Guerre en Ukraine

Des civils mis en danger par l’Ukraine ? "Cela montre qu’une guerre, c’est sale" et qu’Amnesty ne prend pas parti

07 août 2022 à 06:00Temps de lecture4 min
Par Marie-Laure Mathot

Les forces du bien d’un côté, celles du mal de l’autre. Ce serait trop simple. C’est ce que rappelle Amnesty International dans son rapport sur les tactiques de guerre ukrainiennes, selon l’analyse de Nicolas Gosset, chercheur au Centre d’études de sécurité et défense (ULB).

Une publication qui permet au passage à l’organisation de montrer qu’elle reste au-dessus de la mêlée dans le conflit qui oppose Ukraine et Russie depuis février dernier.

Nuancer le récit

Des bases militaires ukrainiennes dans des hôpitaux et des écoles, des attaques lancées depuis des zones habitées : les civils sont mis en danger par l’armée ukrainienne, a averti l’ONG Amnesty International cette semaine. De quoi ternir l’image du pays envahi ? Pas vraiment mais cela permet de rappeler les responsabilités en termes de droit international, que l’on soit l’attaquant ou l’attaqué, répond Nicolas Gosset.

Une guerre, c’est sale

"Le récit médiatique qui s’est construit depuis le début de la guerre est à juste titre celui d’une Ukraine résistante, héroïque… quelque part, ce sont un peu les forces du bien contre les forces du mal, analyse le chercheur de l’ULB. Le rapport d’Amnesty International montre qu’une guerre, c’est sale. Qu’il y a des responsabilités dans le chef des deux parties… mais il rappelle aussi qu’elles ne s’équivalent pas."

Chaque partie doit donc balayer devant sa porte mais Amnesty International ne met pas pour autant Ukraine et Russie sur le même pied d’égalité en termes de gravité des faits, analyse le chercheur. "Les deux parties sont responsables du respect du droit humanitaire international et en l’occurrence, Amnesty a pointé un certain nombre d’éléments troublants dans le chef de l’Ukraine tout en rappelant que le pays est en situation d’être attaqué."

Ce n’est pas pour autant que le pays ne doit pas respecter le droit humanitaire international qui, pour rappel, interdit de pointer des zones civiles. "Ce qu’Amnesty dénonce particulièrement, ce sont les prises de position dans des zones peuplées, des dépôts de munitions dans des zones habitées […] Moi, je l’ai lu comme une indication forte en direction des autorités ukrainiennes de pointer les responsabilités à corriger dans un esprit d’un plus grand respect."

Une réaction épidermique

La réaction de Kiev ne s’est pas fait attendre. Amnesty International "transfère la responsabilité de l’agresseur à la victime", a répondu le président ukrainien Volodymyr Zelensky. "Si quelqu’un rédige un rapport dans lequel la victime et l’agresseur sont, d’une certaine manière, mis sur un pied d’égalité, si certaines données sur la victime sont analysées et que les actions de l’agresseur sont ignorées, cela ne peut être toléré."

Le rapport de l’Ukraine passe donc mal coté ukrainien. La preuve avec la démission de la directrice du bureau ukrainien d’Amnesty, Oksana Pokalchuk. "Sans le vouloir, l’organisation a créé des documents qui ont semblé soutenir le narratif russe. Alors que tout est fait pour protéger les civils, ce rapport est devenu un outil de la propagande russe" a-t-elle écrit sur Facebook.

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Pour Nicolas Gosset, cette réponse tranchée dessert quelque peu le pays attaqué. "La réaction épidermique des autorités ukrainiennes montre qu’Amnesty International a appuyé sur des points douloureux. J’ai été un peu étonné de voir ce ton n’acceptant aucune critique plutôt que de se pencher sur les cas explicités pour proposer une commission d’enquête."

L’Ukraine aurait pu prendre les critiques au sérieux

"Le ton était péremptoire comme si la critique de la nation ukrainienne était inacceptable. Quand l’Ukraine se dit défenderesse des droits européens, elle aurait pu prendre les critiques au sérieux plutôt que de balayer intégralement les arguments d’un revers de la main. Cela montre aussi que l’impact de la guerre est telle que rien ne peut écorner la situation héroïque de l’Ukraine."

D’autant plus que ce n’est pas la première fois que l’Ukraine est pointée du doigt pour ne pas respecter le droit international humanitaire d’application en cas de guerre. "On sait par exemple que les violations des droits élémentaires des prisonniers de guerre au regard des conventions de Genève ne sont pas respectées massivement par la Russie, mais qu’il existe aussi quelques cas pointés de mauvais traitements de la part de soldats ukrainiens vis-à-vis de prisonniers de guerre russes. Je pense que le rapport d’Amnesty n’égalise pas le rapport des responsabilités mais il faut aussi regarder cela de manière objective."

Amnesty, pas de parti pris

Car si ce rapport pourrait ternir l’image de l’Ukraine, il redore celle de l’ONG de défense des droits humains car il prouve qu’elle ne prend pas parti dans le conflit et qu’elle n’a pas peur de pointer les actions qui ne respectent pas le droit de la guerre, quel que soit le pays concerné, conclut Nicolas Gosset. "Lors de la dénonciation et les preuves indiscutables des crimes de guerre commis par l’armée russe à Irpin, Boutcha, Borogdyanka, dans la banlieue de Kiev, la parole d’Amnesty avait été décrédibilisée en disant qu’il s’agissait d’une organisation occidentale et donc téléguidée par les puissances occidentales."

Amnesty va bien au-delà

"Ce rapport montre que la critique d’Amnesty va bien au-delà, continue le chercheur. Que c’est une organisation non gouvernementale qui travaille de manière non partisane dans beaucoup de conflits à travers le monde. Je pense que le rapport a été écrit dans ce sens-là : Amnesty dénonce les crimes quelle qu’en soit la provenance."

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