Entre thriller et plongée dans le monde politique, la série "Pandore" ne fait pas de cadeau

03 févr. 2022 à 09:36 - mise à jour 08 févr. 2022 à 16:14Temps de lecture3 min
Par Himad Messoudi

C’est LA série belge de ce début 2022 : "Pandore" débute le dimanche 13 février, à raison de deux épisodes par semaine. Les 10 épisodes de cette saison 1 seront disponibles sur Auvio le même jour, le 13 février donc, si vous ne voulez pas attendre.

Pandore - Bande-annonce

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Un casting qu’on connaît bien

On entre dans "Pandore" via Claire Delval, incarnée par Anne Coesens, une juge qui enquête sur une importante affaire de corruption, affaire qui touche un proche et provoque des changements sur la liste électorale du PLF, le parti libéral francophone. Et au parti, il y a Yoann Blanc, qui prête ses traits à Mark Van Dijk, personnalité politique populiste, prêt à tout pour gagner les élections qui arrivent et pouvoir entrer au gouvernement. Même à profiter du retentissement médiatique d’un viol, tout ça pour faire parler de lui. Dans la vraie vie, ça risque de faire grincer quelques dents libérales.

Anne Coesens et Yoann Blanc, on les connaît bien, ils étaient dans "La Trêve" et ils ne sont pas seuls.

Il y a Sasha, jouée par Mélissa Diarra, jeune journaliste ambitieuse. Il y a aussi l’incroyable Myriem Akheddiou, qui excelle dans un rôle d’assistante politique, de spin doctor.

Les références de "Pandore" sont claires : on est sur du "Borgen", du "The Killing", du "Servante écarlate" aussi.

D’un côté, on suit donc une enquête policière, sur ce viol, et de l’autre, la bataille politique qui fait rage au sein du parti de droite. Je ne suis pas calé en judiciaire, mais tout l’aspect thriller tient en tout cas bien la route : on est sur du classique qui fonctionne bien. Concernant l’aspect politique, je peux vous dire que c’est assez bien représenté. Les réunions où vous n’êtes pas conviés, les promesses qui ne tiennent pas, les coups en traître, les coups de pression, les moments où on tente de se rabibocher par pur intérêt, le travail permanent des petites mains derrière les personnalités politiques, les moments où on craque, où la pression est trop forte, sur vous, sur vos proches. On parle aussi de la relation entre journalistes et politiques, jusqu’à la toute fin, d’ailleurs. Il est même question de nos relations avec l’Arabie saoudite, de la vente d’armes. Bref, tout cela sonne vrai, même si c’est un peu simplifié, notre système politique étant ce qu’il est.

Autre très bon point : l’utilisation de Bruxelles, véritable personnage à part entière de "Pandore". On reconnaît bien certains quartiers, autour du Palais de Justice. Il y a une vraie identité, "Pandore" est très ancrée dans sa ville, un peu foutraque. Et puis, habituellement, dans une série télé classique, lorsqu’il y a des plans extérieurs où on voit une ville, un bâtiment, imaginez Paris, Londres ou New York, c’est toujours très joli, très propre, un peu carte postale. Dans "Pandore", ces plans extérieurs sont parsemés de grues. C’est moche une grue, mais c’est Bruxelles, donc il y en a partout. Et "Pandore" ne l’élude pas. C’est comme ça et c’est très bien.

Manifeste féministe

"Pandore" a été créée et écrite par trois femmes : Anne Coesens et les deux réalisatrices : Savina Dellicour et Vania Leturcq. Et ces trois femmes n’ont pas loupé l’occasion de faire de "Pandore" un manifeste féministe, diffusé à une heure de grande écoute. Dès le générique, on a droit à des images d’archives, dont des manifestations de femmes, contre les violeurs, pour la dépénalisation de l’avortement. Il me semble avoir vu les images des femmes grévistes d’Herstal, en 1966. Les personnages féminins sont tous très forts, très affirmés. Elles galèrent toutes, mais elles tiennent. On est témoin de sexisme, de harcèlement, la peur de vieillir y est aussi abordée, comme les relations mère fille. Il y a des mères célibataires dans "Pandore", mais aussi beaucoup de sororité. Et il y a surtout beaucoup de colère. Et c’est là où je voulais en venir en évoquant The handmaid’s tale, la servante écarlate : "Pandore" est une série furieuse, "Pandore" veut tout casser, "Pandore" en a marre des Trump, des Orban, de ces législateurs qui veulent restreinte l’avortement, qui veulent, plus globalement, contrôler les femmes. "Pandore" ne fait aucun cadeau. C’est cette colère qui fait de "Pandore" une série à part, avec un ton vraiment à elle, avec des personnages féminins puissants. Elles sont toutes imparfaites, mais elles assument, et elles vont de l’avant.

Pandore - Générique de la série

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Alors, tout n’est pas parfait dans "Pandore" : les normes de production belge limitent les décors, le nombre de personnages, l’ampleur de la série. Certaines scènes auraient sonné différemment avec plus de moyens. Mais tout cela n’empêche pas cette série de taper très haut dans le classement des séries belges francophones : en fait, je pense que c’est la meilleure. Notons que la fin de la saison est particulièrement réussie. Cela peut s’arrêter là, mais une belle porte est à ouvrir pour une saison 2. Et pour l’obtenir, il faudra du public. Donc, rendez-vous sur La Une, dès le 13 février. L’intégralité de la saison sera disponible le même jour sur Auvio. Y a plus qu’à…

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