Agriculture

Dégâts dans les champs causés par les corneilles et autres corvidés : "il y a d’autres options que le tir"

08 août 2022 à 13:00Temps de lecture3 min
Par Belga, édité par Marine Lambrecht

Alors que le Royal Saint-Hubert Club de Belgique, qui se présente comme la fédération des chasseurs en Belgique, a récemment dénoncé les "dégâts anormaux" occasionnés par les corvidés (corneilles, pies, corbeaux freux, choucas) à certaines cultures et demande que ces oiseaux, protégés en Wallonie, puissent être davantage "régulés", le collectif "Stop aux Dérives de la Chasse" estime lundi qu’il existe d’autres solutions et que celles-ci doivent être envisagées "avant d’en venir au fusil".

Pour la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux, membre du collectif, ces solutions possibles sont l’implantation plus profonde des semis, le traitement et la protection des semences, l’effarouchement ou encore les canons anti-oiseaux. "Mais plus globalement, c’est replanter des haies qu’il faut faire, c’est maintenir des jachères, c’est assurer des prairies à herbage…", suggère-t-on.

Des cultures ravagées

Régulièrement, des cultivateurs se plaignent de dégâts provoqués dans leurs champs par des corvidés, accusés notamment de dévorer des lignes entières de semis. À l’occasion de la Foire agricole de Libramont, la Fédération wallonne de l’Agriculture a de nouveau dénoncé les ravages aux cultures du fait de sangliers ou de corvidés.

Plus généralement, le collectif 'Stop aux Dérives de la Chasse' estime que l’agriculture intensive transforme les campagnes en désert de nature, ce qui affame les corvidés, qui en principe se nourrissent principalement d’insectes et se voient contraints de se rabattre sur les nids du petit gibier, "mal dissimulés en l’absence de haies et de zones naturelles."

Le Royal Saint-Hubert Club de Belgique (RSHCB) avançait aussi que les corvidés "sont à l’origine d’une prédation importante dans les nids et les jeunes de la petite faune des plaines, ce qui contribue à la raréfaction de nombreuses espèces, comme le bruant proyer, la perdrix grise ou la caille des blés". Pour les chasseurs, "les jeunes lièvres constituent également des proies faciles pour ces oiseaux".

Le tir local n’est pas une solution pour le collectif

Mais le collectif 'Stop aux Dérives de la Chasse', qui réunit plusieurs dizaines d’associations, n’est pas non plus d’accord sur ce point, soulignant l’absence de "preuves cohérentes" allant dans ce sens. "Continuer de blâmer ces espèces pour la raréfaction de la petite faune des plaines revient à refuser une réalité plus complexe et témoigne d’une véritable méconnaissance de la biodiversité de la part du RSHCB.

La seule solution pour sauvegarder ces espèces en danger d’extinction est de supprimer leur chasse (perdrix) et une révision globale de notre système agricole et non le tir local de corvidés", estime encore le collectif.

Ce dernier s’oppose aussi aux chasseurs sur les dérogations délivrées par le Département de la Nature et des Forêts (DNF). Les oiseaux étant protégés, une dérogation est nécessaire pour pouvoir les tirer. Les chasseurs jugent toutefois que la procédure est trop stricte et fastidieuse. Le collectif, lui, est d’avis que les chasseurs obtiennent aisément des autorisations de destruction de corvidés.

"La justification est toujours la même : les populations de ces espèces ont fortement augmenté ces dernières années. Ce qui est faux ! Seuls les choucas (15 à 28.000 couples) et les corbeaux freux (16 à 19.000 couples) sont actuellement en augmentation mais absolument pas considérés en surpopulation. Les populations de pies bavardes (20 à 36.000 couples) sont considérées comme stables et les effectifs de la corneille noire sont même en diminution (31 à 32.000 couples)", poursuivent les associations.

La législation prévoit une protection de tous les oiseaux appartenant à l’une des espèces vivant naturellement à l’état sauvage sur le territoire européen.

Sur le même sujet

Les chasseurs demandent une meilleure régulation des corvidés

Environnement

Articles recommandés pour vous