Hansel et Gretel décodé : cruauté, famine et une mère absente

29 janv. 2021 à 06:37Temps de lecture4 min
Par Christian Rousseau
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Partons à la découverte d'un grand classique : le conte de Hansel et Gretel. De génération en génération, les enfants du monde entier ont adoré entendre l'incroyable histoire des enfants abandonnés qui découvrent une maison de pain d’épice et de sucre d’orge. Pourtant, ce que nos mémoires d’enfants n’ont pas toujours retenu de cette histoire, c’est toute la cruauté que ce conte renferme : une mère bien peu maternelle qui abandonne ses enfants, un contexte de grande pauvreté et de famine, une forêt lugubre et enfin, une sorcière qui fait rôtir les enfants pour les manger…

L'histoire

Il était une fois, à l’orée d’une grande forêt, un bûcheron, sa femme et ses deux enfants. Le petit garçon s’appelait Hansel, et la petite fille, Gretel.

Ils étaient très pauvres, et en cette terrible année de famine, le bûcheron ne parvenait plus à nourrir sa famille. Un soir, alors que les parents croyaient leurs enfants endormis dans leur chambre, Hansel et Gretel les entendirent discuter tout bas.

- Ma pauvre femme, je suis désemparé, soupira le bûcheron, j’ai beau travailler de l’aube à la nuit tombée, bientôt, même le pain sec viendra à manquer, et je n’aurai plus rien à vous donner à manger.

- Mon époux, il n’y a qu’une chose à faire, répondit la femme du bûcheron, nous devons nous débarrasser des enfants. Cela fera deux bouches de moins à nourrir.

- Comment peux-tu imaginer chose pareille, femme sans cœur. Ce sont nos enfants bien aimés, plutôt mourir que de les tuer.

- Qui te parle de les tuer ? Je propose de les emmener demain au plus profond de la forêt et de les y abandonner (…)

Hansel et Gretel, n’avaient pas perdu une miette de la discussion de leurs parents. Gretel, terrorisée, se mit à pleurer.

- Oh mon frère, quelle mauvaise mère nous avons et comment notre père peut-il l’écouter. Qu’allons-nous faire, nous sommes perdus !

Hansel réfléchit...  

- J’ai un plan Gretel ! chuchota-t-il avec enthousiasme en prenant sa sœur dans ses bras. Quand nos parents dormiront enfin, je sortirai ramasser des petits cailloux. Et demain, je les sèmerai discrètement tout au long de notre longue route vers le cœur de la forêt. Ainsi, quand nos parents nous abandonneront, nous retrouverons aisément notre chemin jusqu’à la maison.

Le lendemain, le bûcheron et sa femme réveillèrent leurs enfants de bon matin.

- Mes enfants, habillez-vous vite, dit la mère, sur un ton faussement enjoué, nous allons nous promener dans la forêt et tenter de trouver quelques baies pour notre repas du soir.

Le bûcheron en revanche, semblait fort triste et ne dit mot.  Hansel et Gretel s’habillèrent et Hansel remplit discrètement ses poches des petits cailloux qu’il avait collectés à la nuit tombée.

Toute la matinée, le bûcheron et sa famille marchèrent dans la forêt, qui au fur et à mesure de leur progression devenait de plus en plus dense et plus sombre. Hansel fermait la marche et mètre après mètre, laissait tomber les petits cailloux de sa poche. A l’heure du déjeuner, le bûcheron décida qu’il était temps de s’arrêter. Il fit un grand feu pour réchauffer sa famille.

- Les enfants, restez donc vous reposer un peu auprès du feu, dit la mère. Votre père et moi allons continuer à ramasser des baies. Voici un peu de pain, leur dit-elle en leur tendant deux vieux morceaux rassis. Quand nous aurons fini, nous reviendrons vous chercher. Là-dessus, elle prit son mari par le bras et lui commanda de la suivre.

Le temps passa, et ils ne revinrent pas. Hansel et Gretel finirent par s’endormir à côté du feu. Le soir approchant, des cris d’animaux sauvages se firent entendre tout autour d’eux et cela les réveilla.

- J’ai peur Hansel. Rentrons à la maison à présent.

- Attendons que la lune éclaire les cailloux Gretel, sans quoi nous nous perdrons.

Ils attendirent encore un peu puis ils prirent le chemin du retour vers leur maison, en suivant la trace des petits cailloux qui brillaient doucement sous les faibles rayons de la lune (...)

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La petite histoire

Les premiers à avoir mis par écrit ce conte oral sont l’italien Giambatista Basile puis Charles Perrault à la fin du 17e siècle dans Le Petit Poucet. Par la suite, Jacob et Wilhelm Grimm, aussi appelés les frères Grimm, ont réécrit l’histoire au 19ème siècle, sous le titre de Hansel et Gretel.

Quand, adulte, on relit l’histoire de Hansel et Gretel, on est surpris par la noirceur de l'histoire. C’est en fait un récit très violent où il est en effet question de famine, d'enfants abandonnés, de forêt lugubre, de garçonnet rôti et de fillette meurtrière. Tous ces éléments trouvent bien sûr leur origine dans les contextes historiques au cours desquels les contes ont été écrits…

Prenons le thème de la famine. Dès le début du conte, les frères Grimm évoquent une terrible année de disette. Cet élément de contexte nous vient du conte de Charles Perrault, le Petit Poucet. Un conte publié en 1697, juste après la grande famine de 1693-1694 qui a fait plus d’un million et demi de morts en France. Un peu partout dans le royaume, les plus pauvres abandonnent donc leur progéniture pour ne pas la voir mourir.

Si on reprend la version originale de Giambattista Basile, le point de départ est très différent : l’élément déclencheur de l’infanticide n’est plus la famine mais une belle-mère qui épousant un veuf, va tout faire pour se débarrasser de ses beaux enfants (…)

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