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Démonstration de force de Erdogan qui réunit ses partisans à Istanbul

Turquie: Erdogan réunit ses partisans après une nuit d'affrontements à Istanbul
16 juin 2013 à 11:49 - mise à jour 16 juin 2013 à 15:35Temps de lecture3 min
Par AFP

Délogés samedi soir du parc Gezi par les gaz lacrymogènes et les canons à eau, les contestataires se sont promis de revenir dimanche sur la place Taksim, le berceau du mouvement qui agite la rue turque depuis plus de deux semaines, laissant présager une nouvelle journée de violences.

Dimanche matin, d'importants effectifs de police interdisaient strictement l'accès à la place, livrée aux seuls engins de nettoyage de la ville qui achevaient d'effacer les dernières traces des violences de la nuit.

Dans le quartier de Sisli, à quelques centaines de mètres de la place Taksim et du parc Gezi, la police a dispersé dans la matinée les jeunes manifestants à coups de gaz lacrymogènes et de jets d'eau.

Parallèlement, et pour la première fois à Istanbul depuis le début de le contestation populaire, des unités de gendarmerie, une force militaire dépendant en temps de paix du ministère de l'Intérieur, ont été déployées à l'entrée d'un des deux ponts enjambant le Bosphore pour protéger la rive européenne de tout rassemblement de manifestants venant de la partie asiatique d'Istanbul.

A Ankara, la police affrontait également des centaines de manifestants qu'elle dispersait à coups de salves de gaz lacrymogènes.

Après un premier rassemblement géant samedi à Ankara, le chef du gouvernement a prévu une nouvelle démonstration de force dans l'après-midi dans un parc d'Istanbul, à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau seulement de la place Taksim.

Des dizaines de milliers de sympathisants de son Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) y sont attendus.

Au 15e jour de la crise, M. Erdogan était passé samedi soir à l'action pour mettre un terme à la contestation après le refus des occupants du parc Gezi de quitter leur place forte malgré la promesse du gouvernement de suspendre ses projets d'aménagement contestés jusqu'à ce que la justice tranche définitivement.

Deux heures après un nouvel ultimatum, les unités antiémeutes de la police ont repris le contrôle du parc qu'elles ont vidé en quelques minutes de ses milliers d'occupants en les noyant sous un nuage de gaz lacrymogènes.

"Ils sont entrés de force, avec beaucoup de gaz. Ils nous ont frappés, même les femmes", a raconté à l'AFP un des manifestants, Ader Tefiq. "J'étais à l'intérieur de la tente-hôpital (...), ils ont lancé des grenades lacrymogènes et des dizaines de policiers sont entrés", a rapporté de son côté Elif, une thérapeute de 45 ans.

Nuit de violences

Selon la coordination des manifestants, baptisée Solidarité Taksim, des "centaines" de personnes ont été blessées lors de l'opération. Le gouverneur d'Istanbul Huseyin Avni Mutlu a évalué dimanche à 44 leur nombre.

Le vice-Premier ministre Huseyin Celik a justifié l'évacuation du parc. "Le gouvernement ne pouvait pas laisser cette occupation continuer éternellement", a plaidé M. Celik dimanche, "ce cauchemar devait se terminer".

A peine connue la nouvelle de l'évacuation du parc, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul pour tenter de "reprendre" la place Taksim. Toute la nuit, la police est intervenue à grand renfort de gaz, de canons à eau et de tirs de balles en caoutchouc pour disperser la foule sur plusieurs artères de la ville.

Plusieurs milliers de personnes qui tentaient de rallier le versant européen de la ville ont été dispersées sur l'un des deux ponts qui enjambent le Bosphore.

A Ankara et Izmir (ouest) notamment, des milliers de manifestants se sont également rassemblées dans la nuit pour dénoncer l'intervention de la police, sans incident.

Au départ de la contestation le 31 mai, la police était intervenue pour disperser violemment des militants écologistes qui protestaient contre la destruction annoncée du parc Gezi et de ses 600 platanes.

La colère provoquée par cette opération a suscité la plus vaste fronde contre le gouvernement islamo-conservateur depuis son arrivée en pouvoir en 2002.

Dans les grandes villes du pays, des dizaines de milliers de manifestants ont exigé la démission de M. Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de vouloir islamiser la société turque. Une partie de la jeunesse turque critique notamment les projets de lois sur les limitations au droit d'avortement et à l'utilisation de pilules du lendemain, ainsi que la loi sur l'interdiction de vente d'alcool après 22H.

AFP

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