Fanny Blondiau : "Avec tous les outils qu’on a aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi on achète encore autant de neuf"

L’anti-gaspi, c’est une seconde nature pour Fanny. Elle a été éduquée dans cet état d’esprit et les petits réflexes écologiques, elle les a adoptés depuis sa plus tendre enfance. Aujourd’hui, elle veut s’attaquer à une des industries les plus polluantes qu’il soit : le textile. En prônant le seconde main et l’upcycling, Fanny a ouvert la toute première friperie vintage de La Louvière : Rursee

Graphiste de formation, la jeune entrepreneuse de 30 ans ne trouvait ni stabilité, ni épanouissement dans ce domaine. Quand elle travaillait sur des projets, les délais laissés par ses clients étaient très courts. Ce qui laissait, paradoxalement au métier, très peu de place à la créativité. C’est alors qu’elle a décidé de se tourner vers un autre univers qui la passionne : la mode et plus particulièrement le vintage. " La magie du vintage, on la trouve dans le fait qu’on peut trouver des pièces uniques. Dès que j’en trouve une, c’est comme si je recevais un cadeau d’anniversaire. En plus de ça, quand on se rend compte de l’impact écologique, il n’y a plus à hésiter ".

Il faut dire que l’industrie textile pollue massivement notre planète sur plusieurs fronts et utilise une quantité astronomique des ressources disponibles. D’une part, les réserves d’eau potables sont en danger puisque selon les estimations du Parlement européen, il faut 2700 litres d’eau potable pour créer un seul tee-shirt. Toujours d’après ces estimations, l’industrie textile serait responsable d’environ 20% de la pollution mondiale d’eau potable, à cause du rejet de teintures et autres produits de finition. D’autre part, l’émission de gaz à effets de serre par l’industrie de la mode est colossale. Elle est responsable de 10% des émissions mondiales de CO2. Plus concrètement et d’après l’Agence européenne pour l’environnement, cela équivaut à l’émission de 654 kg de CO2 par personne, dans l’Union Européenne uniquement ! C’est plus que l’ensemble des vols et transports maritimes internationaux.

Il faut 2700 litres d’eau pour produire un seul tee-shirt
Il faut 2700 litres d’eau pour produire un seul tee-shirt europarl.eu

Choquée par l’impact faramineux de la fast fashion sur notre planète, Fanny se lance dans le projet très ambitieux d’ouvrir sa propre friperie vintage à La Louvière, sa ville d’origine. Ambitieux car Rursee est la toute première boutique du genre à ouvrir dans la Cité des Loups. " Il y a quelques années, je ne connaissais pas ces friperies. J’ai une amie qui kot à Bruxelles et elle m’a emmenée dans toutes ces boutiques. C’est là que j’ai découvert les fripes vintage ".

Le seconde main, une deuxième nature

Il n’y a pas forcément eu de déclic dans la vie de Fanny pour déclencher son écoresponsabilité. Elle vient tout simplement de son éducation qui a dicté ses réflexes ne se limitant pas uniquement au vestimentaire. Au contraire même, cette habitude du seconde main ne s’est déclinée aux vêtements qu’un peu plus tard puisqu’elle a récemment découvert les friperies. " Ma mère m’emmenait souvent dans les magasins de seconde main et aux brocantes quand j’étais gamine. J’avais donc déjà mes petites habitudes. À la maison, on ne gâche pas la nourriture, on essaie de ne pas acheter d’emballage en plastique, on utilise le verso des feuilles… ". Il était donc tout naturel qu’au moment de quitter le cocon familial, elle meuble son nouveau ‘chez-soi’grâce aux dons et à la récupération. " En fait, aujourd’hui je n’achète presque plus rien de neuf. Pour la vaisselle par exemple, je vais en boutique solidaire ou en brocante ".

Éviter de surconsommer et stocker

Même si elle était déjà sensibilisée à l’écologie depuis son enfance, ouvrir sa friperie l’a plongée dans un monde qui l’a conscientisée sur la problématique. À présent, elle n’essaie d’avoir que trois jeans par exemple. Si elle en rachète un, elle en revend un. " Je me suis rendu compte que ça ne servait à rien d’avoir quatre jeans bleus et j’essaie d’avoir dans mon armoire uniquement ce que je vais porter. Il faut arrêter d’avoir des vêtements ‘dormants’qu’on garde au cas où on prend du poids ou pour des occasions spéciales qui, au final, n’arrivent jamais. Ça marche pour les vêtements mais pour le reste aussi comme la nourriture ou les meubles : il faut mieux réfléchir à ce qu’on a chez soi ".

Mieux réfléchir à notre consommation implique donc d’acheter selon nos besoins, d’acheter mieux (en seconde main par exemple) et à réutiliser ! Dans le secteur du textile écoresponsable, un nouveau terme émerge et rencontre beaucoup de succès : l’upcycling. Cela consiste en quelques sortes à recycler vers le haut. Concrètement, on utilise un bien abîmé et on le transforme en un autre tout neuf ! Fanny mène pas mal de projets d’upcycling dans sa boutique et c’est pour cette raison qu’elle demande souvent aux clients de lui ramener les vêtements à jeter si ce sont des tissus intéressants. " Les gens jettent des choses parce qu’elles sont abîmées mais ils ne se rendent pas compte qu’il y a des matières très intéressantes, qualitatives et jolies ! Il ne faut pas tout jeter ! C’est une mauvaise habitude ! "

 

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La réutilisation pour préserver la planète

En moyenne dans l’Union Européenne, chaque personne achète 26 kg de vêtements par année. " J’espère que les gens arrêtent d’acheter du neuf et surtout en fast fashion. C’est vraiment horrible parce qu’il y a de la maltraitance derrière et je partage tout ça sur les réseaux. Il faut arrêter la surconsommation de vêtements parce qu’on vide les ressources de la planète à une vitesse effroyable. Le seconde main s’étend de plus en plus et il existe maintenant une multitude de sites sur lesquels on peut acheter de manière plus responsable. Avec tous les outils qu’on a en main, les brocantes, les friperies, les sites, les marketplaces… je comprends pas comment on peut encore consommer autant de neuf". 

Les friperies touchent plus de monde qu’on ne le croit ! On peut penser que ces boutiques ne proposent que des vêtements vintage, qui n’attirent qu’un public presque de niche vu le style particulier qu’ils offrent mais Fanny veut atteindre un public très large. Elle est dans le style vintage, bien sûr, mais elle reste quand même dans l’air du temps. Autre paramètre important, les prix sont très variés : du plus abordable à la pièce plus onéreuse.

La Louvière n’est pas encore habituée aux friperies vintage mais Fanny ne manque pas d’initiatives pour s’implanter au mieux dans la ville. D’ailleurs, chez Rursee, ce 1er mai n’est pas synonyme de congé mais plutôt d’action spéciale. Elle organise une vente au kilo !

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