Matin Première

Jeanne d'Arc, de droite ou de gauche ?

L'oeil dans le rétro

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10 janv. 2022 à 16:29Temps de lecture3 min
Par L'oeil de Pierre Marlet

Faisons un bond en arrière de près de six siècles. Le 9 janvier 1431 cela faisait exactement 591 ans que s’ouvrait à Rouen le procès qui allait conduire Jeanne d’Arc au bûcher. Elle est encore aujourd’hui une figure majeure de l’Histoire de France et continue d’être invoquée par de nombreux responsables politiques. En cette année d’élection présidentielle nous allons nous poser la question : Jeanne d’Arc est-elle de droite ou de gauche ?

 

Une guerre mal embarquée

Prenons d’abord la peine de nous souvenir du destin exceptionnel de cette jeune femme, une histoire si étonnante qu’on pourrait la croire légendaire mais qui pourtant est vraie. En ce début de 15e siècle, la guerre de cent ans entre Anglais et Français a tourné en faveur des premiers : les Anglais, et leurs alliés bourguignons, sont maîtres de la moitié nord de la France et le prochain Roi de France sera le Roi d’Angleterre. Les Français et l’héritier du trône, Charles 7, sont réfugiés au sud de la Loire. Les Anglais font le siège d’Orléans : si la cité tombe, ils pourront franchir la Loire et les troupes de Charles 7 ne semblent pas en état de résister.

Dans ce contexte désespéré, une jeune bergère lorraine entend des voix lui ordonnant de venir au secours du royaume de France et de le libérer des Anglais. A 16 ans, Jeanne s’en va donc trouver le seigneur de Vaucouleurs qui à l’abri de ses murailles, au bord de la Meuse, est resté fidèle au roi de France. Elle va, non sans mal, réussir à le persuader de lui donner une escorte pour parcourir 500 kilomètres et le conduire à Chinon auprès de Charles 7. Elle lui dit avoir été mandatée par Dieu pour le conduire à Reims et le faire couronner roi de France. Impressionné, n’ayant rien à perdre et avec l’aval de ses conseillers, on lui confie une armure et à Orléans cette improbable et impétueuse chef de guerre galvanise les troupes qui repoussent les Anglais en deux temps trois mouvements.

Devenue " la pucelle d’Orléans " pour avoir libéré la ville, elle conduit alors Charles 7 jusqu’à Reims où il est sacré Roi de France. Elle veut alors marcher sur Paris mais elle est faite prisonnière et les Anglais la jugent à Rouen : le procès débute le 9 janvier 1431 ; Jeanne, convaincue de sorcellerie, est conduite au bûcher le 30 mai. Vingt ans plus tard, Charles 7 a reconquis toute la France et ordonne un nouveau procès qui réhabilite Jeanne d’Arc. Il lui devait bien ça vu qu’à l’époque il n’avait rien tenté pour la sauver.

 

Une figure de droite ou de gauche ?

La question se pose à partir du 19e siècle. Parce qu’à cette époque Jules Michelet fait de Jeanne d’Arc l’incarnation du sentiment national : je le cite : "  souvenez-vous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d’une femme , des larmes et du sang qu’elle a donné pour nous ". Cette image d’un Christ au féminin qui s’est sacrifié pour sauver la France vient d’un historien laïque et républicain. C’est ainsi que Jeanne d’Arc devient une figure de la gauche : fille du peuple, martyre de l’Eglise qui la condamne au bûcher, abandonnée à son sort par le Roi, elle incarne le courage et la détermination. Les socialistes et même les communistes trouvent  des vertus en Jeanne d’Arc. Le premier président socialiste de la 5e République, François Mitterrand, en dit d'ailleurs en 1982 "Vigilance, résistance, unité, tel est le message de Jeanne D’Arc".

Elle sera aussi récupérée par la droite catholique et par l’extrême droite. En réaction à cette image de Jeanne d’Arc laïque qui se crée au 19e siècle, l’Eglise réagit et au terme d’un long procès de canonisation, le Vatican en fera une sainte en 1920 : elle devient une figure catholique parce qu’elle a obéi à la voix de Dieu. Et puis Jeanne d’Arc sera aussi récupérée par le Front national de Jean-Marie Le Pen qui chaque année se rassemble au pied de sa statue à Paris.

 

Résistante, sainte et guerrière 

Une sorte d’héroïne absolue qui, par une foi inébranlable, a tout sauvé quand tout paraît perdu. Forcément le gaullisme y retrouve l’image du général ; d’ailleurs pendant la seconde guerre Jeanne d’Arc incarne la Résistance obstinée avec les Allemands dans le rôle des Anglais. A contrario comme ce sont les Anglais qui ont brûlé Jeanne d’Arc, elle symbolise aussi l’anglophobie présente encore aujourd’hui en France. Bref, résistante, sainte ou guerrière, Jeanne d’Arc est un peu tout cela à la fois mais je voudrais y ajouter cette touche de douceur et de tendresse qui lui vient des cinéastes, écrivains ou poètes comme ces jolis vers de Charles Péguy :

"Adieu Meuse endormeuse et douce à mon enfance

Qui demeure aux prés où tu coules bas

Meuse Adieu j’ai déjà commencé ma partance

En des pays nouveaux où tu ne coules pas."

 

 

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