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"Ile martyre" puis "île interdite", Cézembre renaît de ses cendres

11 août 2022 à 12:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

"Ce chemin permet de découvrir l'Histoire" : à Cézembre, au large de Saint-Malo, un sentier ouvert en 2018 après son déminage accueille des dizaines d'estivants chaque jour, ravis et émus de découvrir cette île qui fut le territoire le plus bombardé au mètre carré de la Seconde Guerre mondiale.

"Il y a un effet lagon, c'est magnifique !", s'extasie Maryse Wilmart, sexagénaire venue de La Rochelle en contemplant la superbe plage de sable blond aux eaux turquoises, avec une vue unique sur les remparts de la cité corsaire. "Mais quand derrière, on voit tout ça... Est-ce qu'on peut seulement arriver à imaginer ce qui s'est passé ici ?", s'interroge-t-elle, non loin des  barbelés et des panneaux "Danger ! Terrain non déminé au-delà des clôtures".

"Certains rescapés ont dit que c'était comme Stalingrad"

Il faut remonter 80 ans en arrière pour comprendre ce qui s'est déroulé sur cet îlot granitique inhabité d'une dizaine d'hectares, au relief escarpé dans sa partie nord. En 1942, l'armée d'occupation allemande saisit l'importance stratégique de l'îlot pour le Mur de l'Atlantique et installe bunkers, casemates et pièces d'artillerie. Le 17 août 1944, Saint-Malo est libéré par les Américains mais le commandant nazi de Cézembre, rattaché à Jersey, à la tête de 400 hommes, refuse de se rendre. S'ensuit un déluge de feu venu des airs et du continent de la part des Alliés.

"On dit qu'au m², c'est le plus grand nombre de bombardements de tous les théâtres d'opération de la Seconde Guerre mondiale."

"Il y a eu entre 4.000 et 5.000 bombes lâchées", dont certaines au napalm, explique Philippe Delacotte, auteur de l'ouvrage "Les secrets de l'île de Cézembre" (Cristel). 

Le 2 septembre 1944, le drapeau blanc est finalement hissé et quelque 350 hommes hagards se rendent. "Certains rescapés ont dit que c'était comme Stalingrad", relate M. Delacotte. L'île est entièrement dévastée, à tel point que son altitude a baissé à cause des bombes. 

L'îlot miné a été fermé aux visiteurs jusqu'en 2018

"L'une des conséquences de ces bombardements est que le ministère de la Défense, au sortir de la guerre, est devenu propriétaire de l'île et a fermé complétement le site", explique Gwenal Hervouët, chargé de mission du site pour le Conservatoire du littoral, devenu propriétaire de l'île en 2017. 

Si les premiers déminages, notamment de la plage, ont débuté dans les années 1950, il a fallu patienter jusqu'en 2018 pour qu'environ 3% de la superficie de l'île soit enfin accessible aux visiteurs : le sentier d'environ 800 m permet de serpenter entre les canons rouillés et les bunkers, avec des paysages à couper le souffle sur le Cap Fréhel et la Pointe de la Varde.

"On voit encore les énormes crevasses et les canons sont impressionnants", note Olivier, 25 ans, agriculteur en Savoie, qui fait partie de la centaine d'estivants venus jouer en cet après-midi d'août les Robinsons dans cette île à la végétation rase, où se trouve un restaurant gastronomique. Une compagnie maritime assure une rotation par jour, principalement l'été, de Saint-Malo et Dinard.

Depuis l'ouverture du sentier, "il n'y a pas eu d'accident" même "s'il y a toujours des gens qui veulent aller au-delà de la partie autorisée", confie Jean-Christophe Renais, garde du littoral et technicien travaux pour le département, qui gère le site.

Les oiseaux ont pris possession du site

Au fil du temps, les colonies d'oiseaux marins ont refait leur apparition comme les goélands, les cormorans, les pingouins torda ou les guillemots de Troïl. "La biodiversité se porte à merveille, tout s'est recolonisé et revégétalisé. C'est juste un bonheur !", glisse M. Hervouët.

Preuve de l'importance conférée à la faune, le sentier a été partiellement fermé en avril "pour maximiser les chances de succès et d'envol de poussins du faucon pèlerin", explique Manon Simonneau, responsable du suivi de l'île pour Bretagne vivante.

Certains promeneurs disent espérer que le sentier soit allongé pour permettre de faire le tour complet de l'île. Voeu pieux, répond le Conservatoire du littoral : les sommes pour déminer seraient astronomiques et ce sont désormais les oiseaux et la nature qui sont les maîtres de Cézembre.

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