Epinal: prison ferme requise contre les médecins et le radiophysicien

Le radiophysicien Joshua Anah chargé du paramétrage des appareils, le 24 septembre 2012 à Paris
23 oct. 2012 à 14:44 - mise à jour 23 oct. 2012 à 15:34Temps de lecture2 min
Par AFP

Entre 2001 et 2006, près de 450 patients de l'établissement traités pour des cancers de la prostate ont été victimes de surdoses de radiation causées par deux dysfonctionnements distincts de la radiothérapie d'Epinal qui valent à ces praticiens d'être jugés devant le tribunal correctionnel de Paris depuis un mois.

Les deux vice-procureurs Marie-Odile Dejust et Dominique Perard ont mis en exergue la responsabilité du radiophysicien Joshua Anah -chargé du paramétrage des appareils- coupable à leurs yeux par sa "négligence inadmissible", d'homicides et blessures involontaires, non assistance à personne à danger et destruction de preuves.

Trois ans de prison dont un an ferme et une interdiction d'exercer la radiophysique médicale ont été réclamés.

Ces réquisitions sanctionnent une "cascade d'erreurs" due à la "désinvolture", au manque de "conscience professionnelle" et de "bons sens" de ce spécialiste de physique médicale qui avait initié en mai 2004 un changement de protocole de radiothérapie destiné à améliorer le confort des patients.

Lors de ce changement, une erreur de paramétrage des appareils a entraîné la surirradiation d'un premier groupe de 24 patients.

Parce que c'est "à lui seul qu'incombait" de mettre en oeuvre cette modification du protocole, d'informer les médecins de ses travaux et de former les manipulatrices, le ministère public estime prépondérant son rôle dans ce premier accident, tout comme dans le second: l'absence de prise en compte, dans le calcul final des radiations, des doses délivrées lors des contrôles radiologiques précédant le traitement lui-même.

"Cacher la vérité"

Les représentantes du parquet n'ont retenu à l'encontre des deux anciens radiothérapeutes d'Epinal, Michel Aubertel et Jean-François Sztermer, que les infractions de non-assistance à personne en danger et destruction de preuves pour le suivi défaillant de leurs patients, et pas pour le chef d'homicides et blessures involontaires.

Mais elles ont prononcé une charge très sévère contre leur "volonté de cacher la vérité" aux victimes, dont douze sont décédées aujourd'hui. Et leurs réquisitions sont au final plus lourdes que pour le physicien: quatre ans de prison dont 18 mois ferme et une interdiction d'exercer.

"Au lieu d'écouter et de sauver les malades", ils "ont voulu se sauver eux-mêmes", allant jusqu'à se faire complices de modifications de dossiers médicaux pour "dissimuler les preuves" des surdoses.

Les victimes ont été "abandonnées à leur triste sort" et "condamnées à l'errance médicale", a fustigé le parquet, faute d'être correctement informées des accidents qui leur ont valu des atteintes irréversibles du système digestif, urinaire et rectal, transformant en calvaire le quotidien de nombre d'entre elles.

Trente mille euros d'amende ont aussi été requis contre ces trois prévenus.

L'infraction de non-assistance à personne en danger vaut également pour les autorités de santé locales, à la passivité coupable, selon le parquet: douze mois avec sursis ont été réclamés contre Francette Meynard, ex-directrice de la Ddass des Vosges et Jacques Sans, ancien directeur de l'agence régionale d'hospitalisation (ARH) de Lorraine.

Relaxe a en revanche été réclamée pour l'ancienne directrice de l'hôpital Dominique Cappelli, dont le parquet a salué "la réactivité" face à l'accident, et pour l'établissement lui-même jugé au titre de personne morale.


AFP