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Tour de France

Daniel Mangeas, voix emblématique du Tour de France : "J’ai 73 ans, mais 20 ans dans la tête"

Daniel Mangeas, voix emblématique du Tour de France : "J’ai 73 ans, mais 20 ans dans la tête"

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Daniel Mangeas, la voix emblématique du Tour de France jusqu’en 2014, était ce dimanche au micro de Samuël Grulois. Le speaker est revenu sur sa carrière, son ressenti sur le cyclisme moderne, la Belgique du cyclisme et ses racines normandes.

Mangeas est enthousiaste quant à l’édition du Tour de cette année, mais reconnaît que les conditions sont extrêmes. "Si je me mets à la place des coureurs, je le trouve très difficile. Aux difficultés naturelles s’ajoutent des conditions météo caniculaires. J’ai l’impression que la dernière semaine peut nous réserver quelques exploits, et surtout de nombreuses défaillances. C’est un Tour intéressant, et la question qu’on se pose, c’est est-ce que Pogačar va réussir à inverser la tendance et récupérer sa place de leader face à Vingegaard. Je pense que c’est loin d’être terminé".

Daniel Mangeas a été la voix du Tour de 1976 à 2014. Il a stoppé ses activités sur les compétitions organisées par ASO (Amaury Sport Organisation, qui chapeaute le Tour de France mais aussi des courses d’athlétisme, notamment les marathons de Paris et de Barcelone, d’autres compétitions de cyclisme comme Paris-Roubaix ou la Flèche Wallonne, et des compétitions de golf, de voile, de sports mécaniques et équestres…). Mais l’emblématique commentateur continue de travailler sur d’autres compétitions professionnelles, dont Binche-Chimay-Binche. Daniel Mangeas entretient d’ailleurs un rapport particulier avec la Belgique, qu’il connaît bien et affectionne. "La Belgique du cyclisme a accompagné toute ma vie. Quand j’étais gamin, j’avais un cousin qui était coureur indépendant. Il courrait avec les pros, et il y avait une épreuve qui avait succédé au Tour de l’Ouest qui avait disparu, qui s’appelait le Grand prix de l’Economique, et mon cousin avait fait 2e. Il s’appelait Renaud Mangeas, 2e derrière le Belge Willy Bocklant. Au Tour du Morbihan, mon cousin avait fini 2e d’une étape derrière un Belge aussi, Pierre Germis. J’ai toujours eu ces liens, et j’ai été le speaker officiel à partir de 76, mais en 74 et 75 j’étais le speaker adjoint qui commentait les départs des contre-la-montre, c’est évidemment le dernier Tour victorieux d’Eddy Merckx… Quand je viens en Belgique j’ai l’impression de venir chez moi".

Daniel Mangeas a donc arrêté de travailler sur le Tour de France en 2014, ce qu’il explique par un trop-plein de pression, des raisons familiales et un besoin de se reposer. "À l’époque j’étais seul speaker, je faisais le départ et l’arrivée, alors que maintenant il y a deux binômes, un à l’arrivée et un au départ. Donc en termes de stress, c’est moins prenant, on gère beaucoup plus facilement à deux sur un même podium que tout seul. Et je suis devenu grand-père à ce moment-là, et je me suis aperçu que depuis 1974 je n’avais jamais pris de vacances d’été. Ça me manquait un peu, et puis j’avais le bonheur d’aller sur le Tour, mais j’avais de plus en plus de mal à gérer le stress, je me suis dit que c’était peut-être une alerte. J’avais envie de continuer à vivre l’animation, mais sans pression particulière".

Mangeas a connu le cyclisme des années nonante, avec les victoires de Miguel Indurain, puis les années 2000 avec Lance Armstrong. Les Tour de France semblent être depuis quelques années plus indécis, mais le speaker n’affiche pas de regrets de ne plus les commenter. "J’ai eu la chance de faire dans ma vie ce que je rêvais de faire quand j’étais gamin, c’est la chose la plus riche qui puisse nous arriver. J’ai commencé à avoir envie de commenter quand j’avais 3 ans, mes parents m’ont dit qu’après Papa et Maman, les premiers mots que j’ai dit étaient [Jean] Robic et [Louison] Bobet. J’ai toujours eu cette passion, bien sûr que j’aurais eu envie de commenter les victoires des uns et des autres, mais je les regarde toujours avec la même passion, et en économisant mes cordes vocales. Je sais que je vais avoir le plaisir de retrouver les coureurs dans les Critériums, puisque je commencerais dès le mardi à Lisieux. Donc ce n’est pas comme si c’était une rupture définitive".

