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France Gall : Bébé requin, une chanson moins innocente qu'il n'y parait

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1968 à quelques encablures du mois de mai et ses barricades. Les années Yé-yé commencent à s'essouffler. Et avec elles, France Gall qui caracole pourtant au sommet des hit-parades depuis cinq ans à grands coups de chansons nunuches et du soutien indéfectible de Salut les Copains.

En 68 donc, la chanteuse de 21 ans sort Bébé requin, une chanson de Joe Dassin qui symbolise la fin d'une époque et préfigure une période de no man's land avant la rencontre déterminante de Michel Berger bien des années plus tard.

Bébé requin

Rien ne semble pourtant différent à la vue de son dernier titre Bébé requin mais tendez l'oreille car ce n'est rien de moins qu'une mise à mort déguisée en chanson d’amour

 

Je suis un bébé requin
Au ventre blanc, aux dents nacrées
Dans les eaux chaudes je t'entraînerai
Et sans que tu le sache
Avec amour avec douceur
Moi joli bébé requin
Je veux te dévorer le cœur

Une chanson 'girl power'

Invité aux côtés du journaliste Sébastien Ministru pour commenter le sujet de Jean-Marc Panis,  notre chroniqueur musical, Bruno Tummers livre cette analyse :

Il y a quelque chose  au niveau du texte. On est fin des années 60. Si vous écoutez bien,  c'est vrai, c’est une chanson d’amour mais qui a le pouvoir ? c’est la fille. C’est la fille qui va entrainer le garçon dans ses filets et ce n’était pas si courant chez ses consœurs qui étaient plutôt des jeunes filles qui se pâmaient en attendant le mâle. Je pense notamment à Françoise Hardy qui chante Tous les garçons et les filles, elle est en attente de l’amour. France Gall, pas du tout. C’est elle qui va le chercher et le dévorer.

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La Lolita française

Isabelle Gall  fait partie des quatre chanteuses les plus populaires des années Yé-yé aux côtés de Sheila, Sylvie Vartan et Françoise Hardy.

Elle voit le jour dans un milieu bourgeois imprégné de musique. Son grand-père a fondé les Petits Chanteurs à la Croix de bois et son père écrit des chansons pour Edith Piaf et Charles Aznavour. Rien d'étonnant à ce que la jeune Isabelle apprenne un peu de piano et de guitare et que son père veuille la mettre derrière un micro. C'est chose faite en 1963 avec "Ne sois pas si bête". Pour ne pas concurrencer Isabelle Aubret, elle prend le nom de France Gall. Après ce premier titre, son père la convainc de chanter une chanson quasi enfantine Sacré Charlemagne. La jeune chanteuse n'aime pas la chanson mais en vend néanmoins 2 millions d'exemplaires. A partir de là, de grands noms de la chanson lui proposent leurs services à commencer par Serge Gainsbourg. Avec lui, les tubes s'enchainent Laisse tomber les filles (1964), N'écoute pas les idoles (1964), Poupée de cire, poupée de son (1965) avec lequel elle remportera le Prix Eurovision de la chanson pour le Luxembourg.

Une chanteuse pas si naïve qu'en apparence

Voici l'analyse qu'en fait Bruno Tummers :

L'univers de France Gall est assez mélangé car il y a à la fois des chansons pour enfants avec Sacré Charlemagne et il y a beaucoup de titres qui parlent de son métier N’écoute pas les idoles, Poupée de cire, poupée de son. Ce sont les plus intéressants parce que c’est un peu la vedette qui se regarde, il y a une prise de distance et souvent ces chansons sont signées Gainsbourg. C’est la poupée de son qui grave sa voix dans des disques et qui sait qu’elle est embrigadée dans des techniques marketing et dans un show business qui lui échappe un peu. On dit souvent que la pop de France Gall est très sucrée mais si vous regardez les textes et que vous analyser un peu, on se dit que c’est pas si naïf que ça.

AFP

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