Retour aux sources

De l’empire Romain à 1929, la crise des Subprimes : loin d’être une nouveauté !

Wall Street, New York…

Dans " Retour aux sources ", en compagnie d’éminents spécialistes et à travers le documentaire " La crise des subprimes. Une faillite européenne ", Élodie de Selys évoque cette catastrophe bancaire et financière, partie des États-Unis en 2007, qui s’est transformée en crise économique mondiale. Cette déflagration n’est pas la dernière – souvenons-nous de 2020, un krach dû à la crise Covid – et surtout, elle n’est pas la première…

Le krach le plus connu : 1929.

Le Brooklyn Daily Eagle, panique à Wall Street…
Le Brooklyn Daily Eagle, panique à Wall Street… GettyImages.

Octobre 1929 demeure dans les annales de l’Histoire : parti de la bourse de New York, le problème mutera rapidement en une dépression économique inusitée et mondiale, du moins dans la sphère capitaliste.

À l’époque, entraîné dans l’engrenage du libéralisme économique, le monde n’a jamais connu une production et un commerce aussi florissant. C’est particulièrement le cas aux États-Unis où les cours de Wall Street enflent sous le coup des spéculateurs, en totale inadéquation avec la réalité économique de la population… Les boursicoteurs achètent des titres à crédit pour les revendre au plus vite, en faisant évidemment une importante plus-value !

Il sera recommandé, dès 1928, de ne plus acquérir d’actions à crédit, un appel non appliqué… au contraire : en additionnant à ce système, la chute de la production industrielle (particulièrement dans le secteur de l’automobile) et une augmentation magistrale des actions, la bombe était prête !

Octobre 1929, la foule devant Wall Street à New York…
Novembre 1929, la foule devant la Sous-trésorerie d’État, Wall Street à New York…

Entre le 18 et le 23 octobre, les spéculateurs de tous poils vendent à tout va, mais plus personne ne veut d’actions dont la valeur n’est pas réelle. Résultat : le 24 demeurera le " Jeudi noir ", plus d’achat et des propositions de vente massives. À midi, les cours ont chuté de 22% ! Pour ralentir la catastrophe, les banques se lancent dans un rachat massif d’actions, réussissant à ramener la baisse à 2% à la clôture… Étrangement, pendant deux jours les cours demeureront stables…

Le 28 octobre, nouvel effondrement : le Dow Jones perd 13%, le lendemain, 12% supplémentaires. Des milliards de dollars partent en fumée… La crise financière ne tardera pas à de convertir en crise économique mais aussi bancaire et, fatalement, sociale.

Le 31 octobre 1929, des épargnants devant une banque en Allemagne…
Le 31 octobre 1929, des épargnants devant une banque en Allemagne… GettyImages/Schostal Archiv

Le commerce mondial va chuter de deux tiers entre 1929 et 1933… La dévaluation de la livre sterling par la banque d’Angleterre va enchaîner une réaction négative dans toute l’Europe, encore accentuée par la dévaluation du dollar. Le chômage va grimper en flèche un peu partout… En Belgique, le roi Albert perdra une bonne partie de sa fortune… La crise entraînera l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933… Ce n’est que la Seconde Guerre mondiale et surtout la nécessaire reconstruction à sa suite qui résoudra le problème.

La chute de l’empire romain…

Les crises économiques, financières et, dès lors, monétaires et sociales, ne sont pas le propre de l’économie libérale, elles remontent bien loin dans l’histoire. Ce sont elles qui ont abouti à la chute de l’empire romain d’Occident… La civilisation romaine sera marquée par une dualité : d’un côté, une caste minoritaire, celle des riches et des puissants ; de l’autre et majoritaire, une population pauvre. Le système financier et monétaire de Rome conduira à toujours plus enrichir les premiers et appauvrir les seconds.

La Louve romaine, à l’arrière des palais du Capitole, Rome…
La Louve romaine, à l’arrière des palais du Capitole, Rome… Gérald Decoster.

Si la monnaie réalisée en or, argent et bronze, des métaux précieux, occupe une place prépondérante dans l’histoire romaine, elle n’en est pas pour autant utilisée pour les grosses transactions, dans ce cas, c’est plutôt un système d’écrits consistant en transferts et rachats de créances qui joue…

Tandis que le budget annuel de l’État est d’environ 500.000 sesterces, le futur premier empereur, Auguste (-27 à 14 de notre ère), injectera, à la suite de sa campagne du Moyen Orient (-30 à -27), plus d’un milliard de sesterces dans l’économie, sous forme de dons de blé, de rénovations et de constructions à travers ce qui est aujourd’hui l’Italie… entraînant une chute des taux d’intérêt mais pour autant, pas d’inflation notoire !

L’inflation surviendra à partir du moment où il sera décidé que la monnaie contiendra moins de métaux précieux, pour une valeur équivalente ! Si une crise financière éclatera sous Tibère (14-37), Rome s’en relèvera rapidement… Puis, ce seront les dépenses de Néron qui feront fondre le trésor romain ; pour remédier à la situation, l’empereur décidera d’une nouvelle diminution de la part de métal précieux dans la monnaie, créant une inflation qui touchera les plus pauvres. Et ce système de déprédation va se poursuivre, inexorable…

À Rome, le Colisée tire son nom de la statue colossale de Néron que l’empereur avait fait installer à côté de son palais et transportée par la suite à côté de l’amphithéâtre…
À Rome, le Colisée tire son nom de la statue colossale de Néron que l’empereur avait fait installer à côté de son palais et transportée par la suite à côté de l’amphithéâtre… Gérald Decoster.

Gallien (253-268) est détenteur d’un record en la matière, faisant passer la teneur en argent du denier, de 40 à 0,5%, entraînant bien des soucis pour les banques… Aurélien (270-275) instaurera l’augmentation de la valeur de toute nouvelle pièce émise, soit 2,5 fois celle des anciennes pièces, sans pour autant augmenter le ratio de métal précieux ! Résultat : les prix exploseront. Quant à Dioclétien (283-285), il tentera de juguler l’inflation galopante en promulguant l’édit du Maximum, limitant les prix !

Un coin pittoresque des ruines de la Rome antique…
Un coin pittoresque des ruines de la Rome antique… Gérald Decoster.

En 395, la division de Rome est consommée : empire d’Occident et empire d’Orient… Inéluctablement, la situation économique de l’empire d’Occident ne se redressera pas, poussant la population pauvre à voir dans les barbares qui envahissent Rome, des libérateurs et des sauveurs, ce qui entraînera l’éviction du dernier empereur, Romulus Augustule.

 

À voir dans " Retour aux sources ", samedi 11 juin à 21h05 sur La Trois, le documentaire " La crise des subprimes. Une faillite européenne ", suivi de l’entretien d’Élodie de Sélys avec Kim Oosterlinck, docteur en sciences économiques et de gestion et Pascal Delwit, professeur de science politique. Le plateau sera suivi du documentaire "L'affaire Monika Lewinsky".

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La Trois

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