Feuilleton Scotland Yard

L'affaire Lord Russel, ou les débuts de Scotland Yard

Histoire Criminelle, les enquêtes de Scotland Yard

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17 août 2020 à 12:39 - mise à jour 18 juil. 2022 à 14:54Temps de lecture3 min
Par La Première RTBF

Londres, 1840. L’un des quartiers les plus élégants de la capitale : Mayfair, à deux pas de Hyde ParkDans une petite rue élégante qui s’appelle Norfolk Street. Une rue bordée de belles demeures, dans laquelle on se sent bien.

Et pour cause : il y a des rondes de police toute la nuit. Il ne se passe pas 5 minutes sans qu’un policier passe devant votre maison, ou sur le trottoir d’en face. Alors, il y a de quoi se sentir en sécurité.

Oui mais voilà, par un beau matin de 1840, la découverte du corps égorgé de Lord Russel vient perturber le calme de cette petite sphère bourgeoise.

Une jeune institution policière

Lord William Russel, ce n’est pas n’importe qui. C’est le rejeton de l’une des familles les plus en vue en Angleterre : c’est le dernier fils du duc de Bedford. La mort de Lord Russel touche toute la bonne société anglaise, et jusqu’au Palais de Buckingham. Il faut trouver l’assassin.

Seulement, il n’y a pas de témoin et très peu d'indices. Et les policiers en patrouille cette nuit-là n’ont rien relevé d’anormal.

On a bien retrouvé un butin, laissé en plan dans le hall d’entrée. On a remarqué que la porte arrière avait été fracturée… mais sans la moindre trace de pas en provenance de l’extérieur.

Après ces premiers devoirs d’enquête, on fait appel à Scotland Yard pour ce dossier délicat. Et c’est l’inspecteur William Pearce qui est envoyé. Il n’écarte aucune piste. Mais il dispose de peu de temps.

Et de peu de crédit aussi, précise Jérôme De Brouwer, historien du droit à l'ULB : "En 1840 Scotland Yard n’a pas du tout l’aura, la représentation positive qu’on lui connait ensuite, vers la fin du siècle. C’est une jeune institution. La Metropolitan Police a été créée en 1829. C'est-à-dire 11 ans plus tôt. Le Peel’s Police Act a établi Scotland Yard pour "améliorer la police dans et aux environs de la métropole. C’est Sir Robert Peel, le Home Secretary, qui en fut l’instigateur. Son motif ? La nécessité de réunir les différentes unités de police, de gardes et de patrouilleurs éparpillés dans la ville de Londres".

Il faut dire qu'à l’origine, les missions de la Metropolitan Police étaient principalement le maintien de l’ordre public et la prévention des crimes, pas l’investigation criminelle.

Scotland Yard ne dispose donc pas d’un arsenal d’enquête très diversifié. Il faut dire que l’état de la science et des techniques ne permet pas encore grand-chose. L’enquête repose donc sur les témoignages, les techniques d’interrogatoire, l’observation, la réflexion et la déduction.

Des interrogatoires minutieux

Dans cette affaire, c’est à la lumière d’interrogatoires bien menés que l’étau va se resserrer sur les domestiques de la maisonnée Russel.

Et c’est à force de passer la demeure au peigne fin que les inspecteurs vont mettre la main sur des pièces à conviction. Des objets de valeur, savamment dissimulés dans l’office de l’un des domestiques.

Celui-ci plaide son innocence, mais la découverte de gants tâchés de sang dans sa chambre constitue un motif supplémentaire et suffisant pour le présenter devant la justice. La défense va bien s’organiser. Et s’acharner sur Scotland Yard, beaucoup critiquée au cours du procès :

"À l’époque, les 'Bobbies' - ou les 'Peelers' comme on les appelle, du nom de Robert Peel, le ministre qui crée Scotland Yard –  faisaient face à l’hostilité de la presse et de l’opinion publique. L’avocat de la défense s’attache à démontrer les failles de l’enquête. Une enquête qui pourrait bien fragiliser cette police nouvelle. L'avocat s’étend longuement sur les objets volés… et retrouvés. Et les objets manquants, qui n’ont pas été retrouvés malgré toutes les recherches. Comment l’assassin pourrait s’en être débarrassé ? S’il s’en est débarrassé, ce ne peut-être qu’avec l’aide d’un complice. Où est-il, ce complice ? Il aurait dû être là, au procès, si l’enquête de Scotland Yard avait porté ses fruits !"

Alors que l’issue du procès semble incertaine, un témoin se présente à la barre, après avoir consulté l’offre de prime…

Cette histoire montre aussi l’importance des offres de prime dans la résolution des affaires criminelles, à une époque où les moyens de la détection criminelle sont très pauvres et où le témoignage est primordial. Scotland Yard en fait un usage très fréquent. Même si, on le voit, le policier en charge de l’enquête, l’inspecteur Pearce, n’est pas partisan de cette pratique, elle s’avère utile pour inciter le public à apporter sa contribution à l’enquête.

Ici, c’est une connaissance de l’assassin qui va faire le lien entre les biens volés qui sont repris dans l’offre de prime, et la mystérieuse visite de l’un de ses anciens employés, qui lui demande de mettre un paquet en lieu sûr…

Vous voulez connaître la suite de cette affaire palpitante ? Ecoutez l'épisode 1 du feuilleton sur les enquêtes de Scotland Yard diffusé sur La Première

Caricature d'un aristocrate balayant un agent de Scoltand Yard, dessin réalisé vers 1850 par Austin
Caricature d'un aristocrate balayant un agent de Scoltand Yard, dessin réalisé vers 1850 par Austin Hulton Archive/Getty Images

Le feuilleton Les Enquêtes de Scotland Yard, saison 2 d'Histoire criminelle, c'est du 18 au 29 juillet de 12h à 13h sur La Première, et en replay sur RTBF Auvio.

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