Tennis

Justine Henin: "La vie de joueur de tennis est une vie de sacrifices, et le talent ne suffit pas"

Justine Henin lors des 40 ans de l'AFT
22 juil. 2019 à 12:05 - mise à jour 22 juil. 2019 à 12:05Temps de lecture3 min
Par Christine Hanquet

Un anniversaire, dans le monde du tennis.  L'Association Francophone de Tennis, fête ses 40 ans. L'AFT est née en juillet 1979, pour des raisons politiques et budgétaires.  

En 1977, un décret communautarise les matières culturelles et sportives.  Les subsides ne viennent plus du fédéral, mais des communautés.  Les fédérations sportives, pour la plupart, vont se scinder en deux, et auront désormais une aile flamande et une aile francophone. 

L'Association Francophone de Tennis, naît donc en juillet 1979.  André Stein est le président de l'AFT depuis 28 ans.  "On peut dire avec certitude que cela n'a causé aucun malaise, aucun problème.  Et qu'au contraire, au niveau sportif, cela a créé de l'émulation.  Justine Henin l'a reconnu, si Kim n'avait pas été là, elle n'aurait peut-être pas été aussi forte.  Sur le plan sportif, la scission a été une bonne chose.  Maintenant, sur le plan administratif et politique, tout va bien pour le moment.  On organise les compétitions ensemble; les sélections se font de commun accord, sans aucun relent communautaire ou linguistique.  J'espère que ça va continuer.  Quand les hommes qui sont à la tête des deux fédérations se respectent, s'ils s'entendent, et qu'ils prennent les décisions ensemble, tout va bien.  Le jour où il y aura des disputes communautaires, ce que l'on a malheureusement connu dans d'autres fédérations, ça créera des problèmes."

Depuis l'ouverture du centre de formation AFT de Mons, en 1993, les joueurs et les joueuses francophones qui ont réussi une belle carrière ont tous (sauf Ysaline Bonaventure) fréquenté, de près ou de loin, le tennis-études de Mons.  Il y a eu, entre autres, les frères Rochus, Steve Darcis, David Goffin.  Et le plus beau fleuron de l'AFT, a bien sûr été Justine Henin, qui n'aurait jamais réussi une aussi belle carrière sans l'aide de la Fédération Francophone.  "L'AFT a pu me donner son soutien de manière intelligente, à un moment particulier de ma vie.  C'est un grand défi, de pouvoir arriver avec une approche générale, mais aussi de pouvoir s'adapter à chaque projet.  Ils l'ont fait brillamment avec moi, en ne m'imposant pas de rentrer au Centre à un certain âge, en m'accompagnant, en restant proches du projet sans s'imposer.  Et cela s'est fait naturellement, parce que Carlos Rodriguez était là.  C'est une multitude d'éléments qui font qu'on y arrive.  C'est beaucoup de soutiens différents, tout au long d'une carrière.  Et indéniablement, l'AFT a été d'un soutien important.  Notamment financier, par l'apport de Carlos et mon intégration au Centre.  Mais aussi un soutien moral intelligent, dans des moments de vie un peu compliqués, après le décès de ma maman.  On n'oublie pas ce genre de choses.  Comme on n'oublie pas toutes les autres formes de soutiens, indispensables pour un jeune joueur ou une jeune joueuse."

Chacun ne travaille pas dans son coin, il y a une collaboration entre l'AFT et son équivalent dans le Nord du pays, Tennis Vlaanderen.  Et puis l'AFT et les structures privées travaillent main dans la main aussi, pour que de futures pépites s'épanouissent le mieux possible.  Le meilleur exemple, actuellement, c'est Sofia Costoulas, 14 ans, le plus grand espoir du tennis belge.  Elle est limbourgeoise, elle vient juste de rentrer en Belgique, après avoir travaillé en France pendant 2 ans.  Elle s'entraîne désormais à l'Académie Justine Henin, avec Thierry Van Cleemput, coach AFT, entraîneur de David Goffin jusqu'en janvier dernier.  

Sofia Costoulas travaille très bien, et se donne à fond pour y arriver.  Mais est-ce le cas de tous les jeunes ?  Sont-ils prêts à tout sacrifier, ou presque, pour réussir une carrière ?  Non, regrette Justine Henin.  "J'ai vu des talents énormes, sur le plan tennistique, physique, qui avaient la vision du jeu.  Mais l'envie de se dépasser n'était pas suffisamment présente.  Pour que cela marche, il faut le talent, et l'envie.  Souvent, on remarque que dès qu'il faut un peu sortir de son confort, cela devient plus difficile.  Or, c'est une vie remplie d'adversité et d'inconfort.  On investit, et on n'a aucune garantie que cela marche.  Il y a de la qualité en Belgique.  Mais je reste convaincue que ce qu'il faut continuer à travailler, c'est l'état d'esprit.  Et il ne faut pas plus de confort.  Il faut arrêter de dire qu'il faut plus d'infrastructures.  Il faut avant tout un état d'esprit, de la passion, et une équipe réunie autour d'un projet.  Et les choses sont plus compliquées, à l'heure des réseaux sociaux et des smartphones.  Travailler la concentration avec un jeune est devenu plus difficile.  Tout le temps qu'ils passent à être connectés, l'énergie qu'ils dépensent, ça les empêche d'être connectés à leur tennis.  La vie de joueur de tennis est une vie de sacrifices.  C'est ce que j'essaye de faire comprendre aux jeunes.  Sans trop les brusquer, mais en faisant en sorte qu'ils puissent évoluer."

Ecoutez les interviews complètes de Justine Henin et André Stein...

Articles recommandés pour vous