Monde Moyen-Orient

Irak: après l'assaut des manifestants, les Bagdadis découvrent la Zone verte

Tous les visiteurs font une halte sous les arches de triomphe constitués de deux imposants sabres croisés, lieu des parades militaires du temps de l'ex-président Saddam Hussein.
01 mai 2016 à 01:54 - mise à jour 01 mai 2016 à 18:33Temps de lecture3 min
Par RTBF avec agences

Des manifestants chiites ont établi un campement samedi soir dans la Zone verte de Bagdad, devant le parlement irakien, après avoir pénétré dans le bâtiment dans l'après-midi pour protester contre l'incapacité de la classe politique à s'accorder sur un nouveau gouvernement.

Cette mobilisation est une nouvelle étape dans la campagne des partisans de Moqtada Sadr contre l'élite politique. Elle s'inscrit dans la foulée de l'échec des députés irakiens à approuver la formation d'un gouvernement de technocrates proposé par le Premier ministre Haider al-Abadi.

Un état d'urgence a été déclaré par les autorités irakiennes qui ont tenté de chasser les manifestants à coup de gaz lacrymogène, sans toutefois faire usage de la violence.

Journée "portes ouvertes"

Dimanche, au lendemain de ces événements, des milliers d'Irakiens s'émerveillaient devant les généreuses fontaines, pelouses et fleurs parfaitement entretenues de la Zone verte, lieu ultra-sécurisé de la capitale.

"C'est la première fois que je viens ici depuis une visite avec mon école sous Saddam (Hussein)", l'ancien président irakien renversé et exécuté en 2006, affirme Youssef al-Assadi, 32 ans, en prenant un "selfie" devant un monument militaire.

Parmi les visiteurs figurent de nombreux manifestants qui ont envahi la veille cette zone sous haute sécurité mais également des habitants de la capitale qui saisissent l'opportunité de découvrir un lieu qui leur était interdit depuis des années et devenu ainsi l'objet de tous les fantasmes.

Des petits groupes se forment ici ou là, agitant des oriflammes aux couleurs de l'Irak et scandant des slogans contre "l'élite politique irakienne corrompue" ou en soutien à Moqtada Sadr, important dignitaire chiite et architecte du mouvement de protestation qui réclame la formation d'un gouvernement de technocrates.

Atmosphère de kermesse

Mais dimanche, c'est avant tout une atmosphère de kermesse qui régnait dans la Zone verte. Tels des touristes, des Irakiens se pâmaient devant des monuments que beaucoup n'avaient vu qu'à la télévision.

"Je n'oublierai jamais ce jour", lâche Ali Jabbar Taher face au monument du soldat inconnu, conçu par un architecte italien à la fin des années 70. "C'est incroyable... il y a une porte ici... et une autre se cache là", dit-il à mesure qu'il avance. "Je n'avais jamais imaginé que je viendrais ici un jour. Les pelouses, les fontaines... les politiciens les gardent pour eux", s'indigne-t-il.

La zone fortifiée abrite également le Parlement, occupé la veille par des centaines de manifestants, le bureau du Premier ministre, de nombreuses institutions du pays et des ambassades.

"Ce sont les plus beaux jours de ma vie"

Au pied du monument du soldat inconnu, un homme retire ses chaussures pour rafraîchir ses pieds dans une fontaine. "Oh mon Dieu, cette eau est magnifique. Ce n'est pas comme celle que nous avons à Sadr City", déplore l'homme d'âge mûr et habitant d'un grand quartier chiite dans le nord de la capitale où Moqtada Sadr jouit d'une forte popularité.

Mais les revendications peuvent attendre, l'heure est à l'euphorie et à la découverte d'un patrimoine urbain oublié. "Ce sont les plus beaux jours de ma vie", confie Hussein al-Ali, assis avec quatre de ses amis au pied d'un arbre. "Ces fleurs, ce gazon... l'Irak est riche, tout le pays devrait être comme ça", poursuit cet homme de 53 ans à la barbe gris-poivre, originaire de Bassora dans le sud de l'Irak.

A quelques pas de là, tous les visiteurs font une halte sous les arches de triomphe constitués de deux imposants sabres croisés, lieu des parades militaires du temps de l'ex-président Saddam Hussein. Ce monument est hors de portée des Irakiens depuis l'établissement de la Zone verte par les forces américaines en 2003.

"Troisième révolution"

Entre les deux arches, des hommes s'assoient chacun leur tour à la tribune présidentielle et miment le salut de l'ex-raïs déchu, tandis que d'autres moquent ses discours. Quand son tour arrive, un jeune passe un coup de fil tout excité: "J'étais assis sur la chaise de Saddam! Je ne plaisante pas, c'est une journée complètement folle!"

Ailleurs dans la Zone verte, des manifestants se reposent sur les pelouses où ont été dressées quelques tentes. La tranquillité et la joie ambiante font presque oublier le caractère historique de l’événement: des manifestants déambulent librement dans l'une des forteresses les mieux gardées au monde.

L'ambassade des Etats Unis à Bagdad - la plus grande au monde - n'est située qu'à quelques mètres des manifestants. "Les Irakiens ont mené une révolution contre les Britanniques en 1920, contre la monarchie en 1958. Nous pouvons considérer que nous vivons la troisième", résume Hussein al-Ali. "Nous espérons qu'elle sera pacifique".

Irak: après l'assaut des manifestants, les Bagdadis découvrent la Zone verte
Irak: après l'assaut des manifestants, les Bagdadis découvrent la Zone verte
Irak: après l'assaut des manifestants, les Bagdadis découvrent la Zone verte

Sur le même sujet