En 70 ans, le tourisme a explosé, ses conséquences aussi

Les Clés de l'Info : le tourisme mondial explose

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03 août 2019 à 13:21 - mise à jour 03 août 2019 à 13:21Temps de lecture3 min
Par Guillaume Woelfle

Où part-on en vacances ? La plupart des Belges se sont posé la question cette année. Certains se la sont même posée plusieurs fois. Pourtant, il y a 70 ans, partir en vacances n’était pas aussi évident qu’aujourd’hui. On estimait à l’époque que 25 millions de personnes avaient l’opportunité de partir en vacances en dehors de leurs frontières. Cela représentait une personne sur cent, puisque la population mondiale était de 2,5 milliards d’individus.

Et depuis, rien n’arrête cette courbe exponentielle. 125 millions de voyageurs en 1965, 525 millions en 1995, un milliard en 2012 et en 2018, le dernier record : 1,4 milliard de voyageurs internationaux. Aujourd’hui, un terrien sur cinq part en vacances à l’étranger une fois par an, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (WTO). La croissance ne devrait pas s’arrêter là. Les prévisionnistes, qui ont toujours sous-estimé les résultats ces dernières années, s’attendent à 1,8 milliard de touristes en 2030.

Au niveau économique, la courbe est la même. En 1950, le tourisme rapportait deux milliards de dollars. Aujourd’hui, le secteur pèse 1700 milliards. Certains l’appellent même "la première industrie mondiale".

Des conséquences environnementales, sociales et économiques

Mais comme souvent, tout n’est pas rose. Et même au niveau économique. Les 1700 milliards de dollars sont répartis chez des milliers d’acteurs du tourisme (compagnies aériennes, tour-opérateurs, hôtels, guides touristiques, magasins de souvenirs, Horeca…), mais beaucoup d’habitants de villes très touristiques se font entendre, et regrettent parfois la célébrité dont leur ville fait l’objet.

Dans ce domaine peu reluisant, Barcelone fait figure de pionnière. Avec 34 millions de touristes accueillis chaque année, ses 1.7 million d’habitants se sentent parfois noyés. Et économiquement, ils souffrent de l’un des effets indirects du succès touristiques : le "phénomène AirBnb". L’émergence de cette méga plateforme de location de logements privés à des fins touristiques a eu pour conséquence de soustraire plusieurs milliers de logements au marché immobilier local. Les prix des habitations ont flambé dans la capitale catalane, ce qui a provoqué la colère des habitants.

"Tourists, go home !"

Ces situations ont pour conséquence de créer de l’animosité entre les habitants d’une ville et les touristes qui la visitent. Barcelone était la première et s’est fait rejoindre dans ce club par d’autres grandes villes. Rien qu’en Europe, Amsterdam, Londres ou la magnifique Dubrovnik se plaignent de plus en plus de "surfréquentations touristique", au point d’envisager des mesures restrictives : quotas du nombre de visiteurs par jour ou taxe à l’entrée de la ville pour les touristes. Chez nous, Bruges et ses huit millions de touristes annuels est confronté au problème, et a instauré des quotas de ballades sur ses canaux.

La situation semble plus grave et plus tendue encore à Venise. La Cité des Doges voit arriver de plus en plus les touristes par bateaux. Certains de ces "bâtiments sur mer", sont encore plus grands… Que les bâtiments de la ville eux-mêmes.

Le bateau MSC Magnifica quitte Venise le 9 juin dernier.
Le bateau MSC Magnifica quitte Venise le 9 juin dernier. MIGUEL MEDINA - AFP

Certains Vénitiens craignent que ces paquebots accélèrent la lente dégradation de leur fragile ville. Les canaux et les rives seraient les premiers menacés. Récemment, le Costa Deliziosa, long de 294 mètres frôlait la catastrophe en arrivant à Venise. Poussé par de vents très violents, il frôla les quais avant de s’arrêter à quelques mètres d’un yacht amarré un peu plus loin.

Un bateau frôle les quais de Venise

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L’érosion naturelle d’Etretat menacée… par l’érosion humaine

Des conséquences d’ordre environnemental et écologique se font sentir partout sur le globe, notamment les îles fragiles du pacifique ou d’Asie du sud-est. Mais sans aller aussi loin, ce genre de désagrément se fait ressentir aussi près de chez nous.

Dans la célèbre, et néanmoins petite, commune d’Etretat en Normandie, les falaises de craie blanche sont prises d’assauts par les touristes. Tous les jours, des dizaines de cars déposent des touristes d’un jour dans cette localité de 1300 habitants. Et ce million et demi de touristes passent tous, les uns après les autres, au sommet des falaises d’Etretat, créant là une nouvelle forme d’érosion, dangereux pour ces falaises… Elles-mêmes créées par l’érosion de la mer, cette fois. Le maire de la commune a été contraint de prendre des mesures, comme le montre un reportage de France 2.

Une nouvelle forme de xénophobie

Ces derniers mois, plusieurs manifestations ont eu lieu, à Barcelone, Venise ou Bilbao pour demander de réguler les activités touristiques et éviter ces problèmes sociaux, économiques ou environnementaux. Certains sociologues s’inquiètent que cette gronde puisse s’accentuer dans les années à venir. Ces "tourist, go home !", écrits sur les murs pourraient se faire entendre de vive voix dans les rues. Certains vont jusqu’à parler de nouvelle forme de xénophobie : celle de l’anti-touriste.