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Iran: l'élection de Rohani accueillie de diverses manières dans le monde

Iran: l'élection de Rohani accueillie de diverses manières dans le monde
16 juin 2013 à 08:36 - mise à jour 16 juin 2013 à 10:46Temps de lecture7 min
Par AFP

Les Etats-Unis ont déclaré qu'ils "restaient prêts à collaborer directement" avec Téhéran sur la question du programme nucléaire iranien après la victoire de Hassan Rohani, considéré comme un modéré.

La Maison Blanche a affirmé qu'un tel engagement aurait "pour but de trouver une solution diplomatique qui apaiserait les inquiétudes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien".

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, s'est dite "fermement déterminée à travailler avec les nouveaux dirigeants iraniens en vue d'une solution diplomatique rapide à la question nucléaire".

Mme Ashton dirige les négociations nucléaires avec l'Iran au nom du groupe des "5+1" (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne).

Israël reste méfiant

Israël a toutefois minimisé le rôle du nouveau président, considéré comme un modéré, soulignant que c'est le Guide suprême Ali Khameini qui décide de la politique nucléaire iranienne.

"Le programme nucléaire de l'Iran a jusqu'à présent été décidé par Khameini, pas par le président iranien", a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères dans un communiqué.

"Après les élections, l'Iran continuera d'être jugé sur ses actes, dans le domaine nucléaire comme dans celui du terrorisme. L'Iran doit se conformer aux demandes de la communauté internationale d'arrêter son programme nucléaire et de cesser la propagation du terrorisme dans le monde", selon le ministère.

Le ministre israélien des Renseignements a en outre appelé dimanche les grands puissances à maintenir la pression sur l'Iran concernant son programme nucléaire, en dépit de l'élection du dignitaire modéré Hassan Rohani à la présidence, peu susceptible selon lui de ralentir ce programme.

"L'hypothèse de travail doit être que (le guide suprême, l'ayatollah Ali) Khamenei, qui dirige ce programme depuis 24 ans, continuera à le diriger, et donc à défaut d'une pression incessante contre l'Iran, il n'y a aucune chance de voir des changements significatifs dans la stratégie nucléaire", a déclaré Youval Steinitz à la radio militaire.

M. Steinitz a fait valoir que M. Rohani, bien qu'ayant reçu le soutien des réformateurs, est issu de la puissante mouvance religieuse conservatrice, qui domine la société.

"M. Rohani ne se considère pas comme réformateur, il se définit comme conservateur. Il a été (...) le représentant de Khamenei au Conseil de sécurité nationale", a-t-il souligné.

Les pays occidentaux et l'Etat hébreu, considéré comme la seule puissance nucléaire de la région même si il ne le reconnaît pas officiellement, accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique sous couvert d'un programme nucléaire civil, ce que Téhéran dément.

Ils ont pris plusieurs séries de sanctions qui ont mis à mal l'économie iranienne.

Ils accusent également l'Iran de soutenir le mouvement chiite libanais Hezbollah et le Hamas au pouvoir à Gaza, tous deux ennemis jurés d'Israël.

"Peut être est-ce que une bonne nouvelle pour le peuple iranien (qui a fait preuve) d'une véritable volonté de réformes qui pourrait faire effet à long terme", a déclaré M. Steinitz.

Le ministre de la Défense intérieure, Gilad Erdan, membre comme M. Steinitz du Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a souligné le danger que l'élection de M. Rohani ne pousse la communauté internationale à assouplir les sanctions économiques et la pression diplomatique sur Téhéran.

"Une fois que vous avez un candidat perçu comme réformiste il pourrait être plus simple pour certains pays de dire +donnons-leur une nouvelle chance, reculons le calendrier" a-t-il déclaré samedi soir à la télévision privée Channel 10.

L'allié russe appelle à resserrer les liens

De par ailleurs, les messages de félicitations ont continué d'affluer. La Russie, allié de l'Iran notamment sur le conflit syrien, a appelé Téhéran à resserrer ses liens avec Moscou. Plusieurs monarchies arabes du Golfe ont dit espérer une amélioration de leurs relations, actuellement tendues, avec la République islamique. Le Hezbollah chiite, principal allié régional du régime syrien avec Téhéran, a estimé que le successeur de Mahmoud Ahmadinejad était "porteur d'espoir".

L'Australie, pour sa part, a appelé M. Rohani à reprendre les négociations avec les grandes puissances sur le nucléaire "d'une manière sérieuse" alors que pour Israël, ennemi juré de Téhéran, les grandes puissances doivent maintenir la pression sur l'Iran concernant son programme nucléaire controversé.

Une victoire qui ne marquera pas de "rupture" dans la politique étrangère

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon "félicite chaleureusement" le nouveau président iranien Hassan Rohani et "continuera d'encourager l'Iran à jouer un rôle constructif dans les affaires régionales et internationales", a indiqué son porte-parole Martin Nesirky.

