Week-end Première

Femme ou homme de ménage : un métier de super-héros pourtant dévalorisé

Toute ma vie j'ai rêvé d'être femme de ménage

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

13 juin 2022 à 15:51Temps de lecture4 min
Par Olivier Marchal

Dans le top 20 des rêves d’enfants on trouve graphiste, médecin, pompier, architecte, chef d’entreprise, cuisinier et même super-héros. Aucune trace en revanche, de ces héroïnes du quotidien qui occupent la fonction de Femme/Homme de Ménage. Olivier Marchal, sociologue, explore les enjeux quotidiens et sociétaux d’un métier essentiel.

Discrètes, peu médiatisées, souvent confinées avant et après les horaires de bureaux, les femmes de ménages ou aide-ménagères sont au moins aussi indispensable qu’elles sont peu visibles.

Elles sont pourtant près de 140.000, qui nettoient chaque jour plus d’un million de foyers, et des millions de mètres carrés de bureaux et d’entreprises et ce pour le plus grand bonheur de leurs employeurs. Un secteur qui pèserait en France près de 9 milliards d’euros et dont les pays occidentaux ne peuvent plus se passer pour des raisons de modes de vie, mais aussi de stabilité économique.

Où sont les Hommes ?

Hormis dans quelques sous-secteurs en lien avec le nettoyage industriel, les hommes n’occupent pratiquement pas cette fonction. Car dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un métier exclusivement féminin. Un fait multiséculaire, puisque la division sociale du travail au sein du foyer, qui a traversé, structuré, modelé, l’immense majorité des sociétés humaines, a imposé aux femmes, les fonctions domestiques en lien avec la gestion du foyer.

Par la suite, lorsque les sociétés sont devenues assez populeuses et donc plus complexes, des rapports de nécessités se sont installés entre les individus, entre les maisons, entre les fonctions, et certaines femmes ont commencé à travailler pour et dans le foyer d’autres familles plus puissantes, ou installées par un pouvoir divin, politique ou économique.

Avec pour exemple durant le 18ième siècle, en France, ces Bécassines venues de Bretagne exerçant au service de la bourgeoisie parisienne, la fonction de domestique, en échange de nourriture, du logement, de vêtements et du chauffage. Un siècle plus tard, exode rural massif et essor rapide d’une bourgeoisie économique au cœur des villes, à l’appui, succès colossal : la demande de femmes de ménage, alors appelées ‘bonnes’, explose. Jusqu’à atteindre 6% de la population active. Soit 1.300.000 de personnes. Et curieusement, à cette époque-là, la part d’hommes dans le métier était 5 fois plus élevée qu’aujourd’hui.

Un métier d’humanité

Imaginez un peu ce que serait le monde sans ces aides ménagères, qui rangent, nettoient, entretiennent, décrassent, et font en passant les courses, le linge et parfois les repas.

Sans elles : ceux qui les emploient auraient ils autant de temps et d’énergie pour leur carrière ? Et quid de ces familles qui fonctionnent sous perfusion ménagère ? Sans compter ces personnes âgées, ou seules, ou porteuses d’un handicap, pour qui le ménage, les repas, les courses sont mission impossible.

iStock / Getty Images Plus

Un métier qui ne fait pas rêver

Quand se pose la question de parler de ce métier pour faire naître des vocations dans ce secteur non seulement porteur, mais indispensable à la société tout entière, on se trouve confronté à la difficulté de convaincre que faire le ménage rime avec émancipation, et ce dans une société orientée confort, où l’idéal de partage des tâches ménagères entre les femmes et les hommes a été astucieusement détourné par un modèle visant à faire faire le travail domestique par d’autres femmes que celles de leurs rangs ou de leurs clans.

D’autres femmes, dont la moitié seulement possède le certificat d’études secondaire. D’autres femmes, dont un tiers a plus de 50 ans. D’autres femmes, dont un quart est d’origine étrangère.

Un métier qui expose à des risques élevés de trouble de la santé et que la société dans son ensemble rechigne à payer à sa juste valeur avec pour écheveau de preuve à tout le moins interpellant, le fait qu’entre une domestique du 19ième siècle payée en nourriture, logement, chauffage et vêtement, et les 800-900 euros de salaire mensuelle d’une aide-ménagère d’aujourd’hui pour assurer les mêmes besoins : il n’est pas certain qu’en 200 ans le salaire relatif que nous accordons à ce métier ait réellement progressé.

Changer de lunette, pour voir autrement

Moyennant une amélioration des conditions de travail et de rémunération, ce métier de proximité pourrait néanmoins attirer et retenir de nombreux candidats.

Véritable warrior des cuisines en ruines, Superwomen des lendemains de la veille, Sainte Rita des salles de bains perdues, une aide-ménagère, c’est aussi pour certains une visite, une présence, une aide nécessaire, parfois même, une confidente. Une Femme de ménage, c’est aussi l’alliée des lieux de travail qui rendent heureux. Et l’on notera ces rares entreprises innovantes qui tentent actuellement l’expérience de faire travailler aux mêmes horaires leurs cols blancs et les personnes en charge du nettoyage, avec une réelle amélioration des conditions de travail et l’émergence inattendue et bénéfique, d’une forme d’estime mutuelle.

De la beauté donc, il y en a. De la grandeur même, chez ces femmes ou ces hommes de ménage qui rendent la vie plus simple, qui offrent le loisir ou le repos à ceux qui les emploient. Mieux : qui rendent possible l’emploi de ceux qui les emploient. Et ce n’est pas tout, car en prenant soin de nos lieux, elles ou ils prennent soin de nous.

► Plus d’infos sur les métiers c’est, du lundi au vendredi, de 9h à 12h, sur Miti : la plateforme d’orientation en ligne entièrement gratuite de la Wallonie et de Bruxelles, ou bien en contactant vos Cités des Métiers de Bruxelles, Charleroi, Liège et Namur.

Peter Dazeley / Getty Images

Articles recommandés pour vous