Economie

L'envolée du franc suisse inquiète les professionnels du tourisme

Skier en Suisse: un plaisir dont le prix s'est envolé de 15 à 20% avec la hausse du franc suisse.
29 janv. 2015 à 16:21 - mise à jour 29 janv. 2015 à 16:55Temps de lecture3 min
Par Michel Gassee

Le cas du domaine des Portes-du-Soleil est évidemment un cas particulier : ce domaine relie 12 stations de ski en France et en Suisse, dont les plus connues sont sans doute Avoriaz et Morzine. 285 pistes de ski, près de 200 remontées mécaniques, 90 restaurants d’altitude, c’est du lourd. Le prix des forfaits aussi. Avant la décision de la Banque centrale suisse de renoncer à défendre le niveau du franc par rapport à l’euro, le prix du forfait d’une journée était de 61 francs côté suisse et 48,5 euros côté français. Avec l’envolée du franc, il a fallu s’adapter : le prix du forfait côté suisse a baissé de 15%, à 52 francs.

Un exemple isolé… pour le moment

Pour autant, l’exemple des Portes du Soleil n’a pas suscité beaucoup de vocations. C’est même une exception. En fait, les professionnels suisses des sports d’hiver ne sont pas inquiets pour le très court terme : "La saison d’hiver est déjà bien avancée, explique Stéphanie Carruzzo, qui travaille pour l’organisme chargé de la promotion du canton du Valais, les taux de réservation sont bons pour les vacances de carnaval. Il n’y a pas non plus d’annulations massives ".

Du point de vue des professionnels du tourisme, l’enjeu majeur, ce sera les vacances de Pâques et surtout l’été. Là, il va falloir trouver des solutions pour attirer le chaland. Dans le Valais par exemple, 30% des touristes viennent de la zone euro. Comment les convaincre de revenir alors que leur pouvoir d'achat en francs suisses a baissé de 15-20%? Il faudra peut-être agir sur les prix. Mais, dans le même temps, il faudra aussi convaincre les touristes suisses, qui représentent tout de même 50% des visiteurs dans le Valais, de ne pas aller dépenser leurs francs en Europe...

Vers une récession en Suisse ? Pas sûr…

Le tourisme est en première ligne mais il est probable que toute l'économie du pays ressentira les effets de cette envolée brutale du franc suisse. Pour Guy Wagner, chef économiste de la Banque de Luxembourg, "il y a évidemment un impact négatif sur l’économie suisse, le tourisme bien sûr, on peut aussi penser aux supermarchés qui se trouvent à côté des frontières de la France, de l’Italie ou de l’Allemagne. On verra aussi un impact sur les comptes des grandes entreprises suisses : elles publient leurs comptes en francs suisses et, par la force des choses, leurs revenus étrangers vaudront moins de francs suisses toutes choses étant égales par ailleurs. Il y aura aussi un impact sur les marges – à court terme – pour les entreprises qui produisent en Suisse mais réalisent le plus gros de leurs revenus à l’exportation." Pas sûr pour autant que la Suisse tombe en récession même si certains en font le pronostic.

Pour Guy Wagner, en tout cas, la Banque centrale suisse a pris la bonne décision, il se réjouit qu'il existe encore une banque centrale qui regarde à long terme. D'autant que, dit-il, la Suisse a l'habitude de travailler avec une monnaie forte. "Si on regarde l’histoire économique, poursuit Guy Wagner, on constate que les pays qui ont durablement créé de la prospérité, c’était généralement des pays avec une monnaie forte. Comme la Suisse. Quant aux entreprises suisses, comme elles ont l’habitude de travailler avec une monnaie forte. Si on regarde la période 2010-2011, le franc suisse s’était apprécié de 30% mais l’impact sur les bénéfices des entreprises avait été de courte durée et par la suite, quand la banque nationale de Suisse a mis en place sa politique de taux plancher par rapport à l’euro, la croissance de leurs bénéfices a été supérieure à ce qu’on avait ailleurs en Europe. Ça montre quand même que les qualités sur lesquelles misent les entreprises suisses – innovation, productivité, etc. – l’emportent sur le long terme."

Et pour mieux appuyer sa thèse, Guy Wagner rappelle que depuis 1970, le cours du franc suisse par rapport au dollar est passé de 0,2 à 1 avant l'envolée récente du franc.

Michel Gassée

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