Grandeur nature

Grenoble-Alpes la tentation de la montagne et des miracles de la nature

Grenoble
07 janv. 2022 à 16:15Temps de lecture8 min
Par Dirk Vanoverbeke

Après seulement quatre heures de TGV Inoui au départ de Bruxelles midi, une petite heure de navette, nous voici à Grenoble, la métropole du cœur des Alpes, point de départ idéal vers les sommets enneigés de la Chartreuse et de la Belledone.

Avant de grimper sur les cols, notre première étape nous mène aux caves de la Frise. Cet ancien bâtiment militaire, transformé ensuite en site d’affinage pour la célèbre brasserie de la Frise, vient de ressusciter sous la forme d’une champignonnière, dans ces caves souterraines dont la température et l’humidité sont idéales pour la production de ces eucaryotes.

LA PLEUROTE, LA MAUVE ET LA BARDANE : HAUTEMENT RECOMMANDABLES

Maxime Boniface (23 ans), fraîchement diplômé de l’école de management de Grenoble est le co-fondateur de " Champiloop " : " Nous produisons les pleurotes et les shiitakes – d’origine asiatique - , en valorisant les bio-déchets locaux pour fabriquer notre propre substrat :  la paille des agriculteurs de la région, le marc de café, la sciure de bois récupérée dans une scierie voisine ou les drèches de bière, les déchets des brasseurs environnants. Ce substrat , quand il sera épuisé, servira de compost de qualité pour les particuliers et de fertilisant pour les agriculteurs " . Un bel exemple d’économie circulaire. Lauréat de l’appel à idées pour réussir la transition alimentaire, " Champiloop " vient de remporter un autre appel à projets de rénovation urbaine, ce qui lui permettra d’occuper cette année un parking souterrain désaffecté, et de quadrupler sa surface de production.

 

Véritable tremplin vers la nature sauvage et la pratique des sports de montagne, Grenoble n’a pas reçu par hasard le prix 2022 de la capitale verte de l’Europe des transitions écologiques.  Pionnière dans la filière de l’hydrogène et des énergies d’avenir, Grenoble multiplie les expériences novatrices pour inviter la nature à s’installer en ville : agriculture urbaine, création de mares, entretien de plus de 200 hectares d’espaces verts, sensibilisation du public à la protection de l’environnement, mise en place de crapauducs et d’écuroducs – des systèmes de passages souterrain et de cordes qui permettent aux grenouilles et aux écureuils d’éviter les collisions avec les voitures, première cause de leur mortalité. Vérification sur le terrain de cette proximité des Grenoblois avec leur environnement avec une cueillette sauvage en plein cœur de la métropole, sur son campus universitaire, en compagnie de Mathilde Simon, ethnobotaniste de formation. Elle organise des sorties découvertes, afin de permettre aux visiteurs de reconnaître les plantes sauvages comestibles et la manière de les utiliser et de les consommer . Dans ce vaste arboretum, sommeillent en hiver des plantes que le promeneur lambda piétine sans réaliser que certaines d’entre elles recèle bien des vertus. C’est le cas du lierre terrestre, une plante aromatique dont les feuilles froissées exhalent un parfum de menthe poivrée qui sublime les desserts ou les salades. De nombreuses plantes possèdent aussi des atouts thérapeutiques et entrent dans la composition des huiles essentielles. C’est le cas de la mauve, une cousine de la rose trémière, dont l’infusion des feuilles soulagera les maux de gorge. La plante comestible du mois de janvier, c’est la bardane, une plante qui ressemble à une carotte et a un goût d’artichaut . Très utilisée contre les maladies de la peau et les piqûres d’insecte, elle est particulièrement efficace pour contrer la calvitie.

