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Jean-Claude Juncker a séduit (presque tous) les eurodéputés belges

Le président du Parlement européen, Martin Schultz, remet à Jean-Claude Juncker le procès verbal du vote intervenu un peu plus tôt, par lequel les eurodéputés le confirment à la présidence de la Commission.
15 juil. 2014 à 13:58 - mise à jour 15 juil. 2014 à 16:50Temps de lecture3 min
Par Thomas Nagant

Pour un peu, on se demanderait presque si Jean-Claude Juncker n’était pas le candidat des libéraux ou des socialistes. Le Luxembourgeois a en effet recueilli l’adhésion des eurodéputés bien au-delà de son camp, celui du Parti populaire européen, globalement à droite et majoritairement composé de conservateurs. Avec 422 voix en sa faveur, il dispose désormais d'une majorité.

Les eurodéputés belges francophones l'affirment : ils ont tous voté pour lui. Une "adhésion" qui cache bien sûr des nuances et des motivations diverses. Mais dans notre pays de coalitions, apporter son soutien à un représentant d'une autre formation n'a rien de déshonorant politiquement dés lors qu'un programme a été préalablement négocié.

A y regarder de plus près, toutefois, le vote intervenu masque aussi des réalités qui seront peut-être des épines dans le pied du Luxembourgeois. C'est l'Ecolo Philippe Lamberts, co-président du groupe des Verts européens qui le relève: l'enthousiasme était parfois plus visibles sur les bancs des partenaires que sur ceux de sa propre formation...

 

P. Lamberts (Verts) se demande si le PPE soutient J.C. Juncker

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La première loyauté va aux citoyens, préviennent les socialistes

Même si on prend des précautions du côté des socialistes, le fait est que le discours de Jean-Claude Juncker a rassuré, évoquant notamment, parmi d’autres engagement destinés à flatter " l’aile gauche " de sa " grande coalition ", la nécessité de mesurer les impacts sociaux avant toute nouvelle mesure d’austérité. Mais ils préviennent : " Le oui à Juncker n’épuise en rien le dialogue politique. Et si les promesses du nouveau président ne sont pas tenues, c’est du citoyen que nous resterons solidaires, pas du président de la Commission ", a ainsi commenté le chef de la délégation socialiste belge Marc Tarabella. "Jean-Claude Juncker ne devra pas oublier qu’il devient le chef d’un gouvernement de coalition ", glissent encore les députés socialistes.

Hugues Bayet, nouveau parlementaire issu du Hainaut insiste sur ces priorités des socialistes. Après l'inventaire des mesures annoncées par Jean-Claude Juncker, dont certaines sont clairement des signaux donnés à la gauche, il y aura les faits, les réalités... 

Hugues Bayet (S&D) sera attentif aux engagements de J.C. Juncker

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Le groupe socialiste ne s'en cache pas : ils ont œuvré à réduire les défections au sein de leur famille, pour garantir au Luxembourgeois une confortable majorité. Il ne faudrait donc pas qu'une fois le vote acquis, les socialistes soient "oubliés" lorsque les postes d'influence seront discutés. Et cela pourrait bien commencer lors du Conseil européen de ce mercredi 16 juillet. Les socialistes européens briguent au moins deux des trois postes importants encore à pourvoir. C'est dire qu'une fois le vote acquis ici à Strasbourg, les tractations iront encore bon train sur la route du retour vers Bruxelles...

Un programme "d'inspiration libérale"

" J’ai apprécié le programme ambitieux, réaliste et engagé de Jean-Claude Juncker ", déclare de son côté le libéral belge Louis Michel. " C’est clairement un positionnement d’inspiration libérale ", souligne-t-il, avant de conclure sur un vibrant " Jean-Claude Juncker a mon entière confiance ". Un credo dans lequel se retrouve volontiers sa coreligionnaire du groupe des Libéraux et Démocrates, Frédérique Ries.

 

 

F. Ries (ALDE) heureuse des accents libéraux

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Et ce n'est pas, bien sûr, du seul représentant francophone belge au groupe PPE qu'allait venir le discours le plus critique. L'ancien secrétaire général du syndicat chrétien, Claude Rolin, connait d'ailleurs Jean-Claude Juncker auquel il reconnait des préoccupations sociales réelles. Et ça tombe assez bien, car la priorité va bien sûr à l'emploi.

Claude Rolin (PPE) va voter en faveur de Jean-Claude Juncker

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Une avancée démocratique réelle

Le président du parlement européen l'a avoué, au moment de remettre à Jean-Claude Juncker le procès verbat attestant de son élection : il aurait bien voulu être à la place du Luxembourgeois. Arrivé second à une trentaine de sièges près, son groupe n'a pourtant pas hésité à rapidement soutenir la candidature de Juncker. Car il y allait des engagements pris en campagne: cette fois, le Parlement ne se laisserait pas déposséder de son influence. Il fallait donc serrer les coudes. Et les rangs.

Reste que deux Etats -le Royaume Uni et la Hongrie- ont tenté d'empêcher que le vote des citoyens se traduise par la désignation du chef de file du parti arrivé en tête. Mais peine perdue : le Conseil n'a pas voulu prendre le Parlement de front. "Ça s’est fait avec beaucoup de controverses mais ça s’est conclu sur une fin grandiose", affirme Martin Schultz, qui y voit "un pas important pour le parlementarisme et la démocratie en Europe." Et de prévenir toute tentative future par les Etats de revenir sur cette procédure: "Un parlement qui a gagné un droit de haute lutte ne va certainement pas y renoncer".

Si nul ne conteste que le Parlement a réellement marqué le coup, les eurodéputés belges y vont cependant chacun de leur nuance personnelle.

Pour F. Ries, cette élection est une victoire démocratique

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P. Lamberts : une avancée réelle, mais pas une révolution

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Thomas Nagant, depuis Strasbourg (@thomasnagant)

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