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Coups de feu, grenades, décapitations : la guerre des gangs dégénère dans une prison en Equateur

Équateur : état d'exception dans les prisons après des rixes mortelles

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30 sept. 2021 à 09:28 - mise à jour 30 sept. 2021 à 15:23Temps de lecture2 min
Par D.F.

Cela fait 10 ans que l’on évoque une "crise carcérale" en Equateur. On assiste désormais à une guerre sans merci que se livrent les gangs de la drogue dans les prisons de ce pays d’Amérique du Sud. Les affrontements entre détenus ont fait 116 morts depuis mardi.

Les victimes ont été tuées par balles, par des éclats de grenade et au moins six prisonniers ont été décapités. Cela s’est passé mardi, dans le vaste complexe carcéral de Guayas, à Guayaquil. C’est l’un des centres où les gangs prolongent leur rivalité en imposant leur domination à l’intérieur même des prisons. Des dizaines de personnes se sont rassemblées à l’extérieur du centre pénitentiaire, à la recherche d’informations sur leurs proches incarcérés.

Les armes circulent dans les prisons

Deux gangs rivaux principaux comptent environ 20.000 membres en Equateur. Ils sont liés aux redoutables cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion. Le pays occupe une position stratégique dans le trafic international des drogues. Ses voisins, Colombie et Pérou, sont les principaux producteurs mondiaux de cocaïne. L’Equateur sert de zone de transit avant l’expédition des stupéfiants vers les États-Unis et l’Europe.

Environ un tiers des détenus du pays sont liés à ce trafic de drogue. Les groupes criminels poursuivent dans les établissements leurs activités et rivalités. La violence y est quasi-permanente. Les armes et les explosifs circulent au sein des prisons. La police a récemment saisi à Guayas trois armes à feu, des munitions, des armes blanches, des grenades et des explosifs. Et ce n’était manifestement qu’une petite partie de l’arsenal aux mains des détenus.

Attaque par drones

Depuis 2010, on dénombre en moyenne 25 homicides par an dans les prisons équatoriennes. Mais l’ultra-violence s’est accéléré ces dernières années. En 2021, il y avait déjà eu 123 tués, avant les 116 morts comptabilisés ces dernières heures. En février, des émeutes simultanées dans quatre grandes prisons équatoriennes avaient fait 79 morts. Il y avait alors déjà eu des décapitations.

Mi-septembre, l’aile de sécurité maximale de la prison de Guayas avait été attaquée par des drones porteurs d’explosifs. Des explosions avaient endommagé les toits de la prison, sans faire de victime. Pour l’administration pénitentiaire, il s’agissait clairement d’un épisode que se livrent les cartels internationaux jusqu’au sein des établissements.

Etat d’exception

En juillet, le président Guilermo Lasso avait décrété l’état d’urgence dans les prisons. Il avait remplacé le directeur de l’administration pénitentiaire par un militaire. Suite aux dernières violences, le président a décrété "l’état d’exception", ce qui marque une étape supplémentaire dans la lutte, et une prise en main directe de la situation par le chef de l’Etat.

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