l'envoi de Paul Hermant à Christophe Pirenne

03 mars 2012 à 10:00Temps de lecture2 min
Par Paul Hermant

Cher Christophe Pirenne. Evidemment, je ne pouvais pas manquer de vous mégoter là-dessus, mais un livre d’histoire écrit par un Pirenne, pardonnez-moi, mais j’en ai fait toute mon enfance et je pourrais encore si je me forçais un peu vous citer les tribus gauloises qui firent la gloire première de notre pays de bonne humeur : au hasard, les Eburons, les Ménapiens, les Morins, les Eduens, les Nerviens, les Condruses et les Trévises… sans oublier bien sûr les Atrébates qui avaient un air de cirque.

Pardon ? Vous me dites que vous traitez de l’histoire du rock et même pas seulement de l’histoire du rock en Belgique ?

Je vous trouve un peu timoré, sur le coup. Votre glorieux homonyme, lui, aurait eut tôt fait d’originer le rock’n‘roll à l’invention du saxophone et de missionner les Wallons du Wisconsin en propagateurs de la contre-culture dans le Nouveau Monde.

Car vous savez mieux que moi que le sens de l’Histoire ce n’est pas de se diriger toujours plus avant vers des horizons lumineux ou des lendemains qui chantent, mais d’aller plutôt à reculons et de remarcher sur ses pas, quitte de temps à autre, à emprunter des empreintes qui ne sont pas les siennes ou qui paraissent plus seyantes.

Et là où votre glorieux homonyme — un ancêtre peut-être ? — ne serait pas du tout content de vous, c’est que, à ce que j’ai vu et si j’ai bien lu, à côté de cette Histoire musicale du Rock, vous avez entrepris une autre recherche : « La musique en Belgique de 1870 à nos jours ».

Pourquoi, je vous le demande, 1870 et pas 1830 ? Pourquoi Sedan et Léon Gambetta plutôt que la Muette de Portici et Charlier Jambe de bois ? Voudriez-vous dire qu’une Histoire n’est pas l’autre et que celle des nations épouse rarement celle de leur culture ?

Pourtant, l’on ne vous fera pas la procès, oh non, de n’avoir pas fait pour le patrimoine musical belge un travail, comment dire ? D’archiviste, d’archéologue, d’entomologiste, de sociologue ? 

Vous faites en effet  partie de ces inventeurs, dans le sens premier du terme, qui mettent au jour la mémoire et exhument l’oubli. Car, on l’a déjà dit ici, vous êtes musicologue, vous êtes chercheur et vos travaux n’évitent aucun genre ni aucune époque et vous pouvez, d’un même souffle, évoquer Gilles Binchois de Mons et David Lee Roth de Van Halen, comme vous pouvez expliquer sans sourciller pourquoi la viole de Gambe a permis Marin Marais ou les ondes Martenot Olivier Messiaen.

Si j’ose me permettre, ce goût de l’éclectisme et ce sens de l’encyclopédie, ça ne fait pas de vous un homme du 21ème. On vous verrait bien à la Renaissance ou alors aux Lumières.

Mais pour tout vous dire, ça nous fait un bien fou que vous viviez dans les mêmes temps que vous, pour nous inviter à cette invention perpétuelle. Car nous ici, voyez-vous, nous sommes rendus à ne plus rien mélanger et l’Histoire, désormais, c’est souvent comme l’amour : c’est regarder ensemble dans la même direction. Je vous souhaite le bon jour.