Belgique

L'automobiliste belge, vache à lait de l'État?

Dessin de Kroll paru dans l'émission du 15/01/2012.
Le Salon de l’Auto bat son plein et devrait attirer plus de 600 000 visiteurs. Une affluence exceptionnelle qui prouve que le succès de l’automobile est toujours aussi important. Et ce, malgré les mauvaises nouvelles : hausse des prix du carburant, fin des primes vertes, taxes sur les voitures de société… Pour certains, rouler est devenu un véritable luxe. "Il n’y a pas que les carburants", confirme Thierry Willemarck, administrateur délégué de Touring. "Il y a les Régions qui doivent souscrire de nouveaux emprunts pour entretenir les infrastructures routières. Tout va devenir plus cher."

La Belgique compte parmi les pays dans lesquels les accises sont les plus élevées. "L’automobiliste est réellement une vache à lait pour l’État", résume Thierry Afschrift, avocat fiscaliste et professeur à l’ULB, qui pense que l’automobiliste constitue une "cible idéale". "Si l’on tient compte de l’ensemble des taxes, au total, cela ferait 14 milliards d’euros par an. Pas loin de 10% du budget de l’État est donc à charge des automobilistes", note Thierry Afschrift, avant de citer Colbert : "Il faut plumer l’oie de façon à avoir le moins de cris possible".

Absence de réflexion globale ?

Présent sur le plateau de Mise au Point, le porte-parole de Test-Achats étonne invités et présentateurs lorsqu’il annonce "se poser la question de savoir si le prix de l’essence ou du diesel est encore assez cher". "Le problème, c’est que le consommateur, l’automobiliste se retrouve sans alternative", glisse Jean-Philippe Ducart qui regrette l’absence de réflexion globale. "Je ne pense pas que le gouvernement a pour ambition de faire changer le comportement des consommateurs. L’ambition du gouvernement, c’est de prendre des mesures budgétaires, de boucler son budget. Et malheureusement, l’automobiliste est une cible assez facile à ce niveau-là."

Ancienne ministre de la Mobilité, Isabelle Durant (Ecolo) dresse le même constat. "Tous se rallient aujourd’hui à l’idée qu’il faut sortir des énergies fossiles et que le prix ne va pas diminuer, loin s’en faut", note la députée européenne, précisant qu’elle ne souhaite pas un discours anti-voiture mais une discussion créative "sur le rouler moins et le rouler mieux".

Réagissant aux propos de Thierry Afschrift, selon qui les gouvernements tentent de diriger les choix des consommateurs, Melchior Wathelet note qu’il y a "une responsabilité du politique très claire. On ne peut pas dire aux gens qu’ils doivent changer leurs modes de transport et ne pas leur donner d’alternatives. (…) Il n’y a pas une solution miracle." Melchior Wathelet critique alors les chiffres avancés en début d’émission par l’avocat fiscaliste. "Vous nous aviez habitués à de meilleurs calculs", lance-t-il au professeur de l’ULB.

"Il faut proposer des voitures moins puissantes"

Supprimer les primes vertes alors que les prix du carburant atteignent des records apparaît paradoxal. Pas tant que cela, affirment plusieurs invités. Selon eux, ces primes auront eu pour effet de pousser les constructeurs à adapter leur offre. Même la représentante d’Ecolo, aujourd’hui dans l’opposition, est partiellement d’accord avec la suppression de cet instrument. "Je ne pense pas que le consommateur, en définitive, verra grandement la différence et que, par ailleurs, cela aura une incidence sur l’esprit de cette mesure, à savoir diminuer les émissions de CO2", avance Isabelle Durant.

Reprenant la parole après un petit détour, en direct, au Salon de l’Auto, Isabelle Durant s’adresse aux constructeurs. "Est-ce qu’on envisage, dans le secteur automobile, une mesure assez simple : la "redescente" en gamme ? C’est-à-dire produire des voitures moins puissantes. (…) Une redescente en gamme, c’est tout de suite un gain en sécurité, un gain environnemental."

"La demande du client va vers ce genre de produit", lui répond le président de la FEBIAC, la Fédération Belge de l'Automobile et du Cycle. "Un fabricant ne fait qu’une chose : répondre à la demande du client."

