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Egalité des sexes: le féminisme est-il en train de cloner les hommes?

Egalité des sexes: le féminisme est-il en train de cloner les hommes?
10 mars 2013 à 13:06 - mise à jour 10 mars 2013 à 13:37Temps de lecture4 min
Par Jean-Claude Verset

Toutes les statistiques le démontrent: la crise touche davantage les femmes. Statuts précaires, temps partiel, salaires bradés, charge des enfants. Avec au final un risque accru de tomber dans la précarité ou la pauvreté.

C’est quoi le féminisme?

Loin d’être ringard, le féminisme du XXIème siècle doit être redéfinit, argumente Joëlle Milquet, ministre de l'Egalité des chances: " L’erreur des féministes de 1970 est d’avoir confondu égalité et identité. Ce n’est pas parce qu’on est différent que nous devons être inégaux… Non seulement tous les droits ne sont pas acquis, mais on constate une réduction des droits de la femme. Au niveau mondial, la pression est forte et il y a une vraie différence entre les lois et les faits ". La vice-première critique le sexisme ambiant, notamment dans la répartition des charges ménagères au sein d’un couple.   

Isabella Lenarduzzi, fondatrice de Jump, reconnaît qu’en droit, la femme européenne est devenue l’égal de l’homme, mais le chemin est encore long: "être féministe c’est vouloir une véritable égalité et sortir du système patriarcal. Chacun doit pouvoir accéder à la vie qu’il veut indépendamment de son genre".

Cheffe d’entreprise, Annick Van Overstraeten, (administratrice déléguée de Lunch Garden)  refuse le qualificatif de féministe et relève que dans de nombreuses activités (médecine, notariat, avocats, distribution…) les femmes occupent des postes intéressants. Sa seule exigence : "Que chacun soit traité selon ses compétences".

Cette belle unanimité n’est pas partagée par  Aline Everard, présidente de l'asbl Femme/Homme & Foyer pour qui la journée des femmes n’est guère utile. "Nous sommes pour l’égalité, mais sans bafouer la maternité et le fait d’être mère. On est en train de cloner les hommes et certaines féministes font du mal à la cause des femmes". Un argument qui fait réagir Joëlle Milquet : "Vous voulez l’enfermer les femmes au foyer".

La galère du salaire féminin

Dans le secteur privé, les employées gagnent 25% de moins que leurs collègues masculins et les ouvrières 17% de moins que les ouvriers. Pourquoi de telles différences et comment les réduire ?

Pour Hafida Bachir, présidente de Vie Féminine C’est au niveau des salaires que l’inégalité est la plus flagrante : "45% des femmes travaillent à temps partiel  mais ce n’est pas choisi. Nous sommes pour réduction du temps de travail, mais payé correctement. Actuellement, le mi-temps débouche sur un salaire de misère et une pension de misère ".

Christine Darville, directrice à la FEB reconnaît que l’écart salarial intervient dès que l’enfant paraît. "Chacun doit avoir une liberté de choix. Pour un mi-temps, ce n’est pas toujours le cas, mais avec les femmes de plus en plus diplômées, l’évolution se fait dans un sens positif". Selon la FEB, la différence salariale peut  s’expliquer par le temps partiel, l’ancienneté et les secteurs concernés: "Les métiers typiquement féminins sont mal payés. Dans le transport aérien la différence salariale peut atteindre 35% car pilotes sont des hommes et les hôtesses …des femmes ".

Un avis que repousse Isabella Lenarduzzi: "Dans le secteur privé, plus une femme est qualifiée et expérimentée plus la différence salariale croît pour atteindre jusqu’à 36%".

Pour les stock-options, la différence peut atteindre 44%. "Les entreprises ont été créées par des hommes pour des hommes et cela fait peu de temps que les femmes occupent des postes à  responsabilité ". Isabella Lenarduzzi évoque une étude de Catalys qui démontre que l’entreprise évalue une femme sur ses résultats et un homme sur son potentiel. Pour évoluer, une femme doit donc rester dans son entreprise et un homme doit en changer régulièrement. Les femmes se vendraient par ailleurs très mal dès que l’on évoque les voitures de fonction, les stock-option et les titres.

Faut-il laisser le temps au temps?

Pour Joëlle Milquet, pas question d’attendre, la transparence entre les salaires est primordiale : "Il faut une qualification neutre des fonctions".

Pour Hafida Bachir les inégalités salariales sont aussi liés à des secteurs fortement féminisés comme la petite enfance ou les titres-services. "Et là, pas besoin de qualification de fonctions. C’est au gouvernement à prendre des mesures pour créer des revenus de qualité en terme de revenus, de sécurité sociale et d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée".

Faut-il instaurer des quotas ?

Annick Van Overstraeten s’oppose à toute notion de quota: "C’est discriminant. Je veux être choisie pour mes capacités. En Norvège, ont a imposé 44% de femmes dans les Conseils d’administration et cela ne change rien, sauf pour les entreprises qui avaient une mauvaises gouvernance". La FEB est également contre les quotas en invoquant que sur une durée de 4 ans, les femmes ont bien progressé dans le middle management. Isabella Lenarduzzi est, elle,  favorable au quota féminin: "Malheureusement, rien ne se produit sans contrainte. Le vrai quota aujourd’hui c’est 90% des hommes dans les CA. Or il y a plus de femmes diplômées que jamais. Les femmes ont autant d’ambition que les hommes mais on se dit que pour être administrateur il faut être CEO d’une grande entreprise et il n’y en a presque pas. Il faut forcer les choses ". Joëlle Milquet voit dans le quota introduit dans la législation belge une sorte de discrimination positive : "L’idée est de ne plus avoir besoin de quotas, mais c’est indispensable pour l’instant, c’est un mal nécessaire". Selon McKinsey, dans le top 500 des entreprises, celles qui ont un conseil d’administration plus diversifié enregistrent 15 à 30% de bénéfices supplémentaires.

Une rigueur qui frappe surtout les femmes

Pour Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, la crise touche tout le monde, mais surtout les femmes, à commencer par  la dégressivité des indemnités de chômage et le crédit temps. "Le temps partiel, les horaires variables, l’intérim, ou les titres services sont des modèles qui touchent d’abord les femmes".

80% du temps partiel est presté par les femmes dont les pensions sont 23% inférieures à celles des hommes.

Le mot de conclusion ira à Christine Mahy, pour qui il faut réorganiser le système du travail : "C’est une question de classe sociale".

Jean-Claude Verset

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