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Herman Van Rompuy: "Je crois que la situation va enfin se normaliser"

Herman Van Rompuy: "Je crois que la situation va enfin se normaliser"
04 mars 2012 à 14:38Temps de lecture4 min
Par Julien Vlassenbroeck

Lorsqu’en janvier 2010, Herman Van Rompuy est devenu Président du Conseil européen, il ne savait pas encore que son premier mandat serait marqué par une série de sommets d’urgence consacrés à la crise de l’eurozone.

"Si on me l’avait dit au début du mandat, je ne sais pas si j’aurais accepté", confie-t-il au micro d’Anne Blanpain. "C’était totalement imprévu", reconnaît l’ancien président du CVP (ancêtre du CD&V).

"Après deux ans, on peut dire qu’on voit les fruits du travail accompli", estime Herman Van Rompuy qui semble penser que le pire de la crise est désormais passé. "Les taux d’intérêt sont en train de baisser", note-t-il avec espoir. "Espérons que l’opération grecque se termine bien d’ici une dizaine de jours et là je crois qu’on pourra rentrer dans une situation plus normalisée".

Le président du Conseil en est convaincu, cette normalisation permettra à l’UE de renouer avec la croissance. "Cela aura un effet, j’en suis tout à fait certain, sur la croissance économique et sur l’emploi".

"Tout ce que l’on fait, c’est pour préserver le modèle social européen"

Herman Van Rompuy tient prend nettement ses distances par rapport aux propos du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Ce dernier estime en effet que "le modèle social européen est déjà fini".

"Je ne suis pas d’accord du tout", assène cet économiste de formation. "Tout ce que l’on fait, c’est pour préserver le modèle social européen", insiste Herman Van Rompuy.

Un modèle social européen qui "connaît beaucoup de différenciations à travers l’Europe" mais dont "les fondements sont les mêmes", estime celui qui est aussi le président de la zone euro. Or ce "modèle social européen en tant que tel", en tant qu’alternative "au modèle anglo-saxondoit être préservé", plaide le démocrate-chrétien.

Sentiment anti-européen : "Les gens ne sont pas dupes"

Loin de faire l’autruche, Herman Van Rompuy reconnaît que le sentiment eurosceptique a gagné du terrain suite à la crise. Dans les pays qui se sont montrés rigoureux et qui prêtent de l’argent, "beaucoup de gens se posent la question" de savoir pourquoi ils doivent être solidaires alors qu’ils n’ont pas commis de faute. Dans les pays qui empruntent, on met sur le dos de l’Europe les mesures qui doivent être prises, note-t-il. "Comme si, lorsque l’on a une dette publique de 160% [comme la Grèce, ndlr] on ne devait pas prendre de mesures!", souligne l’ancien président de la Chambre.

Mais en prenant du recul, Herman Van Rompuy estime que "si on peut montrer d’ici quelques années que tout cela a valu la peine, que notre modèle social est préservé, qu’il y a à nouveau davantage de croissance économique", l’opinion publique européenne devrait être infléchie dans un sens positif. "Les gens ne sont pas dupes, ils nous jugeront, à terme, sur les résultats".

Par rapport au fait qu’il coiffe désormais les casquettes de président de la zone euro et de président du Conseil, il estime que ce cumul fait sens. "Je crois que c’est une bonne idée et j’ai beaucoup travaillé pour que cela se fasse", confie-t-il. "Il y a une sorte de malaise parmi les non membres de la zone euro", admet-il encore, "parce qu’ils ne sont pas ou pas encore membres" de la zone mais qu’ils sont directement concernés par les problèmes qu’elle rencontre.

"De sorte qu’entre les dix-sept membres et les dix autres, il faut faire la navette. Il est donc important que le président de l’union à 27 soit aussi le président de l’eurozone à 17" pour pouvoir atténuer ce malaise et faire office de relais.

Le valet de Merkozy ? "L’Histoire jugera"

Certains observateurs ont laissé entendre (voire ont affirmé haut et fort) que le président du Conseil n’était en fait qu’un presse-bouton actant les décisions du couple Nicolas Sarkozy-Angela Merkel.

A cette caricature, l’intéressé répond "j’ai eu des conflits aussi avec le couple franco-allemand mais je ne ressens aucun besoin d‘exposer cela en public, parce que ce n’est pas nécessaire, il y a suffisamment de cacophonie comme cela". Une réserve qui a pu laisser l’impression qu’il ne s’opposait jamais aux points de vue du duo.

Pour sa part, pour avoir vécu l’évolution des dossiers de l’intérieur, Herman Van Rompuy dit savoir "que la situation a été beaucoup plus nuancée". "L’Histoire jugera", conclut l’amateur de haïkus le plus célèbre de Belgique qui ne souhaite visiblement pas polémiquer à ce sujet.

"Je suis satisfait de la coopération avec la chancelière allemande et avec le président français qui ont joué un très grand rôle dans la crise", se contente-t-il de préciser. Surtout, "chaque fois, je suis parvenu à convaincre les 17 et les 27 du bienfondé des propositions que j’ai faites", rappelle-t-il.

"Un facilitateur, un Belge au carré"

Concernant son rôle, Herman Van Rompuy a une conception bien définie des limites de sa fonction. "Je déconseille vivement à mon successeur d’essayer de jouer le rôle de président de l’Union européenne comme s’il était élu directement et qu’il jouait à pied égal avec le président Obama".

"On a une tâche très spécifique, on doit être un facilitateur, un chercheur de compromis, on doit être un Belge au carré pour gérer ce Conseil européen". Un exercice d’équilibrisme difficile mais dont il s’accommode avec fierté. "Moi je suis très fier d’avoir pu assumer cette tâche pendant deux ans et demi. Je suis très fier que les chefs d’Etat et de gouvernement m’aient demandé de continuer".

"Je ne ressens pas le besoin d’être l’égal du président américain ou du président russe ou du président chinois, cette tâche d’être le président de 27 Premiers ministres et chefs d’Etat d’une population de 500 millions d’habitants, la plus prospère au monde vaut suffisamment la peine", considère-t-il. 

Ecoutez le reportage complet en cliquant dans l'onglet "Sons"

Julien Vlassenbroek avec Anne Blanpain
 

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