A carpet of mallow flowers in spring

LES « ANORAKS », LE SURNOM DES GRENOBLOIS

Le brouillard enveloppe l’arboretum et la Métropole de Grenoble. Mais il suffit de gagner les sommets qui culminent au-dessus de la ville pour s’élever au-dessus des nuages et retrouver le grand bleu du ciel et les grands espaces enneigés et lumineux. Ce n’est pas pour rien que les Lyonnais affublent les Grenoblois du sobriquet d’ " Anorak ", le vêtement traditionnel des citadins, aimantés par la montagne qui, chaque jour leur tend les bras et accueille en moins de dix minutes chrono les bus scolaires transportant les jeunes grenoblois, entre deux cours, vers les plaisirs de la montagne. Nous sommes accueillis par Etienne Rolin, directeur de l’école de Porte, une structure d’accueil pour les activités de pleine nature : le biathlon, le ski nordique, la raquette à neige, le VTT, le bivouac et la nuit sous igloo : " Notre ADN, c’est de faire découvrir la montagne en toute sécurité, dans le Massif des Chartreuses. Vous êtes ici dans la première station des Alpes, entre Grenoble et Chambéry, une des premières stations de ski française qui abrite le point culminant du Massif de la Chartreuse, la Chamechaude à une altitude de 2082 mètres. Elle bénéficie d’un enneigement abondant et d’un microclimat qui permet d’accueillir des visiteurs entre novembre et avril.  "

Sur les hauteurs de Grenoble, Chamechaude et son microclimat !

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Pascale vit à Grenoble depuis plus de trente ans avec son compagnon belge, originaire d’Anvers et passe plusieurs heures par semaine pour sillonner les pistes du parc de la Chartreuse : " Nous pratiquons régulièrement du ski, l’endroit est proche de la ville et ici, on retrouve le silence et le soleil a transpercé les nuages et la couche de brume de la vallée. C’est un lieu magnifique qui offre des vues à couper le souffle à 360° sur le Mont Blanc et tous les sommets des alentours. Et puis, les activités sont légion. Outre le ski nordique , les balades en raquette ou à pied et en VTT en été, je vous conseille de tenter le voyage en parapente. Frissons garantis ! "

A L’ECOUTE DES CHANTS DES OISEAUX ET DES CROASSEMENTS DES CRAPAUDS

Nous quittons avec regret cet endroit féerique pour retrouver Grenoble et nous diriger un peu plus au Sud, au départ du Parc régional du Vercors. Nous entrons dans l’espace naturel sensible de la tourbière du Peuil à Claix, en compagnie de Corinne Ribault, gestionnaire en Isère de ces espaces sensibles. "  Un site est classé espace sensible parce qu’il développe une certaine richesse en termes de faune et de flore, de paysages ou de milieu naturel. Et aussi parce qu’il est fragile et menacé. C’est le cas ici, où le cœur du site est la tourbière, une zone humide, gorgée d’eau, emprisonnée dans les végétaux qui la composent. On y trouve une faune et une flore très spécifique. Une tourbière se développe à raison de 5 centimètres par siècle. Celle-ci est âgée de 15000 ans. " On se croirait transporté dans un paysage nordique, de végétation rases, de bruyères, de petits pins et de bouleaux. Dans ce milieu gorgé d’eau et dénué de minéraux, de phosphore et de nitrates, certaines plantes ont développé des stratégies pour s’alimenter et sont devenues carnivores. C’est le cas du drosera, de la grassette ou de l’utriculaire,  dont les feuilles se sont recouvertes de poils gluants qui emprisonnent et digèrent les petits insectes. La faune locale s’est aussi adaptée à ces conditions particulières. Comme le lézard vivipare qui dispose d’une substance antigel dans le sang qui lui permet de résister aux fréquentes gelées qui sévissent dans les tourbières. La femelle pond ses œufs dans l’abdomen pour les protéger des grands froids. Ces espèces doivent être d’autant plus protégées que les tourbières ne représentent en France qu’un 0,1% de la superficie du territoire.

