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KFDA 2013 : De Bach aux femmes potières de Sejnane. Musique savante et gestes simples.

Partita 2 ATDK  ? B. Charmatz
06 mai 2013 à 14:07Temps de lecture3 min
Par Christian Jade

 

Critique :***

Austère, Bach ? ATDK mêle rigueur…et un grain d’humour pince sans rire !

La Partita 2 de Bach, une de ses 6 œuvres pour violon seul : pour le commun des mortels, c’est le genre "austère devoir", a fortiori pour un public jeune, plus féru de rock ou de rythmes plus "trempés" que "tempérés". La proposer 3 fois de suite(amputée de sa célèbre "chaconne" finale, qui fait ¼ heure à elle seule!) :une fois dans le noir, sans même voir l’interprète "live", , une deuxième fois, sans l’entendre, en la devinant sous le pas des deux solistes, ATDK et Boris Charmatz, une troisième fois en mêlant, enfin, musique et danse : ce genre de défi au public, c’est du ATDK tout craché ! Et ça marche ! Ce dimanche après midi, j’ai entendu moins de toussotements, dans le noir total de son exécution live, 20mn quand même, que dans un quelconque mouvement lent du concours Reine Elisabeth ! Les motifs de cette réussite sont nombreux : une remarquable interprétation d’Amandine Beyer au violon mais surtout la surprise de découvrir, dans la concentration du noir, une musique, certes austère mais "rythmée" puisque basée sur des danses populaires d’époque (allemande, gigue, sarabande, courante). Même réussite de la deuxième partie: on est obligé de découvrir la transposition-non littérale, comme une gigue "à l’ancienne "- de cette musique en un " double solo " de danse contemporaine et non un " pas de deux amoureux " romantique. Un fond mathématique, abstrait et des effets très concrets, presque drôles, comme les contrastes entre la minuscule Anne Teresa et Charmatz le "charpenté" : quant la fourmi ATDK porte l’énorme athlète sur son dos, on est presque dans un sketch de film muet américain. La troisième partie ajoute un partenaire au mélange musique/danse, la violoniste Amandine Beyer, visible, nouvelle " camarade de jeu " des danseurs. Ajoutez à cette réussite la belle scéno à dominante grise de Michel François, avec une seule ouverture lumineuse. Une seule interrogation : il faudra raccourcir l’angle de la Cour d’Honneur d’Avignon, fin juillet pour éviter l’épuisement des doubles solistes et la dispersion du regard des spectateurs.

Partita 2 par ATDK et B. Charmatz jusqu’au 8 mai

www.kfda.be

« Laaroussa " de Selma et Sofiane Ouissi :

Partita 2 ATDK et B.Charmatz
"Laaroussa"de Selma et Soufiane Ouissi

 

Hommage de la danse aux potières de Sejnane.***

 

Critique :***

 

Quand vous regardez des potiers ou (potières), mouler, selon des pratiques ancestrales, des vases auxquels leur habileté donne forme, vous avez l’impression d’assister en direct à la naissance d’une œuvre d’art. En même temps ce travail répétitif, peut paraître fastidieux, voire abrutissant pour (ceux) celles qui le pratiquent.

Deux danseurs/chorégraphes tunisiens, Selma et Soufiane Ouissi- ils sont frère et sœur- ont décidé de s’emparer de ce travail manuel en le transformant en un objet de danse, un hommage au corps créatif, dans sa justesse et sa précision. Cela donne un spectacle d’une extrême délicatesse, s’appuyant sur une vidéo, parfois trop longue, de Cécil Thuillier (seul bémol de l’ensemble) et une composition musicale en volutes voluptueuses de Caroline Boë. Dans une première phase, la vidéo propose de beaux visages de femmes âgées qui se caressent le visage avec tendresse, comme si elles moulaient un vase, l’affection en plus. Puis on distingue Selma et Soufiane, assis de dos, torse nu ce qui permet d’admirer une surprenante "chorégraphie musculaire dorsale": ce que le dos "produit" d’ondulations quand les mains travaillent la poterie. Une autre séquence vidéo nous transpose avec les potières dans la nature tunisienne et nous fait voir les deux interprètes, cette fois de face, toujours assis, reconstruisant l’espace par les mains: il n’y a pas d’imitation "naturaliste" des potières mais une construction stylisée basée sur la répétition des gestes et le découpage rythmé de l’espace. L’hommage ainsi rendu à la beauté du geste quotidien et à sa transformation en art est à la fois subtil et émouvant. Comme si intelligence, sensualité douce et rituel corporel s’unissaient pour notre plaisir.


 Laaroussa de Selma et Sofiane Ouissi , jusqu’au 8 mai.

www.kfda.be

 

Christian Jade (RTBF.be)

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