tom Cruise et Nicole Kidman. Plutôt un jour de tornade. Un vent qui se lève au milieu d’une piste pour ce relais puissant. Dylan Borlée, Julien Watrin, Alexander Doom, Kevin Borlée… ajoutons-y les deux Jonathan (Sacoor et Borlée chez lui à Bruxelles devant Tipik). Ce relais c’est " United States of Belgium " : un Flamand, un Wallon, deux Bruxellois…unis pour la gloire. Tout est parfait dans leur course (leur 3e plus rapide de l’histoire du 4x4 belge), alors la voix déraille, les émotions montent, la ligne droite est là, Kevin aussi. Fidèle au rendez-vous pour sa 28e finale (sur 29 possibles). Bronze ! " Bravo, bravo, bravo…médaille…thank you guys ". Vous êtes magnifiques et Fred et moi, on est un peu rincés, essorés par ces moments de bravoure offerts par ces adeptes de la tornade. De 2008 à 2022, cela fait 15 médailles en 29 finales. Une par an en somme. Prodigieux.

Là, après un jour de voyage, il est temps de rentrer, de se ressourcer, de récupérer…pour mieux repartir le 15 août prochain, date d’ouverture du championnat d’Europe de Munich. On y sera. Les Belges y seront. Et on en doute pas…vous aussi.

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