Une phrase qui ne convainc guère le représentant de Test-Achats : "Vous êtes les tenants de l’offre, vous avez la technologie en mains", affirme Jean-Philippe Ducart. "C’est aux constructeurs d’influencer aussi le cours des choses. (…) Il faut enfin mettre au point les technologies qui permettront de diminuer les émissions de CO2 et d’autre part, proposer des modèles qui ne seront pas des modèles vampires, énergivores."

"Difficile d'éviter les amendes"

L’avantage que retirent les bénéficiaires de voitures de société sera désormais davantage taxé. "Ce n’est pas un hold-up mais clairement une taxation supplémentaire des revenus du travail", lance Thierry Afschrift. Et le professeur de l’ULB de dénoncer plusieurs mesures prises par le nouveau gouvernement. "Les amendes augmentent de 11% et cela frappe essentiellement les automobilistes. Quand on est automobiliste, on peut très difficilement éviter une amende parce que devant l’immensité des règlementations qui ont été instaurées par les différents gouvernements, il est très clair que pour ne pas commettre d’infractions, la seule façon, c’est de ne pas rouler en voiture."

Une affirmation qui ne manquera pas de faire sortir de ses gonds le secrétaire d’Etat cdH.

Alcool: la tentation d'une tolérance zéro

Comme nombre de ses prédécesseurs, Melchior Wathelet a fait de la diminution du nombre de tués sur nos routes l’une de ses priorités. Pour y parvenir, l’homme compte lutter contre quatre fléaux : l’alcool au volant, les excès de vitesse, l’oubli de la ceinture de sécurité et le non-respect des feux de signalisation.

Vice-président de l’association "Parents d’enfants victimes de la route", Alain Moreau, dont le fils est décédé après avoir été fauché par un chauffard ivre, plaide pour une mesure radicale : imposer la tolérance zéro alcool au volant. "À partir du moment où l’on reconnaît que tout alcool dans le sang a un impact sur la conduite, il est normal que l’on se prémunisse contre cela. Quand on est entre 0 et 0.5, on ne zigzague évidemment pas sur les routes, mais il est évident qu’en cas de situation d’urgence, si un enfant traverse, il y aura peut-être la petite fraction de seconde qui sera de trop", indique Alain Moreau.

Recenser les cowboys de la route

Melchior Wathelet, qui annonce qu’il prendra une décision en la matière dans les prochaines semaines, se dit, "intuitivement", séduit par une diminution de la limite d’alcool autorisée. "Pourquoi ? Parce que je suis effrayé par un certain nombre de chiffres que je lis", explique le secrétaire d’État humaniste. Et de rappeler que lors de contrôles effectués suite à des accidents, près d’une personne sur deux se révèle positive.

Président du tribunal de police de Namur, Philippe Arnould plaide quant à lui pour la création d’une banque de données répertoriant les "cowboys de la route". "Ne faut-il pas arrêter de limiter la liberté de la majorité des gens qui circulent et qui sont soucieux de la sécurité routière, même si tout le monde est susceptible de commettre une infraction, pour éradiquer la délinquance routière de quelques irréductibles ?", s’interroge-t-il. Avant de poursuivre : "Il faut pouvoir centraliser les données. (…) Si vous êtes contrôlé par un policier, le policier ne sait pas dire si vous êtes en retrait de permis, il n’a pas de banque de données à consulter pour avoir cette information. A notre époque, je trouve que c’est une aberration totale."

PIAB


Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche midi : Melchior Wathelet, secrétaire d'Etat à la Mobilité et à l'Energie (cdH) ; Isabelle Durant, ancienne ministre de la mobilité - députée européenne (Ecolo) ; Thierry Willemarck, administrateur délégué de Touring ; Philippe Arnould, président du tribunal de police de Namur ; Thierry van Kan, président de la FEBIAC (Fédération belge de l’Automobile et du Cycle) ; Alain Moreau, vice-président de l'association "parents d'enfants victimes de la route" ; Jean-Philippe Ducart, porte-parole Test-Achats ; Thierry Afschrift, avocat fiscaliste et professeur à l’ULB.

 

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