Daniel Mangeas aux côtés de Thomas Voeckler au départ de l’étape Liège-Charleroi, pendant le Tour de France 2004.
Daniel Mangeas aux côtés de Thomas Voeckler au départ de l’étape Liège-Charleroi, pendant le Tour de France 2004. 2004 AFP

Le Tour de France et le cyclisme ont bien évolué depuis le début de la carrière de Daniel Mangeas. "Moi je suis né avec les Tour de France par équipes nationales et régionales. Il y avait un coureur modeste de chez moi, qui s’appelait Eugène Letendre, qui avait couru le Tour dans l’équipe de l’Ouest, et pour nous c’était une idole, un extraterrestre, un Superman, rendez vous compte, il faisait le Tour. A l’époque de Miguel Indurain, c’est vrai qu’il allait semer le Tour dans le premier contre-la-montre et dans la première étape de montagne, et ensuite chacun allait chercher les petites parts du gâteau qui pouvaient rester. Alors qu’aujourd’hui on voit un Tour très intéressant, parce qu’il est indécis. La passion s’accompagne au fil des années, il y a une évolution, il faut éviter de tomber dans la nostalgie et je pense que c’est mon cas, je me régale dans ce Tour 2022. J’ai 73 ans mais 20 ans dans la tête".

Avec son ami chanteur Michel Pruvot, Daniel Mangeas s’était prêté au jeu de poser sa voix sur La chanson du Tour en 2013, à l’occasion du centenaire de la course mythique. Une chanson qui fait aujourd’hui sourire le speaker. "Michel Pruvot, c’est un bon copain qui avait été un excellent coureur cycliste, il avait fait 2e d’un championnat de France junior. Il m’avait proposé ça, j’avais trouvé ça sympa, on avait enregistré chez Sony, on était arrivé et juste après nous il y avait le groupe des gitans… Les Gipsy Kings, j’ai trouvé ça génial d’enregistrer juste avant eux, moi qui ai toujours chanté faux. Fallait surtout pas que je donne le nom d’un coureur ou d’une marque d’équipe, c’est ce qui a été le plus stressant dans le commentaire que je devais improviser. Mais c’était un super souvenir, l’année du centenaire du Tour".

Le commentateur à la voix éraillée, fier de ses racines normandes, a créé une course en 1980, la Polynormande. Le départ de la course est donné à Avranches, et le tracé de 170 kilomètres prend fin dans le village d’origine de Daniel Mangeas, Saint-Martin-de-Landelles. "Dans mon village quand j’étais gamin, je voulais être commentateur du Tour à 7 ou 8 ans, et quand je voyais le nom de mon village dans le journal, j’étais fier. Je m’étais dit qu’un jour, quand je serais grand, je ferais connaître mon village. Et là j’ai créé en 1980 la Polynormande, qui a commencé comme un Critérium, qui a été gagnée par Lucien Van Impe, et c’est devenu une étape de la Coupe de France à partir de 2002. Elle est belle, on a vu la victoire, entre autres, de Andy Capelle, Jan Ghyselinck, Philippe Gilbert… Les Belges se sont souvent distingués sur cette épreuve. Comme on est dans la baie du Mont Saint-Michel, il y a beaucoup de Belges qui sont en vacances et qui viennent voir la Polynormande, qui cette année aura lieu le 14 août. En 2024, ça sera mon dernier championnat de France en tant que commentateur, et il aura lieu dans mon village, Saint-Martin-de-Landelles".

Daniel Mangeas durant le Tour de France 2014.
Daniel Mangeas durant le Tour de France 2014. ERIC FEFERBERG

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