Energie

Engie sur son refus de prolonger les réacteurs Doel 3 et Tihange 2 : "Nous n’avons pas recommandé de combustible"

Sur cette photo, Doel 3 et 4 sont à gauche et Doel 1 et 2 à droite.

Le nucléaire est une question épineuse en Belgique. Après plus de 20 ans d’hésitation, la Belgique confirme en 2020 sa volonté de sortir du nucléaire. Un an plus tard pourtant, les autorités présentent deux scénarios : le plan A, à savoir la sortie du nucléaire en 2025 et le plan B qui consiste à prolonger deux réacteurs nucléaires de dix années supplémentaires en cas de manque d’approvisionnement et risque de black-out.

Pour respecter ses engagements environnementaux, la Belgique concentre d’abord ses efforts sur le plan A. Mais l’arrivée de la guerre en Ukraine change la donne et le plan B est finalement adopté. Seuls les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 cesseront respectivement leurs activités dans la nuit du 23 au 24 septembre et le 1er février.

Seulement voilà, les sanctions de l’Union européenne à l’encontre de la Russie pleuvent et l'approvisionnement en gaz russe va probablement se raréfier dans les prochains mois.

Le gouvernement a néanmoins approuvé vendredi un plan qui doit permettre au pays de passer l'hiver sans encombre sur le plan énergétique et de se montrer solidaire avec ses voisins.

Selon le gouvernement, l'approvisionnement du pays ne serait pas compromis. La Belgique bénéficie en effet d'une position particulièrement avantageuse pour ce qui est de la fourniture de gaz, très peu dépendante de la Russie. 

Reste que l'approvisionnement en électricité provenant du nucléaire devrait de son côté diminuer, avec notamment les fermetures des réacteurs nucléaires de Doel 3 (prévue le 1er octobre) et Tihange 2 (prévue le 1er février).

La nécessité faisant loi, la ministre flamande de l’Energie, Zuhal Demir (N-VA) a demandé ce jeudi au fédéral de prolonger les réacteurs nucléaires de Doel 3 et Tihange 2 de deux mois cet hiver.

Engie s’y oppose

Sans avoir commandé d’étude, Engie affirme qu’il est impossible de prolonger les réacteurs de quelques semaines pour des raisons techniques opérationnelles et de sûreté nucléaire.

Une réponse catégorique qui suscite une grande question : pourquoi est-il impossible de prolonger Doel 3 et Tihange 2 de quelques semaines s’il est possible Doel 4 et Tihange 3 de dix ans ? "Dans le secteur nucléaire international, préparer une nouvelle période d’exploitation de dix ans prend 5 ans", nous répond Nele Scheerlinck, l’une des porte-paroles du gestionnaire.

"Nous devons rendre une analyse de sûreté tous les dix ans – avant le début de la nouvelle période d’exploitation – à l’AFCN, l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire. Nous y comparons le niveau de sûreté des installations avec les normes les plus récentes et faisons de nouvelles propositions pour améliorer la sûreté nucléaire. Au-delà des aspects techniques, il faut aussi étudier l’impact environnemental dans un rayon de 10 kilomètres de la centrale.", ajoute-t-elle.

La date de fermeture légale de Doel 4 et Tihange 3 étant fixée à 2025, Engie avait commandé de nouvelles études censées préparer la prolongation des réacteurs avant 2020. "Nous avions plusieurs années."

Pour Doel 3 et Tihange 2 en revanche, le temps manque, même si la demande du gouvernement ne concerne pas une prolongation de dix ans mais de deux mois. "La mise à l’arrêt des réacteurs est trop proche et aucune prolongation n’a été prévue ni préparée puisque cela n’avait jamais été évoqué", reprend Nele Scheerlinck.

Des combustibles en fin de vie

De plus, le combustible qui brûle actuellement dans les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 arrivent en fin de vie. "Le combustible de ces deux centrales sera presque totalement épuisé au moment où les réacteurs seront définitivement à l’arrêt. Nous n’en avons pas en stock et n’en avions pas commandé de nouveau", explique Nele Scheerlinck en précisant qu’un combustible doit être commandé "plusieurs années à l’avance."

Selon la porte-parole, un combustible en fin de vie renferme encore un peu d’énergie, "mais il est beaucoup plus compliqué pour les opérateurs de la centrale de régler la puissance et de redémarrer la centrale en cas d’arrêt automatique", affirme-t-elle. "Le redémarrage pourrait prendre plusieurs jours. Ce sont des jours pendant lesquels nous consommons de l’énergie sur le réseau externe plutôt que nous en redistribuions. C’est contradictoire."

"Le temps de la maintenance est toujours en décalage avec le temps politique"

Pour Céline Parotte, experte en politiques énergétiques, gestion des déchets nucléaires et des infrastructures critiques, la réponse d’Engie n’est pas étonnante. "Je ne crois pas qu’il s’agisse de mauvaise foi puisque l’énergie nucléaire n’a rien à voir avec l’énergie électrique. La production est une chose mais les conditions de sûreté en sont une autre. Qu’il s’agisse d’un démantèlement ou d’une prolongation, il faut être à même de garantir la sûreté de l’Homme et de l’environnement."

"Souvent, le politique a le temps court dans le sens où leurs exigences portent sur une ou deux législations. Mais le temps de la maintenance est toujours en décalage avec le temps politique. Si on acte par exemple un démantèlement demain, le réacteur ne sera pas démantelé avant des dizaines d’années, puisqu’il faut réaliser un plan de mise en œuvre et d’autorisation, le soumettre à une organisation de sûreté qui le validera ensuite." Pour une prolongation, un schéma similaire s’applique, estime la chercheuse.

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