JO d'hiver - Pékin 2022

JO et politique, un très ancien flirt

Les anneaux olympiques à Tokyo.
21 juil. 2021 à 12:00Temps de lecture4 min
Par Victor Casagrande avec AFP

Les Jeux olympiques entretiennent depuis toujours une relation tumultueuse avec la politique. Ils ont servi de "vitrine" pour des régimes dictatoriaux. En 1936, les JO de Berlin ont mis en avant la propagande de l'Allemagne nazie. De nos jours, le sport sert à dénoncer les discriminations raciales dans la société. Comme quoi sport et politique sont plus liés qu'on ne le pense.

Le Comité international olympique (CIO) a longtemps interdit les actes politiques. Cette décision avait pour objectif d'éviter toute influence du politique sur le sportif. Fort du constat que cette séparation claire entre le sport et le politique n'est qu'une illusion, le CIO vient d'autoriser les sportifs participant aux JO à exprimer leur point de vue politique dans un cadre strict.

Le professeur Jean-Loup Chappelet de l'université de Lausanne, expert de l'histoire olympique, explique à l' AFP que cette relation sport-politique existe depuis la création des JO en 1896. "Cette politisation des Jeux remonte en fait à leur fondateur Pierre de Coubertin, et au lien étroit entre le mouvement olympique naissant et le mouvement pour la paix".

A leur création, les Jeux olympiques voulaient eux aussi apporter un message politique. "Quand le CIO a été créé en 1894, il y avait une volonté d'utiliser les Jeux pour promouvoir le thème de la paix, dit-il, de sorte que les Jeux ont toujours été beaucoup plus qu'une série de championnats du monde, il y a eu dès le début une volonté de donner un objectif politique."

 Si les JO ont été utilisés par les Etats, l'arme politique s'est aussi retournée contre eux. Des militants ont aussi utilisé la caisse de résonance mondiale des JO pour promouvoir leur cause.

Exclusions

Les chroniqueurs de la Grèce antique rapportent que Sparte, dans les années 420 av. J.-C., avait été exclu des Jeux pour n'avoir pas respecté la trêve olympique, qui imposait un arrêt des combats.

Dans l'ère moderne, exclure un pays des Jeux est devenu un moyen de mise au ban de la communauté internationale. Parmi eux, les vaincus de la première guerre mondiale (Allemagne, Autriche, Hongrie, Turquie, Bulgarie) ont été exclus des Jeux d'Anvers en 1920. Ensuite, les perdants ceux de la seconde (Allemagne et Japon) n'ont pas pu participé aux JO de Londres en 1948.

L'Afrique du Sud de l'apartheid (de 1964 à 1988 inclus) et la Yougoslavie frappée de sanctions internationales en 1992 sont deux autres cas célèbres d'exclusion.

Poings levés et attentats

Les poings levés des athlètes américains Tommie Smith et John Carlos sur le podium du 200 m à Mexico en 1968, pour protester contre le racisme aux Etats-Unis, résonnent encore fortement en 2021, après le mouvement "Black Lives Matter". Les deux hommes furent ensuite interdits de compétition à vie.

Quatre ans plus tard à Munich, les Jeux ont vécu le pire drame de leur histoire avec la mort de 17 personnes, dont onze otages israéliens, dans une attaque perpétrée par un commando de l'organisation palestinienne Septembre Noir. En 1996, à Atlanta, un attentat d'extrême-droite a fait un mort et 111 blessés.

Le poing levé de Tommie Smith, le bond de Bob Beamon et la technique de Dick Fosbury : Les Etats-Unis rentrent dans l'histoire des JO

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Boycotts

A l'inverse, certains ont boycotté les Jeux pour "sanctionner" le pays organisateur, ou pour s'opposer à la présence d'une délégation d'un pays "hostile". Ce type d'action a surtout été utilisé pendant la décolonisation et la Guerre froide.

Le mouvement débute spectaculairement en 1956, quand Egypte, Liban et Irak snobent les Jeux de Melbourne pour protester contre l'intervention militaire franco-britannique sur le canal de Suez. Simultanément, l'Espagne, la Suisse et les Pays-Bas refusent de participer pour dénoncer l'intervention soviétique contre le mouvement pro-démocratie à Budapest, tandis que la Chine se retire en raison de la présence d'une délégation de Taïwan.

Les boycotts "croisés" des Jeux de Moscou 1980 par les Américains (en raison de l'invasion de l'Afghanistan par l'Armée Rouge) et une partie de leurs alliés, puis de ceux de Los Angeles en 1984 par le bloc soviétique, sont des épisodes célèbres de la Guerre froide.

De même que le retrait des Jeux de Montréal, en 1976, des pays africains refusant de participer aux côtés de la Nouvelle-Zélande qui avait accepté de jouer au rugby contre l'Afrique du Sud raciste.

Propagande

Assez confidentiels à leurs débuts, les Jeux prennent une dimension nouvelle en 1936, lorsque le régime hitlérien décide d'en faire un spectacle grandiose au service de la propagande nazie.

"A partir de là, les JO deviennent une affaire très importante", note le professeur Chappelet, "et ça n'a fait que continuer après la seconde guerre mondiale, avec cette confrontation permanente entre les blocs de l'est et de l'ouest".

Le symbole politique "a été utilisé par beaucoup de gouvernements", décrypte-t-il : "Les Jeux de Rome en 1960 marquent le retour de l'Italie dans le concert des nations, ceux de 1964 marquent celui du Japon, puis en 1968, à Mexico, c'est le tiers-monde qui arrive. En fait, après la guerre, les Jeux deviennent un enjeu géopolitique d'autant plus important que les gouvernements mordent à l'hameçon et voient l'intérêt politique de les organiser."

Les démocraties font aussi des Jeux une vitrine, comme la Corée du Sud (Séoul-1988), l'Angleterre (Londres-2012) ou la France (Paris-2024).

"Le bénéfice d'image est même la principale raison d'organiser des Jeux aujourd'hui", analyse l'historien: "Pourquoi le Japon n'a-t-il pas voulu annuler les Jeux, alors que c'était la solution la plus simple? Parce qu'il ne veut pas perdre la face vis-à-vis de la Corée qui les a organisés en hiver ou de la Chine qui va organiser les Jeux d'hiver en 2022. Et si les Jeux n'ont pas lieu, la marque Japon va souffrir."

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