Scenic View Of Lake And Mountains Against Sky
Scenic View Of Lake And Mountains Against Sky © Tous droits réservés

Le département de l’Isère est décidément riche en biodiversité et ses responsables soucieux de la préserver et de sensibiliser ses habitants à la conservation des espèces les plus menacées. A quelques kilomètres de la tourbière, toujours au Sud de Grenoble, s’étend la dizaine d’hectares de la réserve naturelle régionale de l’étang de Jarrie. David Geoffroy en est le conservateur. Ce plan d’eau et ses zones humides sont réputés dans le monde naturaliste pour la richesse de son avifaune et de son entomofaune ( ses insectes). Il est aussi un lieu de halte migratoire et de nidification de très nombreux oiseaux – 184 espèces - dont le célèbre Blongios nain. Il s’agit du plus petit héron d’Europe, un oiseau très discret qui déteste être dérangé. David Geoffroy nous montre un poste d’observation des oiseaux : " Il faut rester très discret lorsqu’on veut observer les oiseaux, parce qu’ils repèrent les silhouettes humaines. L’écran du poste permet de mieux les distinguer que si l’on était à découvert. On dispose aujourd’hui de suffisamment d’outils, à commencer par l’appareil photo ou les jumelles pour éviter de déranger les animaux ou s’interdire de prélever des fleurs, des plantes ou des têtards. L’humain doit apprendre à observer sans prélever et à connaître sans collectionner. "

Cette éducation à l’environnement se réalise aussi via l’ouïe. Les visiteurs peuvent apprendre à distinguer, par exemple, les différents chants des crapauds et des grenouilles : " De nombreux amphibiens se sont fixés dans cette zone : la grenouille agile, la grenouille rieuse et le crapaud commun. Leurs cris particuliers permet de les distinguer entre eux. Ils souffrent de la proximité de l’agglomération et sont régulièrement écrasés sous les roues des voitures. Le crapaud est généralement mal aimé parce qu’il est pustuleux et souvent effrayant. Pourtant, lorsque nous faisons découvrir son chant à nos visiteurs, leur attitude change : son chant est en effet très raffiné. "

Ces créatures étonnantes sont aussi protégées. Pour éviter l’hécatombe provoquée par le trafic automobile, des seaux de collecte permettront de leur faire traverser la route en toute sécurité. Prochainement, la réserve naturelle sera équipée de crapauducs : ce sont des petits passages souterrains qui capteront les amphibiens d’un côté de la chaussée et les feront passer sous la route pour leur permettre de se reproduire de l’autre côté, sans être réduits en bouillie.

Vous n’êtes pas fan des oiseaux, des crapauds ou des plantes carnivores ? Vous êtes allergiques aux champignons ? Vous ne skiez pas ? Le parapente vous fait peur ? Pas de panique. Le département de l’Isère a bien d’autres plaisirs à vous proposer. La découverte des cols et des massifs qui surplombent Grenoble au pas d’âne, par exemple. Une autre manière de découvrir la nature, ouverte à tous et au rythme idéal pour contempler les beautés de la région. " Au pas de l’Ane " se pointe à dix kilomètres de Grenoble. Charlotte Delinselle vous y accueillera. Doté d’un plan détaillé du circuit, partez à l’aventure avec votre âne bâté qui transporte votre chargement. Pour quelques heures ou quelques jours, en passant la nuit sous tente ou les étoiles ou en gîte, le bonheur est au bout du chemin.

Si d’aventure, le temps se fait pluvieux ou que vous avez le sentiment erroné d’avoir fait le tour de la nature visible, pourquoi ne pas vous plonger sous terre ? Dans le massif du Vercors, au cœur du massif grenoblois, les cuves de Sassenage offrent un réseau souterrain idéal pour y effectuer vos premiers pas et découvrir les kélidoines,  ces petites pierres magiques représentant les larmes de la fée Mélusine et apprendre les techniques de la progression sur corde, avec rappels et passages en mains courantes. Le tout bien sûr, en bénéficiant d’un encadrement par des moniteurs diplômés.

Grandeur Nature cest dimanche de 13h à 15h sur Vivacité et à tout moment sur RTBF Auvio !

 

La RTBF, RTL, les médias de proximité, Nostalgie, LAvenir et Sudinfo.be ont choisi dunir leurs forces pour créer la plateforme commune ensemblesolidaires.be afin de continuer à soutenir les victimes des inondations survenues en juillet dernier.

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