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Finances communales grevées : la Ville de Namur n’y échappe pas

29 juin 2022 à 16:04Temps de lecture3 min
Par Simon Bériaux, Nicolas Lejman

Au menu du conseil communal de la Capitale wallonne ce 28 juin : approbation des comptes 2021 et première modification au budget 2022. Dans les deux cas, les tendances n’ont rien de rassurant. Sans l’aide régionale reçue par le biais du plan Oxygène, les chiffres seraient dans le rouge. La majorité ne se voile pas la face : il faut s’attendre à des années tout aussi difficiles à l’avenir.

Une "lasagne" bien indigeste

Maxime Prévot - bourgmestre en charge des finances - a eu recours à une analogie culinaire édifiante pour détailler les difficultés auxquelles sa commune, comme d’autres, est confrontée : une lasagne à 11 couches d’autant plus indigeste que le choix des ingrédients échappe largement à son contrôle. Citons en particulier : la crise sanitaire qui a fait fondre certaines recettes, comme des aléas liés à la perception de certaines taxes. Dans le même temps, une série de coûts ont grimpé en flèche : indexations des salaires, coûts de l’énergie et des matériaux… Sans oublier l’aide d’urgence apportée aux réfugiés ukrainiens (l’occasion de tacler au passage la gestion de cette crise par la Région), où l’impondérable épisode dramatique des inondations de juillet 2021. Il s’agit d’une succession rapide de crises et de difficultés externes sur lesquelles la majorité estime n’avoir eu que très peu d’emprise.

2021 : un équilibre de justesse au prix de sacrifices pour l’avenir

En 2021, le résultat global définitif est à l’équilibre strict. On pourrait se dire que c’est une bonne nouvelle. Au contraire, c’est un désastre dit le bourgmestre : si les budgets sont difficiles à boucler depuis plusieurs années bien souvent en raison de facteurs exogènes, les comptes en général se portaient plutôt bien et permettaient souvent d’engranger des réserves et provisions pour soulager les exercices futurs […]. Cette année, ce n’est plus le cas, les résultats du compte ne sont clairement pas bons.

Pour la première fois depuis longtemps, il n’y aura pas de réserves et de provisions pour l’avenir. A titre de comparaison, l’exercice 2020 présentait un boni de près de 8 millions d’euros après incorporation des recettes compensatoires.

Les recettes 2021 se caractérisent par un écart de près de 8 millions d’euros par rapport aux prévisions : -4,4 millions d'euros en raison d’un retard important d’enrôlement des additionnels au Précompte immobilier par la Région (encore un tacle), -1,6 million d'euros pour les additionnels à l’impôt des personnes physiques, -700.000 euros de recettes de parking et d’horodateurs en raison de la crise Covid et des gratuités subséquentes…

Les dépenses de Personnel, de Transfert (à la zone de Police et au CPAS par exemple) et la Dette sont restées sous contrôle. Les dépenses de fonctionnement ayant bondi de 10%, il a fallu en reporter certaines. De quoi complexifier le casse-tête budgétaire de l’exercice en cours et celui de 2023.

2022 : premiers aménagements pour limiter la casse

Le budget 2022 - dont c’était la première modification ce 28 juin - aurait été déficitaire de quelque 12 millions d’euros si le mécanisme Oxygène de la région wallonne n’avait pas été actionné. En tout, Namur se verra prêter par ce biais 158 millions d’euros. 32 millions devraient être utilisés cette année. Maxime Prévot : cette aide régionale n’est jamais qu’un palliatif sous forme d’emprunts dont nous assumerons 85% du remboursement en capital. […] Nous recommençons donc à devoir emprunter pour assumer l’équilibre budgétaire et payer nos dépenses courantes.

Revenons à l’image de la lasagne. Toutes les tranches sont amères, examinons-en trois :

- Dépenses de Personnel : + 4 millions d’euros. La moitié de cette somme s’explique par les vagues d’indexations complémentaires liées à l’inflation galopante.

- Dépenses de fonctionnement : + 1,3 million, dont une moitié justifiée par l’augmentation des prix de l’énergie et des matériaux.

- Investissements : – 3 millions par rapport au budget initial (dont le report de certains projets), pour les raisons citées plus haut.

Perspectives à long terme et endettement contrôlé

Après pareil étalage, il eut été ardu pour le bourgmestre Prévot de terminer sur une note positive : " Le compte de 2021 et la première MB de 2022 ne sont pas réjouissants. Les perspectives des prochaines années pour toutes les Villes et communes ne le sont pas davantage. Certains économistes écoutés annoncent près de 10 ans à venir de crise économique avec comme corollaires des crises sociales et politiques majeures. Après 2 années, nous ne serions qu’au début et nous allons devoir y faire face ".

La seule bonne nouvelle, c’est que le bas de laine est intact (18 millions d’euros). De quoi tenir quelques années.

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