La Grande-Bretagne a appelé Hassan Rohani "à mettre l'Iran sur un nouveau chemin", notamment en "s'attelant aux inquiétudes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien, en faisant avancer une relation constructive avec la communauté internationale et en améliorant la situation politique et des droits de l'homme", dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

La France est prête à travailler avec M. Rohani, notamment sur le dossier nucléaire iranien et sur "l'engagement de l'Iran en Syrie", selon le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

"Les attentes de la communauté internationale à l'égard de l'Iran sont fortes, notamment sur son programme nucléaire et son engagement en Syrie. Nous sommes prêts à y travailler avec le nouveau président", a souligné le chef de la diplomatie française.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a salué "un vote en Iran pour des réformes et une politique étrangère constructive". "Il est à espérer que la nouvelle direction du pays collabore en ce sens pour arriver à des solutions sur les questions internationales et régionales", a-t-il ajouté

L'Italie "espère qu'il sera possible, avec le nouveau gouvernement du président iranien Rohani, de travailler au développement des relations bilatérales et d'entamer sans délai une période de compréhension renouvelée et un dialogue constructif entre l'Iran et la communauté internationale", a dit la chef de la diplomatie italienne Emma Bonino.

La Coalition de l'opposition syrienne a appelé pour sa part Hassan Rohani à revoir la position de son pays qui soutient fermement le régime de Bachar al-Assad . Elle "estime qu'il est de son devoir d'appeler le nouveau président de l'Iran à rectifier les erreurs commises par la direction iranienne".

La présidente du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI, opposition en exil) Maryam Radjavi a dénoncé une "mascarade électorale du régime des mollahs dans la crainte d'un soulèvement".

M. Rohani, qui succède à Mahmoud Ahmadinejad, a promis plus de souplesse dans le dialogue avec l'Occident.

Sa victoire ne marquera cependant pas une rupture dans la politique de la République islamique, les dossiers stratégiques comme le nucléaire ou les relations internationales étant sous l'autorité directe du guide suprême, Ali Khamenei.

M. Rohani avait prôné durant la campagne une plus grande souplesse vis-à-vis de l'Occident concernant le dossier nucléaire pour mettre fin aux sanctions ayant plongé son pays dans une grave crise économique.

Il avait aussi évoqué de possibles discussions directes avec les Etats-Unis, ennemi historique de l'Iran.

La presse réformatrice iranienne aux anges

Loin de ces préoccupations, la presse réformatrice iranienne était aux anges. "Le soleil de la modération s'est levé", annonçait le quotidien réformateur Arman quand Etemad évoquait "le salut de l'Iran au cheikh de l'espoir". Les journaux conservateurs préféraient saluer la confiance dans la République islamique exprimée par les électeurs, qui ont voté en masse.

Les médias commençaient déjà à spéculer sur la composition de son gouvernement, alors que le nouveau président prendra ses fonctions le 3 août. M. Rohani a rencontré samedi soir le président du Parlement Ali Larijani pour discuter de la composition de son cabinet, qui doit être approuvé par les députés, a indiqué le site du Parlement.

Les Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du régime, se sont dits dans un communiqué "prêts à coopérer totalement avec le prochain gouvernement dans le cadre des (ses) missions prévues par la loi". Sous les ordres directs du guide suprême Ali Khamenei, les Gardiens ont acquis ces dernières années un pouvoir économique avec lequel M. Rohani devra composer.

Des élections "démocratiques"

M. Rohani, un religieux modéré âgé de 64 ans, a créé la surprise samedi en remportant dès le premier tour la présidentielle avec 50,68% des voix. Cette victoire marque le retour des modérés et réformateurs au gouvernement après une longue traversée du désert, débutée à la suite des manifestations contre la réélection de M. Ahmadinejad en juin 2009, sévèrement réprimées par le pouvoir.

Ancien négociateur en chef du dossier nucléaire entre 2003 et 2005, il a bénéficié de l'union des camps modéré et réformateur et d'une importante mobilisation des électeurs, le taux de participation ayant atteint 72,7%.

"L'Iran a organisé la plus démocratique des élections dans le monde", s'est félicité l'ex-président modéré Akbar Hachémi Rafsandjani. Il répondait aux critiques du rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'Homme en Iran, Ahmed Shaheed, selon lesquels ces élections n'étaient pas "libres et équitables".

Samedi soir, la jeunesse de Téhéran qui fêtait l'accession au pouvoir de M. Rohani avait espéré "une nouvelle ère pour l'Iran" qui pourrait ainsi "retrouver son prestige" après plusieurs années d'isolement international et une crise économique profonde provoquée par les sanctions internationales.

Les sanctions ont été imposées pour contraindre l'Iran, accusé malgré ses démentis de vouloir se doter de l'arme atomique, à cesser ses activités sensibles. Elles se sont traduites par une hausse du chômage, une inflation supérieure à 30% et une dépréciation du rial de près de 70%.

Premier signe d'espoir, le rial s'est apprécié de près de 10% face au dollar pendant quelques heures samedi, alors que la victoire de M. Rohani se faisait plus précise.

Le président élu a prôné une politique plus souple face aux grandes puissances afin d'alléger les sanctions, tout en demandant que les pays occidentaux "reconnaissent les droits de la République islamique" dans les discussions sur le nucléaire.

Les Etats-Unis se dont dits "prêts à collaborer directement" avec Téhéran mais cette question, comme tous les dossiers stratégiques, est sous l'autorité directe de l'ayatollah Khamenei.

RTBF avec agences

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