Iran: l'austérité est-elle la véritable cause des manifestations?

Des Iraniens manifestent en soutien au gouvernement dans la capitale Téhéran, le 30 décembre 2017
01 janv. 2018 à 14:44 - mise à jour 01 janv. 2018 à 14:44Temps de lecture2 min
Par AFP

En dépit des slogans anti-régime lancés par les manifestants en Iran, les experts estiment que le mouvement de contestation actuel est né du même sentiment de colère qui a agité d'autres pays frappés par l'austérité.

"Ce qui fait descendre les Iraniens dans la rue le plus souvent, ce sont des problèmes économiques ordinaires --la frustration face au manque d'emplois, l'incertitude par rapport à l'avenir de leurs enfants", explique à l'AFP Esfandyar Batmanghelidj, fondateur du Europe-Iran Business Forum.

Selon cet expert, les troubles de ces derniers jours ont été provoqués par les mesures d'austérité du président Hassan Rohani depuis son arrivée au pouvoir en 2013, comme les réductions des budgets sociaux ou les augmentations des prix des carburants annoncées il y a quelques semaines.

"Pour Rohani, les budgets d'austérité sont certes difficiles à faire passer mais il s'agit de mesures nécessaires face à l'inflation et aux problèmes de devise ainsi que pour tenter d'améliorer l'attractivité de l'Iran pour les investissements", affirme Esfandyar Batmanghelidj.

Cependant, "après une période de sanctions très difficile, l'austérité ne peut qu'entamer la patience des gens".

Les manifestations ont éclaté jeudi à Machhad, deuxième ville d'Iran, avant de se propager à travers le pays. Douze personnes sont mortes dans les troubles liés aux protestations qui ont dégénéré en violences dans plusieurs endroits, et des centaines ont été arrêtées.

Des slogans comme "Mort au dictateur" et des attaques visant les symboles du régime ont donné aux manifestations --les plus importantes depuis celles de 2009-- un air de révolution.

Le gouvernement a accusé "des éléments hostiles" basés à l'étranger d'attiser le mouvement de contestation.

Certains suspectent aussi les conservateurs, rivaux du courant modéré dont fait partie Hassan Rohani, de vouloir saboter la politique économique du gouvernement au risque de déclencher un mouvement qui pourrait devenir difficile à maîtriser.

"Il existe des preuves, particulièrement à Machhad, que les manifestations étaient organisées pour marquer des points politiques", a déclaré à l'agence iranienne Tasnim Amir Mohebbian, un expert basé à Téhéran.

Il a souligné que les organisateurs de ce mouvement "n'avaient évidemment pas anticipé qu'il prendrait une telle ampleur. On ne peut pas jouer avec les mouvements de contestation".

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