36, quai des orfèvres

Crime : l’assassinat de la Comtesse Moussia Sauty de Chalon (épisode 9)

Un crime, une histoire : 36, Quai des Orfèvres

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11 août 2022 à 13:04Temps de lecture4 min
Par La Première RTBF

Au cœur de Paris, sur l’île de la Cité, se trouve l’une des plus célèbres adresses de l’histoire de la police. Elle a vu défiler les plus grands criminels, elle a vu travailler les plus grands enquêteurs : le "36, Quai des Orfèvres". À Paris et au-delà, dans la France entière, Jean-Louis Lahaye vous fait revivre les plus grandes affaires criminelles des 19e et 20e siècles, dans leur époque.

Episode 9 : l’assassinat de la comtesse Sauty de Chalon (1945)

Paris, octobre 1945. Nous voici plongés dans une période contrastée, celle de l’immédiat après-guerre, dans l’ivresse de la libération, ses désordres, et les nécessités de la reconstruction. Le conflit mondial qui vient de s’achever a laissé des traces, et un climat d’incertitude règne. Le Reich allemand a capitulé il y a un peu plus de quatre mois, mais l’Europe est devenue le centre de nouvelles tensions diplomatiques et de nouveaux enjeux. C’est une guerre d’un autre genre qui s’annonce, la guerre froide, sous la conduite des Etats-Unis et de l’URSS.

La police reprend sa place. Il faut dire que la réorganisation de l’Etat, après la Libération, impose aussi une réorganisation de la police, ou des polices. Comme nous l’explique Jérôme de Brouwer, historien du droit et de la justice à l’ULB :

La période de guerre a conduit la police à devenir un auxiliaire de l’autorité allemande, dans la France sous administration allemande, et un auxiliaire du régime de Vichy, dans cette partie de la France dite “libre” (appui dans la politique d’exclusion ou d’élimination des communistes, des juifs, des Tsiganes). La Libération entraîne bien entendu une reprise en main de la police, qui passe par son épuration. La sûreté nationale, dont il est question dans ce récit, est particulièrement touchée. Les sanctions disciplinaires - révocations, mise à la retraite forcée… - frapperont 25% des effectifs. L’activité policière s’en trouve compliquée, à un moment où il s’agit d’assurer la sécurité publique.

C’est dans ce contexte difficile, alors que la Libération a donné un surcroît d’activités à la police, et que les effectifs manquent, que commence ce récit. 

À Paris, le numéro 11 de la rue des Saussaies est en pleine activité. Les bureaux de la Sûreté nationale, qui furent occupés par la Gestapo - les services de la police politique allemande - pendant la guerre, sont en pleine effervescence.

Et voilà qu’une affaire arrive sur le bureau du commissaire Decis : une disparition. Elle s’appelle Moussia Sauty de Chalon. Elle est d’origine russe. Elle a quitté Paris il y a quelques jours, pour les Pays-Bas. Pour voir des amis. Et elle n’est pas revenue…

Est-ce qu’ils n’ont pas plus important que ça, les hommes de la Sûreté ? Est-ce qu’il n’y a pas plus important qu’une disparition? Le commissaire Decis décide de confier ce dossier, apparemment de moindre importance, à une jeune recrue : l’inspecteur Caulier. Il est jeune, l’inspecteur Caulier, sans doute. Mais il est aussi zélé. Il remonte le fil des événements. Il compare les versions. Et il finit par se rendre compte qu’il y a quelques incohérences entre la version livrée par le mari et les occupations de la comtesse Sauty de Chalon. Alors, en bon enquêteur, l’inspecteur Caulier réalise bientôt que la disparue n’est peut-être pas simplement aller voir des amis hollandais comme elle l’a laissé entendre à son mari…

L’ affaire dont il est question dans ce récit nous donne l’occasion de retrouver  les célèbres brigades mobiles…  les "Brigades du Tigre”. Mais elles n’interviennent qu’assez tard dans l’enquête. Pourquoi ? Jérôme de Brouwer nous donne des explications :

Les services centraux de la Sûreté nationale, qui sont établis rue des Saussaies, sont d’abord en charge de l’affaire, dans la mesure où la disparition ne peut être située. Mais l’enquête finit par se resserrer dans le nord de la France, autour de Lille et Cambrai. Le dossier est donc transmis à l’une des brigades régionales, ces brigades mobiles créées en 1907 par Clémenceau. C’est donc la 2ème brigade mobile qui est associée à l’enquête.

Les fameuses "Brigades du Tigre" vont bientôt disparaître. Elles sont supprimées en 1947. Elles seront remplacées  les "Services régionaux de police judiciaire", qu’on nomme plus communément "SRPJ". Pourquoi réformer un organe aussi légendaire ?

Avant toute chose, il faut pouvoir relativiser l’apport des brigades régionales de police mobile à l’activité répressive. Elles bouleversent, au lendemain de leur création, l’organisation de la police, et apportent très certainement une assistance à l’enquête judiciaire. Mais il y a aussi, précisément, une part de légende. Cette légende des “policiers en auto”,  au service de la protection des citoyens,  va se développer dès avant la Première guerre mondiale. Il y a bien entendu quelques affaires retentissantes dans lesquelles elle s’illustre, si on veut, comme l’élimination de la Bande à Bonnot ou, après la guerre, l’arrestation de Landru. Cette représentation positive a, d’une certaine manière, été prolongée par la série télévisée des années 70, ces “Brigades du Tigre” que certains connaissent bien. En les supprimant en 1947, et en les  transformant en “services régionaux de police judiciaire”, le gouvernement français consacre une réforme introduite quelques années plus tôt, sous le régime de Vichy. Comme dans d’autres domaines, certaines réformes introduites sous le gouvernement du Maréchal Pétain seront confirmées après la guerre. La Sûreté nationale, réformée en 1941, a ainsi fait l’objet d’une centralisation accrue. La réforme de 1947 conserve des organes régionaux mais confirme le processus de centralisation introduit pendant la guerre.


Un crime, une histoire : 36, Quai des Orfèvres, c'est 10 épisodes en diffusion hebdomadaire, le dimanche de 18h00 à 19h00 dès le 4 juillet et en diffusion quotidienne du 16 au 27 août de 12h00 à 13h00.

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