Jean-Michel Riou avec "Un jour je serai Roi", évoque Versailles, "Le palais de toutes les promesses"

Jean-Michel Riou
29 nov. 2012 à 14:57 - mise à jour 29 nov. 2012 à 14:57Temps de lecture3 min
Par Christine Pinchart

Rencontre avec Jean-Michel Riou, auteur de nombreux romans historiques. Son livre ressort chez J’ai Lu.

Le passionné d’histoire que vous êtes s’offre-t-il  des libertés avec cette période de la construction de Versailles ?

Je ne m’autorise pas à trahir l’histoire, je pars de faits authentiques ; simplement ce que j’aime c’est l’interprétation de ces faits. Pourquoi un tel a-t-il fait ceci ou cela. Finalement je me glisse dans les plis de l’histoire en respectant le pilier incontournable, qui est le respect des faits historiques.

Toussaint est ce personnage qui ouvre le roman, à sa naissance. Sa mère est étranglée, et son histoire commence dans une violence extrême. Violence qu’il reproduira tout au long de sa vie ?

C’est un enfant mal né, dans une cave ; sa mère est assassinée et il va grandir avec cette violence. Convaincu qu’on lui a caché la vérité sur sa naissance et qu’il est le bâtard de quelqu’un de très connu. Il va se forger cette identité en se disant que la manière de réussir pour lui, est de détruire tout ce qui l’entoure afin de devenir lui-même le Roi. Et bien sûr je fais cette conversation avec Louis XIV, et je fais naître mon personnage Toussaint, le même jour que le Roi.

Le Roi qui lui est né à Saint-Germain, dans un château, entouré d’amour et de protection. Et donc je trouve attendrissant et assez vrai de raconter le cheminement de ces deux personnages. L’un Louis XIV, qui cherche la manière d’être grand et la trouvera en bâtissant Versailles. L’autre cherchant aussi à être grand, prendra les voies de la destruction, jusqu’à essayer de trouver les origines de sa vie.

Jean-Michel Riou

Toussaint porte sur le visage la marque de la violence et d’une amorce de destruction ?

Il est presque marqué au fer, par ces espèces de forceps antiques, qui vont l’extirper et lui laisser cette trace sur le visage. Une trace de violence extrême dès la naissance. Et c’est une marque qui lui rappellera toujours qu’il est né dans la violence.

Cette violence le poursuit dans son éducation, et le laissera sans états d’âme ?

Il est élevé dans un collège extrêmement dur, et plus on est dur avec lui, plus cela lui forge sa personnalité. Et dans sa résistance au mal, il trouve une nouvelle preuve au fait qu’en étant fort, on réussit et on domine les épreuves.

Cette volonté d’exister contre les autres et pas avec les autres. De faire de la place autour de soi, c’est très contemporain ?

Absolument, c’est un homme qui fonde sa vie sur l’individualisme. Il n’a aucune vision collective et ce paradoxe est intéressant. Dans le sens où la construction de Versailles est une œuvre collective.

La vie du maçon, du maître bâtisseur du roi, est une vie collective. On travaille en équipe, on apprend, on se soumet à l’autorité, et on grandit avec ceux qui vous forment. Toussaint lui, est à l’opposé de tout cela, c’est un loup solitaire.

Versailles c’est du grandiose, et Toussaint va y trouver l’occasion de nourrir son avidité de pouvoir ?

Il faut savoir que Versailles est une œuvre dirigée par un Roi, qui est le maître d’œuvre si je puis dire, et qui est le client exprimant un certain nombre de désirs, qui sont au irréalisables. Au départ c’est un lieu triste, un marécage, hanté par les vents; et on va forcer la nature et la technique, pour répondre à la volonté du Roi. On force la nature et la nature humaine, pour aller vers l’excellence.

C’est une aventure humaine où chacun grimpe en même temps que les murs du château. Il y a des techniques incroyables, qui ont été inventées rien que pour construire Versailles, et pour amener l’eau.

Le Roi veut par exemple, des miroirs qui dépassent en taille, tout ce qui a été fait jusqu’à présent. C’est impossible au départ, donc Colbert qui est premier ministre, va envoyer des espions à Murano pour récupérer le savoir-faire de ces souffleurs de verre, qui en Europe, fabriquent les plus beaux miroirs. Il va espionner, acheter les procédés et même éventuellement acheter les hommes. Ensuite, en mettant tout cela ensemble, on va imaginer une technique de fabrication de miroirs, qui n’a jamais été mise en œuvre, et qui permet de faire des miroirs de très grande taille.

Alors ça donne que l’on crée une manufacture qui devient Saint-Gobain, et qui existe toujours aujourd’hui.

Vous voyez en quoi Versailles est un centre d’avancée technologique, qui aurait été impossible s’il n’y avait pas eu l’ambition de ce projet fou, de Louis XIV.

A noter, la parution de son nouveau roman chez Flammarion : " Le roi noir de Versailles "

Christine Pinchart

Un jour je serai Roi
Un jour je serai Roi Jean-Michel Riou